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MusiqueSia, une Adele en clair-obscur

Technicienne de la voix, tacticienne de l'image, magicienne des mots, avec «This Is Acting», Sia continue son ascension du trône de la pop.

par
Caroline Piccinin
«Si quiconque, hormis les célébrités, savait ce que cela faisait d'être célèbre, il ne voudrait jamais l'être»

«Si quiconque, hormis les célébrités, savait ce que cela faisait d'être célèbre, il ne voudrait jamais l'être»

DR Sony Music

Elle a beau être mystérieuse derrière sa perruque bicolore, Sia est partout. En décembre, on l'avait notamment vue chanter et répondre à Anne Sophie Lapix sur le plateau français de «C à vous» après un passage chez Cauet (sic) et cette semaine sur celui de Jimmy Fallon avec qui elle a effectué une reprise épique de «Iko Iko» entourée des Roots. Mystérieuse, mais audacieuse stratège, elle fait la promo de son septième album studio, «This Is Acting», comme personne. A savoir, toujours sans montrer son visage. Et après l'immense succès en 2014 de «1000 Forms Of Fear» autant dire que la planète entière est à l'affût du moindre bout de nez qui dépasserait. Il faut remonter dans l'histoire de l'Australienne, auteure-compositrice-interprète pour capter un sens à tout ça.

«La musique c'est pour les oreilles, pas pour les yeux»

Sia, née en 1975 Sia Kate Isobelle Furler, chante depuis les années 1990. En premier lieu avec un groupe, Crisp, et en 1997, elle quitte l'Austra­lie pour s'instal­ler à Londres et sort son premier album solo, «OnlySee». Elle officie aussi en tant que choriste, notamment pour Jamiroquai ou Massiv Attack. Le passage à l'an 2000 arrive et elle sort «Healing Is Difficult» en 2001 qui rencontre un succès d'estime mais pas commercial. C'est en 2004 qu'elle sort son épingle du jeu, avec «Breathe Me», single tiré de «Colour The Small One». Le titre utilisé pour illustrer la scène finale de la série «Six Feet Under» la révèle au grand public. Début 2008, un an après la sortie d'un album live, Sia sort «Some People Have Real Problems», disque qui assied définitivement sa voix, ses idées et son talent pour l'écriture. En 2010 alors que son album «We Are Born» dont la mélancolique ballade «I'm In Here» est largement diffusée, la chanteuse est au plus bas. Drogue, alcool, l'artiste envisage le suicide et écrit des messages d'adieux. Elle se remet sur pied, mais c'est à partir de ce moment-là que le tournant s'opère.

Travail de l'ombre

Après cette période difficile, Sia décide de mettre son talent au service des autres. Un moyen de se préserver tout en restant connectée à ce qu'elle aime faire: créer. Elle collaborera avec David Guetta, Céline Dion, Britney Spears, Eminem, Rihanna pour qui elle a écrit le mégatube «Diamond» ainsi que ces autres bombes du hit-parade, «Firework» pour Katy Perry et «Pretty Hurts» pour Beyoncé.

Puis, 2014. «1000 Forms Of Fear» la propulse en tête des ventes et au sommet du monde musical. Le single «Chan­de­lier» dont le clip provoque une avalanche de clics marque le tournant. On y voit une fillette, Maddie Ziegler, perruque blonde et justaucorps couleur chair, danser frénétiquement dans un appartement vide. Un avatar métaphorique de la chanteuse. Pour ce disque, elle exige d'ailleurs de son label de n'avoir à faire ni promo ni tournée. Et de ne plus apparaître dans les clips. C'est aussi à partir de ce moment-là, qu'elle ne montrera plus son visage. Parce que, pour elle, la notoriété «bousille sa santé mentale» et que «la musique c'est pour les oreilles, pas pour les yeux».

Une perruque comme bouclier

Brillant! Elle crée ce concept sur lequel elle s'appuie et ça fait mouche: on réalise enfin qu'outre ses talents de créatrice, elle a une voix qui n'a rien à envier aux divas actuelles.

Aujourd'hui, avec ce retour très attendu, elle enfonce le clou. En appelant son disque «This Is Acting», elle fait encore un pied de nez, à tout ce jeu auquel elle refuse de prendre part, se déformant le visage à grand coup de scotch. Autre spécificité, il est – outre un titre – entièrement composé de chansons qu'elle avait écrites pour les autres. Ce dont Adele, Rihanna ou Shakira n'ont pas voulu, Sia le transforme en autoportrait. Comme un antagonisme, elle a troqué le carré blond contre une coupe bicolore. Une dualité qui la mène, cette fois, vers une tournée qui passera en avril par le festival de Coachella, en Europe cet été ainsi qu'en Russie.

Sia au bord des rives du Léman? Allumons tout le chandelier et invoquons les dieux de la programmation.

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