14.08.2020 à 06:30

Chasse«Si cette loi est acceptée, elle apaisera les esprits»

Alors que la loi sur la chasse est à la peine dans les sondages, Fabio Regazzi (PDC/TI), vice-président de ChasseSuisse, estime que cette révision permettra de gérer les «subtils équilibres de la faune» avec l’élevage et le pastoralisme.

par
Eric Felley
Pour Fabio Regazzi (PDC/TI), «Nous poursuivons pour l’essentiel les mêmes buts que les associations de protection de la nature, dont nous faisons d’ailleurs partie».

Pour Fabio Regazzi (PDC/TI), «Nous poursuivons pour l’essentiel les mêmes buts que les associations de protection de la nature, dont nous faisons d’ailleurs partie».

KEYSTONE/Gaetan Bally

En Suisse alémanique, un comité de chasseurs s’est formé pour s’opposer à la loi votée par le Parlement. Est-ce un désaveu pour vous?

C’est effectivement regrettable que tous les chasseurs ne tirent pas à la même corde, mais c’est comme dans un parti politique, il peut y avoir des divergences sur certains points au sein du même parti. C’est pareil dans notre corporation. L’unanimité serait louche, et le fait d’avoir justement des divergences signifie que le dialogue et le partage d’avis existent. Mais il faut bien être conscient que ce comité reste assez marginal et représente une centaine de chasseurs sur les 30 000 que compte le pays. Ils sont pratiquement absents de Romandie et du Tessin. Il n’y a donc pas de désaveu.

Êtes-vous surpris de voir qu’un certain nombre de chasseurs sont très attachés aujourd’hui à la protection de la faune et des espèces protégées ?

Évidemment que non! Tous les chasseurs y sont attachés. Le fait de prélever occasionnellement quelques individus, dans un cadre déterminé et très strict n’est jamais un acte contre la nature et la biodiversité. Si vous avez le privilège de prélever un animal durant la saison, vous voulez pouvoir revenir l’année suivante. C’est pour cette raison que les chasseurs, via leur fédération sont toujours très actifs et contribuent à la conservation et la revalorisation des habitats de la faune. Mais quand un bûcheron coupe un arbre, il n’agit pas contre la forêt. Il favorise son renouvellement, utilise une ressource naturelle, et va faire en sorte que son action soit durable. Pour la chasse, c’est la même chose.

Les chasseurs qui refusent cette loi estiment aussi qu’elle n’apporte aucune amélioration pour la pratique de la chasse, comme la reconnaissance des permis au plan fédéral?

Il est vrai que les référendaires parlent beaucoup de la loi sur la chasse, et se focalisent sur les chasseurs, alors que le texte est la «loi fédérale sur la chasse et la protection des mammifères et oiseaux sauvages». C’est donc avant tout une loi de protection, qui ne change au final pas grand-chose dans la pratique de la chasse, si ce n’est que de mettre à jour quelques éléments au niveau fédéral. La question de la reconnaissance des permis est probablement regrettable pour certains, mais il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain. Ce n’est pas parce que le texte est peut-être imparfait sur ce sujet, qu’il faut le refuser. Les parlementaires ont travaillé plusieurs années sur cette loi et sont arrivés à un compromis.

Les chasseurs qui s’opposent à cette loi craignent qu’elle contribue à donner ou conserver dans la population une mauvaise image de la chasse. Est-ce le cas ?

Les référendaires font tous leur possible pour donner une mauvaise image de la chasse, et c’est vraiment regrettable, car nous poursuivons pour l’essentiel les mêmes buts que les associations de protection de la nature, dont nous faisons d’ailleurs partie. Je pense par contre que si cette loi est acceptée, elle apaisera justement les esprits. Elle donnera les moyens aux cantons de gérer les subtils équilibres de la faune, et permettra de limiter les dégâts aux activités humaines, comme l’élevage et le pastoralisme.

Votre message semble toutefois difficile à faire passer?

Notre tâche n’est pas facile, car nous devons faire comprendre à la population que notre première préoccupation est la protection de la faune sauvage. Les référendaires passent leur temps à dire que la nouvelle loi aurait dû protéger certaines espèces comme le lièvre ou le tétras-lyre. Ces espèces ne sont pas victimes d’une surchasse, mais de la disparition de leurs habitats. En les gardant chassables, dans une mesure durable et raisonnable, on leur donne de la valeur et on s’assure justement de leur conservation.

Selon vous, les chasseurs ont-ils une bonne image aujourd’hui?

ChasseSuisse réalise tous les deux ans depuis 2012 une enquête auprès de la population. En 2018, à une très large majorité, la population a estimé que la chasse, telle qu’on la pratique en Suisse, s’inscrivait dans une démarche de développement durable et de protection de la faune. 75% des personnes interrogées étaient d’accord avec l’affirmation selon laquelle les chasseresses et chasseurs sont au service de la diversité des espèces dans la nature. Seuls 5% rejetaient en bloc cette affirmation. 78% des participants confirmaient également l’engagement des chasseurs à l’égard de l’environnement et les milieux de vie de la faune.

Quelle est l’évolution depuis 2012?

Cela correspondait à une hausse de 4 points par rapport à la première enquête de 2012. Nous pouvons encore relever que 82% des personnes interrogées étaient d’avis que la chasse était nécessaire à la régulation des populations d’animaux sauvages. Pour la plupart d’entre elles (68%), les ours, les loups et les lynx, en augmentation dans le pays, devraient eux aussi être régulés. Le résultat de la votation zurichoise en 2018, avec 80% de oui pour la poursuite de la chasse dans ce canton, a encore démontré l’excellente image dont joui la chasse dans notre pays. Vous constaterez dans quelques semaines que les gens vont se précipiter dans les restaurants pour manger du gibier… La gastronomie est probablement le meilleur indicateur de la perception de notre pratique.

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14 commentaires
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Mathias

14.08.2020 à 10:03

C'est intéressant qu'il utilise le terme "prélever" plutôt que "tuer". Cela montre qu'il se rend compte que c'est mal, mais qu'il évite de l'avouer.

Jean Naymar

14.08.2020 à 08:05

Les chasseurs se battent tous les jours pour la nature, nourrissent les chevreuils lorsque la neige est trop haute, participent à de nombreuses opérations de sauvetage de biotopes et d'animaux. Je ne suis pas chasseur mais merci à eux!

Camélia

14.08.2020 à 07:52

Je ne pense pas que la chasse service dans les les restaurants en Suisse soit du gibier tué par des chasseurs. Soit c'est du gibier d'élevage ou de l'étranger. Même chez les bouchers c'est très difficile de trouver du gibier d'ici.