Attentats du 13 novembre – «Si je pouvais, j’aurais acheté la paix universelle»
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Attentats du 13 novembre«Si je pouvais, j’aurais acheté la paix universelle»

Mardi, un accusé belge de 37 ans affirme ne pas avoir renié le groupe État islamique lors de la réouverture du procès des attentats du 13 novembre 2015.

Mohamed A. s’est exprimé mardi devant la cour.

Mohamed A. s’est exprimé mardi devant la cour.

AFP

Exactions, viols, attentats… Premier accusé interrogé au procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris, mardi Mohamed A. n’a rien renié du groupe État islamique (EI) et justifié les attaques, une «réponse à la violence» occidentale.

Debout dans le box, le Belge de 37 ans, connu pour être l’«homme au chapeau» des attentats de 2016 à Bruxelles, est assailli de questions par le président de la Cour d’assises spéciale, Jean-Louis Périès, qui le presse depuis dix minutes de dire ce qu’il pense vraiment de la religion, du djihad, de l’EI. Finalement, il s’exécute. «Écoutez, ceux qui se font exploser, c’est une réponse aux bombardements. À défaut d’avoir un soldat à tuer sur place, on fait des attentats. C’est attentats contre bombardements», lâche-t-il.

«Pour moi, c’est l’islam normal»

Mohamed A. est le premier des quatorze accusés présents à être interrogé sur le fond du dossier, quatre mois après l’ouverture du procès. Dans cette première phase, ils ne seront entendus que sur ce qui s’est passé avant l’été 2015. Lui a basculé dans la radicalisation en 2014, à la mort de son «petit frère» tué en Syrie. Il confirme, mais nuance: «Pour vous, c’est radical. Pour moi, c’est l’islam normal».

«L’islam tel qu’il est enseigné par le Prophète n’est pas compatible avec la démocratie. Pour vous, un homme qui a trois femmes c’est «chelou», vous arrivez à faire des polémiques même pour le halal», lance plus tard ce brun volubile en chemise à carreaux.

«C’est la guerre»

«Le Coran, je le prends tout entier», ajoute-t-il, «fier» de son cadet qui s’est «sacrifié pour aider des innocents» en Syrie. La cour rappelle que son frère appartenait à une brigade connue pour sa cruauté, y compris envers les civils. «C’est la guerre, c’est comme ça, élude Mohamed A. C’est un devoir pour tous les musulmans d’aller faire le djihad.»

Le président Périès pousse. «Ça justifie de s’en prendre à des gens en terrasse, à des concerts?» «Les choses dégueulasses, ça ne vient pas que d’un seul camp.» Le président insiste, rappelle que les bombardements français en Syrie «n’ont commencé qu’en septembre 2015». Mohamed A. s’emporte. «On a l’impression d’entendre des enfants: «C’est vous qui avez commencé!» Avant il y avait eu des frappes de drones qui ont tué des civils.».

Le président demande encore: «Et ça justifie les attentats?» «Moi, ça, je suis pas capable de le faire, je l’ai toujours dit», balaie celui qui a renoncé à se faire exploser lors des attentats de Bruxelles et dont la véritable raison de la venue à Paris avec les commandos, en novembre 2015, reste floue. «Partir en Syrie pour voir des innocents se faire tuer, puis revenir pour tuer des innocents – parce que c’étaient des innocents… À un moment, dans le cerveau, ça cale», explique-t-il.

«J’accepte tout»

La cour, les parties le poussent pendant des heures, mais il refuse de condamner l’EI. Les décapitations filmées d’otages? «Vous aussi vous avez coupé la tête de votre roi.» Les viols de femmes yézidies? «Ça s’est fait dans toutes les conquêtes… Des historiens qualifient cela de projet de natalité. Moi j’accepte tout, au même titre que vous acceptez toute l’histoire de France, avec ses pages sombres et lumineuses», lâche Mohamed A.

À une avocate des parties civiles, il refuse de répondre. «Vous me dégoûtez», lui dit-elle, faisant sursauter la cour. «Vous affirmez aux médias, ces hyènes, que nous sommes imperméables à la douleur des victimes. Je suis désolé, moi, ça me casse les couilles, s’emporte-t-il. Je n’étais pas là le 13 novembre, j’ai tué personne. J’ai entendu pendant deux mois des gens se plaindre à la barre.» Au tour des parties civiles dans la salle de sursauter. «Se plaindre?» s’insurge-t-on sur les bancs.

«C’est une drôle de question»

Un autre avocat demande s’il a quelque chose à dire aux victimes. Long silence. «C’est une drôle de question, je ne sais pas quoi vous répondre.» Nouveau silence. «C’est vraiment triste ce qu’il leur est arrivé. Ils sont des doubles victimes, de la politique étrangère de la France et de celle de l’État islamique.».

L’avocat pousse encore, exaspérant l’accusé. «Vous allez bien dormir si je dis que je condamne? Si je pouvais, j’aurais acheté la paix universelle. Mais j’ai pas les moyens.».

(AFP)

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