Présidentielle française: «Si Fillon perd encore 2 points, il devra se retirer»

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Présidentielle française«Si Fillon perd encore 2 points, il devra se retirer»

Le journaliste et éditorialiste français Alain Duhamel analyse la présidentielle française et les chances des candidats.

par
Christine Talos
Alain Duhamel couvre depuis plus de 40 ans la course à l'Elysée.

Alain Duhamel couvre depuis plus de 40 ans la course à l'Elysée.

Keystone

«On n'a jamais vu, depuis que l'élection existe au suffrage universel direct, une campagne présidentielle si imprévisible aussi près du but. C'est sans précédent.» C'est en ces termes que le célèbre journaliste et éditorialiste français Alain Duhamel, qui a couvert sa première campagne en 1965, qualifie la course actuelle à l'Elysée.

«Il y a un président de la République qui ne peut pas se représenter, un ancien président qui se représente - ce qui ne s'était jamais produit - et qui en plus se fait battre, des anciens premiers ministres qui se font écarter... Rien ne se fait comme d'habitude», a-t-il estimé sur les ondes de la RTS à l'enseigne de l'émission «Tout un monde». «Et la droite, qui il y a 3 mois, ne pouvait pas ne pas gagner, pourra être contente si elle fait figure honorable.»

Fillon inéligible

Le journaliste ne donne aucune chance au candidat officiel de la droite François Fillon empêtré dans les emplois fictifs du «Penelopegate». «Il est inéligible politiquement. Ce qu'on a découvert est tellement en opposition flagrante avec l'image qu'il a voulu donner de lui-même que c'est évidemment très mal ressenti par tout le monde». Et Alain Duhamel le prédit: s'il perd encore 2 points dans les sondages (il est actuellement à 18% des intentions de vote), il sera contraint de se retirer.

Alors qui pour le remplacer au sein de la droite? L'éditorialiste ne voit qu'un seul papable: Alain Juppé. «C'est le seul à avoir une stature présidentielle évidente et il a l'avantage d'avoir déjà un programme». Mais ce sera un candidat faute de mieux, prévient-il.

Du coup, la gauche avec son candidat officiel Benoît Hamon, a-t-elle une chance désormais d'arriver au second tour, selon lui? Alain Duhamel n'y croit pas une seule seconde. «C'est quelqu'un d'estimable qui a été un bon ministre, mais il n'a pas la stature présidentielle, je parle de ses idées, de son style», critique-t-il. «Ce qu'il a présenté est extrêmement sympathique, mais s'il parvient au second tour, ce serait une surprise absolument gigantesque. »

Marine Le Pen, un granit

Pour lui, le danger vient donc de Marine Le Pen. «Jamais elle n'a été aussi forte qu'aujourd'hui. En plus, ce qui se passe en France, entre les attentats et les violences dans les banlieues, ne peut que la servir», analyse Alain Duhamel. Il la voit même comme un «morceau de granit, face à des adversaires en calcaire et friables».

Quant au candidat de gauche radicale, Jean-Luc Mélanchon, le journaliste estime qu'il vit au 19e siècle «même s'il utilise les technologies du 21e siècle pour sa campagne». Et s'il est un très bon candidat dans cette course à l'Elysée, il n'est pas un président imaginable, selon lui.

Reste alors le centriste Emmanuel Macron, qui se dit ni de gauche ni de droite et qui devient le candidat le plus sérieux de cette campagne face à Marine Le Pen. Ce qui est «nouveau et sans précédent», selon Alain Duhamel, «c'est qu'il s'agit au départ d'un homme sans expérience politique ou presque, qui n'a jamais eu de mandat électoral, mais qui jouissait d'un beau capital sympathie et qui se retrouve désormais en 2e position des sondages».

Les électeurs volatiles de Macron

Mais contrairement à Marine Le Pen et à ce qu'affirme Macron lui-même, ce dernier n'est pas un candidat anti-système. «Les idées qu'il défend, sa formation, sa trajectoire, en font justement un produit réussi du système», selon le journaliste. Mais Macron court un autre risque: son électorat est très volatile. C'est le candidat dont les électeurs sont les plus susceptibles de le lâcher, contrairement à la présidente du Front national qui attire le plus de citoyens convaincus, explique-t-il.

Néanmoins, Emmanuel Macron et Marine Le Pen sont deux candidats atypiques pour une présidentielle française, très loin des traditionnels duels gauche-droite. «Il existe une vague occidentale de dégagisme, soit la volonté de sortir toutes les personnalités en place», analyse-t-il. «Parce qu'il y a un moment à partir duquel, crise après crise, les gens finissent par être exaspérés, comme en France qui connaît depuis 30 ans l'alternance entre la droite et la gauche modérées sans succès notable», souligne Alain Duhamel. Raison pour laquelle selon lui, les citoyens préfèrent désormais des candidats nouveaux avec un style nouveau.

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