Football: Servette sait où il va, Sion cherche son chemin
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La force des Grenat, les faiblesses des Valaisans: retour sur un derby qui dit beaucoup de choses.

par
Daniel Visentini
(Sion)

Le classement dit le moment: Sion, barragiste, campe au fond de la classe. Servette, en bon élève, a désormais douze points d’avance sur son meilleur ennemi. Ce que cette réalité froide ne raconte pas, c’est le monde qui sépare les Valaisans et les Genevois. On ne sait bien sûr pas ce que le futur proche réserve à ces deux équipes, le championnat est assez fou pour inventer des rebondissements incroyables, mais à Tourbillon, il y avait un profond fossé entre la formation d’Alain Geiger et celle de… Christian Constantin.

Bien sûr, l’entraîneur-président des Sédunois devait composer sans une flopée de titulaires en puissance, sans plusieurs joueurs censés apporter un semblant de maîtrise technique. De là à n’avoir pour seul projet que des longs ballons bottés vers l’avant en fermant les yeux ou presque, priant pour un malentendu providentiel, il y a un pas. Ce FC Sion qui se sait mal en points n’avait pas d’âme, pas d’idées, pas de projet commun. C’est dans ce vide que les Servettiens se sont engouffrés.

Les errances sédunoises

Faute de certitudes, Sion a douté de tout. Les coups de poker tentés par Constantin? Lancer le pauvre Lovisa sur le côté gauche, là où tout n’a été que douleur pour lui une mi-temps durant, avant que le boss de Tourbillon ne se décide à le remplacer par Iapichino. Placer Tupta devant? Il sortira lui aussi à la pause, on savait à peine qu’il était sur le terrain. Ces deux-là n’y sont pour rien. Ils ont été sacrifiés sur l’autel d’une folle espérance: croire qu’il suffit d’un discours vaguement motivateur, sans schémas, sans automatismes, sans ligne directrice.

Il n’y a pas si longtemps, Servette pouvait lui aussi se poser des questions sur son efficacité, sur son rendement collectif, sur les schémas éventuellement. La différence est là: les Grenat n’ont pas dévié de leur philosophie de jeu. Mieux: ils s’y sont accrochés. La force collective, c’est justement de traverser les moments de doute en ne perdant pas de vue l’idée forte. Pour cela, il faut un collectif. Les Servettiens l’ont.

Le leadership grenat

Il faut des leaders: avec Gaël Clichy, Servette a la chance d’en posséder un. L’ex-joueur d’Arsenal ou de Manchester City le disait il y a dix jours: sa volonté de changer les mentalités, sa volonté de regarder devant et pas derrière, sa volonté de convaincre le groupe, pour tout dire de l’élever.

La chance de Servette, c’est aussi de pouvoir travailler dans la continuité avec son entraîneur. Alain Geiger a une immense expérience de joueur, d’entraîneur aussi, et s’il est revenu à Genève pour s’asseoir sur le banc, c’est parce qu’il avait des idées pour ce Servette qu’il suivait depuis un moment. On parle de jeu, de projet offensif, de combinaisons: tout cela s’est mis en place pour la remontée en Super League et force est de constater que les Servettiens suivent toujours ce même chemin.

«On a plus de chances de gagner quand on joue bien», dit-il souvent. Il a sans doute les hommes pour, avec des joueurs comme Stevanovic, Cognat, Valls (quel but hier sur le 0-2!), Rouiller, Clichy, pour ne citer qu’eux. Mais il a surtout cette ligne de conduite, un socle sur lequel les joueurs peuvent s’appuyer même quand tout ne tourne pas rond.

Tous savent quoi faire

À Tourbillon, pour ce premier succès de Servette face à Sion depuis son retour en Super League, l’impression était saisissante. Pendant que les Valaisans s’égaraient, tous les Genevois savaient exactement quoi faire: du positionnement géographique de base à l’appel de balle, du décalage solidaire à la défense préventive: une sorte de chorégraphie, bien sûr imparfaite, mais qui distribuait les rôles.

Sion ne possédait pas la grille de lecture. Il a couru derrière les schémas servettiens, attiré ici, sur un côté, avec un bloc valaisan qui s’étire, pour que Servette le déchire ensuite en repartant à l’exact opposé. Ou alors en comptant sur Cognat, admirable dans sa prise de position, dans les intervalles: derrière Grgic et Serey Die et devant la défense. Sion ne se sera finalement jamais sorti de ce casse-tête imposé par Servette. Pas même après la pause. Il n’a fait illusion que sur le but de Wakatsuki, sans plus. Il ne méritait pas le point auquel il a pu rêver, l’espace de quelques minutes seulement. En fait, si Servette s’était montré plus efficace, le score aurait reflété avec une infinie cruauté le fossé qui séparait ces deux équipes.

Seule ombre au tableau

C’est à la fois le drame et le potentiel de Servette. Il est deuxième du classement, mais avec une différence de but négative (-1), parce qu’il n’a que la septième attaque du championnat. C’est le paradoxe d’une équipe qui joue bien, qui se crée des occasions, mais qui souffre à les transformer en buts. La seule ombre au tableau grenat, finalement, en comparaison d’avec les lumières qui grandissent autour de ce quatrième succès consécutif.

Servette sait d’où il vient et où il va. Sion cherche toujours son chemin.

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