Valais: Sion 2026: Une campagne déloyale?

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ValaisSion 2026: Une campagne déloyale?

Les institutions valaisannes jouent à fond la carte des JO 2026. Trop pour les opposants, qui dénoncent un manque de fair-play.

par
Eric Felley
KEYSTONE OLIVIER MAIRE

«Je sens qu'en Valais le vent est en train de tourner», a déclaré jeudi à Canal 9 la journaliste de la RTS Romaine Jean. En tant que chargée de communication, elle a rejoint l'Association pour une candidature olympique suisse (ACOS), présidée par le patron de Swiss Olympic, Jürg Stahl.

À 62 ans, elle quitte subitement la RTS après 36 ans de bons et loyaux services, notamment avec l'émission «Infrarouge». Sion 2026 s'est réjoui de cette recrue dans l'optique de la votation populaire du 10 juin prochain. La journaliste pourra mettre sa notoriété et son carnet d'adresses au service d'une candidature qui mobilise et divise passablement les Valaisans.

Au sein de l'ACOS, on est surpris de trouver aussi le président de la SSR, l'ancien conseiller d'État valaisan Jean-Michel Cina (PDC). N'aurait-il pas dû rester en retrait avant la votation du 10 juin? Il précise qu'il s'agit d'une erreur: «J'étais dans le comité qui a préparé le début de cette candidature. Aujourd'hui, j'y figure à titre personnel, car la SSR ne peut pas s'engager afin d'éviter un conflit d'intérêts.»

Le député écologiste Thierry Largey, opposant à Sion 2026, estime qu'il joue sur les mots: «S'il est président de la SSR en fonction, il ne peut pas représenter que lui-même… L'atmosphère de cette campagne est symptomatique de la peur des partisans que le Valais refuse ces Jeux. C'est pour cela qu'on met en avant des gens de la SSR, pour leur donner du poids…»

«Propagande»

Le Valais connaît aussi une polémique sur la tournée prévue par le conseiller d'État Frédéric Favre (PLR), qui participe à des soirées d'information organisées par des communes. «Propagande», dénonce le vice-président de l'UDC, Jérôme Desmeules, qui a également écrit au Conseil d'État pour faire annuler ces séances: «Les communes ont un devoir de réserve. Personne n'est dupe sur la façon dont les choses se passent en refusant d'inviter des contradicteurs. Le système se met en branle, ces gens sont membres du PLR ou du PDC, qui défendent la candidature.»

Athlètes instrumentalisés

Maurice Chevrier, chef du Service des affaires intérieures et communales, a dû rappeler que les communes qui ne sont pas concernées directement par les Jeux (par des projets d'infrastructures par exemple) n'ont pas à s'impliquer dans la campagne. Pourtant, depuis deux mois, une multitude de présidents dans différents districts ont spontanément apporté leur soutien à la candidature. «À titre personnel», disent certains aujourd'hui. Jean-Marie Bornet, fondateur du Rassemblement Citoyen Valais, estime que ces manœuvres vont trop loin: «Dans cette phase démocratique, on aurait pu s'attendre à plus de retenue et à des débats équilibrés entre les pour et les contre. Au lieu de cela, on fait de la propagande unilatérale, on instrumentalise les athlètes. Certains profitent de leurs fonctions, ce n'est pas fair-play. Cela dit, je ne suis pas persuadé que ce soit si positif pour eux. Les citoyens ne se laissent pas berner si facilement.»

Autrement dit, en Valais, tout le monde sait aujourd'hui ce qu'il doit voter le 10 juin. Ce qu'il votera, c'est une autre chanson…

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