Cloîtré: «Si vous entrez, je m'tire une balle»

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Cloîtré«Si vous entrez, je m'tire une balle»

Le septuagénaire, qui a mis la police sarde en émoi, est une figure de la Riviera. Il s'agit d'Alain K.: ancien élu et professeur de physique/chimie au gymnase de Burier.

par
Evelyne Emeri

«Se qualcuno entra, io mi sparo.» «Si quelqu'un entre, je me tire une balle»: c'est avec cette phrase que le scientifique vaudois, 75 ans, a tenu en haleine les carabinieri de la province de Carbonia (I) durant plus de dix-huit heures, dans sa nouvelle maison acquise dans le village de San Giovanni Suergiu, en Sardaigne.

Lundi soir, vers minuit, la police est alertée par l'épouse d'Alain K., que celui-ci s'est barricadé dans leur chambre à coucher avec une arme. Craignant une issue tragique, les forces de l'ordre viennent en nombre, accompagnées de négociateurs.

«Il voulait attenter à ses jours. Il était très énervé. Il était comme fou, nous raconte le capitaine Giuseppe Licari, qui dirige l'enquête policière sur place. Il était furieux contre celui qui lui a vendu sa nouvelle propriété. Tout était payé. Apparemment, le vendeur lui faisait des ennuis et lui demandait plus d'argent.»

Il n'a pas menacé la police

La force de persuasion et la patience des conciliateurs s'avéreront payantes. «Mardi vers 18h30, il a accepté de sortir, après avoir beaucoup parlé aux négociateurs et leur avoir fait beaucoup de confidences très privées. Il était plus calme. Sans doute a-t-il besoin d'aide, poursuit le capitaine de police.

A aucun moment, il n'a tiré contre un de mes hommes. Une seule fois dans le mur de la chambre dans laquelle il s'était enfermé. Notre mission était de le sauver.» Et de conclure: «C'est un homme de 75 ans, il adore notre île, il a deux chevaux et une belle propriété. Il est sympa et un peu excentrique.»

Excentrique, certes. Et coupable de détention illicite d'armes à feu. Les policiers sardes ont en effet découvert chez lui six pistolets, non déclarés et non enregistrés sur le territoire italien. Le Vaudois a été arrêté et emmené au poste mardi soir avant d'être reconduit chez lui. Il est actuellement en arrêts domiciliaires et porte un bracelet électronique relié à une centrale de contrôle. Entre aujourd'hui et demain, il sera entendu par un juge d'instruction qui lui signifiera son inculpation.

Né en Basse-Normandie, père d'un garçon de 35 ans, Alain K. s'est installé en Sardaigne ce printemps avec sa quatrième épouse, laissant derrière lui Divonne-les-Bains (F), où il avait construit et occupé la fonction d'adjoint au maire. Le retraité binational était une figure de la physique nucléaire. Il a travaillé à l'Institut fédéral de recherche sur les réacteurs, à Würenlingen (AG). Il a aussi dirigé le Laboratoire des isotopes de l'IRA (Institut de radiophysique appliquée) du CHUV. Un accident radioactif, survenu à Würenlingen, a freiné l'ascension de l'homme de recherche.

A la fin des années 1970, il devient maître de physique et de chimie au Gymnase de Burier, à La Tour-de-Peilz, où il a vécu de très longues années, à quelques pas de l'établissement scolaire. A ses premiers gymnasiens, il raconte qu'il a été irradié, raison de sa réorientation. Il enseigne ensuite à Morges jusqu'à sa retraite et sera aussi responsable scientifique des Electriciens Romands.

Alain K. est également l'auteur avec des confrères d'une série de brochures didactiques sur l'énergie électrique et de coffrets d'expérimentation pour les écoles de Suisse romande.

Il faisait du tir

A ce stade des investigations, rien ne permet d'expliquer le geste du septuagénaire, apprécié de tous pour son savoir, son excellence et son expertise. Le capitaine Licari lâche une hypothèse: «Peut-être a-t-il souffert de quitter la recherche. Vous savez les savants…»

Membre de la Société de tir de Saint-Légier, l'ancien conseiller communal de La Tour-de-Peilz pratiquait ce sport avec une précédente épouse. Il est également détenteur d'une licence de pilote privé.

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