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FootballServette, roi du bricolage

Aucun autre club de Super League n'a utilisé autant de joueurs cette saison que les Genevois. Ce brassage perpétuel ne facilite pas la cohésion. A la Praille, la seule équipe-type est celle des blessés.

par
Nicolas Jacquier
Alexandre Pasche: totalisant 683 minutes de jeu, le Vaudois de la Praille est le seul Servettien à avoir été aligné durant les 10 premiers matches de la saison.

Alexandre Pasche: totalisant 683 minutes de jeu, le Vaudois de la Praille est le seul Servettien à avoir été aligné durant les 10 premiers matches de la saison.

Salvatore Di Nolfi/Keystone

Au moment où Servette ne sait plus trop à quoi s'accrocher pour sortir du cercle infernal afin d'échapper à son triste destin, le club «grenat» peut s'enorgueillir d'une statistique qui le propulse en tête, et même assez largement, d'un classement très particulier: avec 26 joueurs déjà utilisés depuis le coup d'envoi du championnat, il est le club de Super League qui a le plus fait jouer la profondeur d'un contingent artificiellement gonflé. 26 joueurs, soit quatre de plus que ceux du trio composé de Bâle, Lucerne et YB, c'est beaucoup. Cela traduit surtout autant un manque de stabilité que l'on retrouve sur la pelouse (en dépit d'une embellie constatée avant-hier lors du derby lémanique) que l'absence de solutions durables pour des techniciens condamnés dès lors à tâtonner.

Concurrence fictive

Comme Joao Alvès avant lui, Sébastien Fournier en est quitte pour jongler, rebrasser sans cesse des cartes ne contenant aucun atout gagnant. «Je dois composer avec un contingent très fluctuant qui m'oblige à bricoler, reconnaît le Valaisan de la Praille. En 3 matches, j'ai aligné 3 défenses différentes. Cela ne facilite pas vraiment les automatismes…» A l'opposé, on s'aperçoit que tant Jeff Saibene, avec Saint-Gall, néo-promu surprise installé au sommet de la hiérarchie qu'Uli Forte à la tête de GC, autre révélation de l'exercice, misent sur des effectifs définis mieux «dessinés», au sein desquels la concurrence s'est pleinement exercée à l'inverse de ce qui se passe au bout du lac, où elle est essentiellement fictive, dictée par la réalité d'un contingent soumis aux caprices des allées et venues.

Alors qu'un seul Servettien – en l'occurrence Pasche – a participé à tous les matches (intégralement ou en partie) depuis le début de saison, Saint-Gall, GC, Lausanne et Sion peuvent chaque fois s'appuyer sur une ossature de base de nature à faciliter l'expression collective. Dans le cas «grenat», comment espérer l'émergence d'un dénominateur commun quand l'équipe est perpétuellement chamboulée en raison des circonstances? Parmi celles-ci, le poids des absents constitue un facteur aggravant, Servette souffrant à ce niveau-là d'une incroyable et rare pestouille. A la Praille, la seule équipe-type qui se dégage est d'ailleurs aujourd'hui celle des blessés (ils étaient encore 10 mercredi soir).

Trop vite dans le rouge

A quoi tiennent ces blessures à répétition? Dans un groupe où tous les joueurs n'ont pas reçu le même niveau de préparation – avant d'être repêché pour faire le nombre, Eudis alignait seul les tours de terrain pour tenter de se maintenir en condition –, faut-il y voir plus que la seule fatalité? Le sujet est éminemment sensible. «A quoi sert-il de déplorer ce qui aurait pu être mal ou pas fait avant moi, (s')interroge Sébastien Fournier. Moi, je ne fais que constater que des gars se mettent vite dans le rouge. Servette compte aussi des joueurs à risque, d'autres qui traînent les séquelles de la saison dernière. Tout est souvent lié.» Contre Lausanne, Moubandje, en délicatesse avec un genou (tendon rotulien), était l'un des joueurs à émarger à la catégorie des absents. «Ce serait mettre en péril sa carrière que de jouer avec son intégrité physique», convient Fournier, faisant le compte de ses joueurs valides. Durant toute sa carrière, y compris celle de joueur, le Valaisan reconnaît n'avoir jamais vécu une telle avalanche de pépins.

Tant qu'il n'aura pas récupéré quelques-uns de ses éclopés, Sébastien Fournier sera condamné à jongler au bout du lac avec des solutions boiteuses.

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