Procès à Vevey (VD) - Lionel Girardin: la brigade financière a trouvé des choses «surprenantes»
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Procès à Vevey (VD)Lionel Girardin: la brigade financière a trouvé des choses «surprenantes»

Le municipal, mis en difficulté, a commencé à répondre aux questions du tribunal mardi. Plaidoiries et réquisitoire sont prévus mercredi.

par
Yannick Weber
Début du procès de Lionel Girardin au Tribunal de Vevey.

Début du procès de Lionel Girardin au Tribunal de Vevey.

20Min/Carole Alkabes

Il est arrivé sans masque, d’un pas vif et le regard haut, devant le tribunal. Accueilli par les caméras et les appareils photo de la presse, Lionel Girardin a foncé tout droit vers la salle d’audience. Mais dès le début du procès, derrière le masque noir enfilé entretemps, est apparue la tension: la voix était hésitante lors des premières minutes de l’interrogatoire, avant de monter en assurance au fil de la journée.

Il fallait l’écrire dans le PV!

Le procureur, la représentante du Canton, la représentante de la Commune accompagnée de la syndique Elina Leimgruber, tous fixaient le municipal suspendu tentant de se démêler avec les questions, le nez souvent dans son ordinateur, entre quelques regards vers son avocat.

D’abord, le point qui concerne la femme de Lionel Girardin, rémunérée pour la gestion des RH de la Fondation Apollo, d’utilité publique, via la société privée de son mari et sans appel d’offres (lire notre rappel des faits reprochés). «Si mes souvenirs sont exacts», «Si mes souvenirs sont bons»: la phrase a été prononcée plusieurs fois.

C’était un des nœuds du problème: les décisions ont souvent été prises oralement, sans être protocolées dans des PV. Ne restent alors que les déclarations divergentes. «Pour moi, c’était clair que la Fondation était au courant que c’est mon épouse qui fournissait ce travail», a dit le municipal, tandis que le procureur a énuméré les déclarations d’autres membres du Conseil prétendant le contraire.

De nombreux reproches

Dans l’après-midi, c’est un analyste en criminalité économique de la Brigade financière du canton de Vaud qui est venu donner son avis après avoir analysé les pièces à conviction. «Manque de transparence», «Droits étendus du prévenu en termes de décisions économiques», «contrôle interne déficient», il a relevé de nombreux défauts.

Surtout, selon son expertise, les honoraires facturés par la société de Lionel Girardin à la Fondation «paraissent élevés». Il a notamment relevé que les frais RH, en moyenne par employé, ont quintuplé en cinq ans après l’externalisation auprès de la société de Lionel Girardin, «alors que les tâches ne se sont pas complexifiées», a dit l’analyste, ajoutant que «le prévenu devait savoir qu’il y avait un risque de conflits d’intérêt» et qu’il aurait pu agir différemment pour lever tout doute.

Rire nerveux

Les interventions du procureur ont parfois provoqué le rire nerveux de Lionel Girardin, mis en difficulté. Il en a été de même quand la présidente a posé la question qui, d’une certaine façon, était la plus basique: «Referiez-vous la même chose aujourd’hui?» Réponse: oui, «mais je m’assurerais que toutes les discussions et décisions soient protocolées. Il y a un apprentissage à tout cela», a-t-il dit.

La syndique de Vevey Elina Leimgruber (à droite), était également présente.

La syndique de Vevey Elina Leimgruber (à droite), était également présente.

20Min/Carole Alkabes

La suspension de la Muni lui a rapporté plus gros

Sur le point qui concernait les sous-locations pour du coworking de locaux appartenant à la Ville, dont la gestion était externalisée à la société privée de Lionel Girardin, la dynamique a été un peu différente. Par moments, le municipal se lançait dans un «flot de paroles», comme l’a remarqué le procureur. À d’autres, le silence régnait plusieurs secondes, avec des gestes d’hésitation, avant qu’une réponse courte ne sorte.

Au bout du compte, si l’on additionne le préjudice estimé pour la Fondation Apollo (126’879 francs au total selon l’analyste du Canton), le montant reste encore inférieur à celui perçu par Lionel Girardin grâce à son salaire de municipal pendant trois ans, depuis sa suspension jusqu’à aujourd’hui, et sans travailler. Alors que, comme l’a relevé la présidente du tribunal, personne ne conteste le travail qu’il a fourni pour créer et développer ladite Fondation Apollo.

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