15.11.2020 à 12:43

ExploitSilke Pan: «Quand je suis debout, je revis entièrement»

L’athlète paraplégique valaisanne grimpe sur un podium international, 13 ans après l’accident de trapèze sous un chapiteau qui l’a privée de l’usage de ses jambes.

par
Vincent Donzé
1 / 18
Silke Pan a parcouru un circuit de 40 mètres.

Silke Pan a parcouru un circuit de 40 mètres.

Cybathlon.ch
L’athlète valaisanne a effectué trois parcours vendredi.

L’athlète valaisanne a effectué trois parcours vendredi.

Cybathlon.ch
Son exosquelette a été conçu par l’EPFL.

Son exosquelette a été conçu par l’EPFL.

Cybathlon.ch

Un podium obtenu samedi, à la 2e édition du Cybathlon, une course internationale de cybernétique: c’est une récompense que l’athlète paraplégique valaisanne Silke Pan partage avec l’EPFL, concepteur de son exosquelette. Le chemin parcouru est énorme sur le plan sportif et technique, mais il l’est bien davantage sur le plan personnel, 13 ans après l’accident de trapèze qui l’a privée de l’usage de ses jambes sous un chapiteau.

Depuis quatre ans, les scientifiques de l’équipe Twiice ont conçu et amélioré l’exosquelette qui permet à Silke Pan de marcher en franchissant des obstacles. Silke Pan affrontait neuf athlètes de cinq pays (États-Unis, Russie, Corée, Inde, France) à Zurich, au siège de l’ETH. Le classement a été déterminé sur la base de trois parcours successifs, enregistrés dans leur pays de résidence, en présence d’un arbitre.

La 2e place de Silke Pan récompense un travail d’équipe.

La 2e place de Silke Pan récompense un travail d’équipe.

Cybathlon.ch

Championne de handbike, Silke Pan a parcouru un circuit de 40 mètres comprenant sept types d’obstacles, dont des escaliers, des pentes inclinées, un terrain accidenté et un slalom autour de tables.

Tout au long de l’année, Silke Pan s’entraîne quotidiennement 3 à 5 heures par jour au handbike et aux équilibres sur main. C’est dans cette discipline qu’elle retrouve des sensations d’avant l’accident, depuis qu’elle a eu l’idée d’attacher ses jambes de part et d’autre d’une barre fixe qui passe derrière sa nuque.

Twiice est un exosquelette des membres inférieurs. «Il se compose de segments actionnés au niveau des articulations de la hanche et du genou qui sont rigidement interfacés avec les cuisses et les tibias. Un contrôleur intelligent coordonne ces segments pour se déplacer en fonction des trajectoires de marche souhaitées», explique Mohamed Bouri, chef du groupe REHAssist.

Silke, de quoi êtes-vous fière?

-D’être sur le podium, ce qui était mon objectif. Même si l’athlète que je suis vise toujours la médaille d’or, c’est une très belle réussite pour nous.

C’est qui, «nous»?

-Avant tout les ingénieurs et les doctorants qui ont développé l’exosquelette, avec l’atelier Sonceboz SA qui a fourni des moteurs. Mais il est clair qu’en compétition, je suis seule pour obtenir le maximum de la technologie.

Qu’est-ce qui est le plus déterminant: la force ou l’équilibre?

-La force est nécessaire pour garder le contrôle. Il s’agit de contracter les muscles le plus tôt possible pour positionner le geste, mais pas trop pour ne pas basculer. Je dois être concentrée en permanence pour décider à quel moment enclencher le prochain mouvement.

Une compétition sert-elle à progresser?

-Je me rends compte à chaque fois que d’énormes progrès sont réalisés à la veille d’une compétition qui équivaut aux championnats du monde des exosquelettes. Pour chercher le détail qui fait la différence, il faut une autre motivation que la vie de tous les jours.

Dans quel but?

-Mentalement, l’exosquelette m’a reconnectée avec mon corps dans son entier. Quand je suis debout, ce qui m’arrive depuis 2016, je revis entièrement.

Et là, avec la Covid…

-La Covid est un drame humain aux conséquences sociales, économiques terribles mais pour moi le confinement a été un cadeau de la Vie. Un retour inespéré: pendant ce confinement imposé, j’ai découvert une technique qui m’a permis de retrouver mes équilibres sur les mains. Quand les ingénieurs de l’EPFL ont vu mon numéro, ils m’ont dit «On ne comprend plus rien» sur mon handicap. En plaçant une barre derrière ma nuque où mes pieds y sont attachés, j’ai retrouvé le contrôle de tout mon corps, mais tout se passe à la taille, qui emporte le bassin et cette barre, contrôlée par ma nuque et épaules, commande mes jambes. Mon astuce les a perturbés…

Silke est redevenue l’artiste de cirque qu’elle était avec sa chute d’un trapèze.

Silke est redevenue l’artiste de cirque qu’elle était avec sa chute d’un trapèze.

DR

Pensez-vous chaque jour à l’accident?

-Dans le quotidien, tout me rappelle un accident que j’aimerais oublier, Ici une barrière architecturale, là une autre que me place nez à nez avec mon handicap. Même si je ne rappelle pas de lui, mon handicap se rappelle à moi.

Vous retournez au cirque…

-Ma carrière allait fleurir avec les plus beaux spectacles, elle a été fauchée d’un coup, coupée en plein milieu, avant d’éclore. Là, je suis toujours paralysée, mais je ressens mon corps, différemment. C’est une renaissance Depuis l’an dernier, je peux regarder un spectacle de cirque avec plaisir, sans que ça me fasse mal, comme si la cicatrice émotionnelle était guérie. Si le Covid le permet, je retourne à la piste en décembre, engagée au Cirque de Noël de Moudon, si…

Physiquement et moralement, l’athlète est une force de la nature.

Physiquement et moralement, l’athlète est une force de la nature.

DR

Votre opinion

Trouvé des erreurs?Dites-nous où!
7 commentaires
L'espace commentaires a été desactivé

Monique

15.11.2020 à 16:32

J'admire profondément cette personne. Le mot courage est bien trop petit pour la lumineuse Silke. A chaque article sur elle, à chaque photo, l'émotion me saisit et me fait monter les larmes aux yeux.

Logique

15.11.2020 à 15:03

Chapeau bas, Madame, pour votre courage, votre persévérance, votre esprit de battante. Vous êtes un exemple et je vous souhaite bonne continuation, de beau progrès et .........ne lâchez rien !!

Optimiste

15.11.2020 à 13:59

Ces gens de l'ombre Ingénieurs, chercheurs, personnes handicapées qui marchent dans la même direction font évoluer la société positivement dont on ne parle jamais au rarement, les vrais handicapées dont on parle régulièrement (Nabilla, Kardachiant, miss ou 1000 autres) polluent nos yeux et la planète trop souvent