Football: Sion, la prise de conscience passait par là
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FootballSion, la prise de conscience passait par là

Battre YB ou Servette pour se sauver, les Valaisans peuvent le faire. Le plus dur était peut-être de faire le job face à un Zurich qui n’avance plus. Mission accomplie.

par
Florian Vaney, Zurich

Parce qu’il nous fait un peu de peine, honneur à ce FC Zurich pour qui plus rien ne fonctionne. À vrai dire, une scène observée mardi se suffit à elle-même lorsqu’il s’agit de décrire la galère dans laquelle se trouvent les Zurichois depuis qu’ils ont été frappés par l’épidémie. 5e minute. Ludovic Magnin sort de son banc et dirige sa voix en direction de Benjamin Kololli. Depuis trois minutes, le Kosovar a la tête tantôt dans ses baskets, tantôt tournée vers le ciel, toujours en train de ressasser son immense raté intervenu sur la première occasion du match. «Benji, tu vas pas rester vingt minutes là-dessus! Allez mon grand.»

Il y a à peu près tout dans cette intervention de l’entraîneur vaudois du FCZ. La frustration et le dépit d’un joueur engouffré dans un collectif, victime du Covid-19 et de ses dégâts collatéraux, qui n’y arrive plus et qui attend le coup de sifflet final de ce championnat comme une solennelle délivrance. L’humanité de Ludovic Magnin, aussi. Le technicien n’en manque évidemment pas en temps normal, au contraire, mais on a connu le personnage nettement plus saignant. Parce que son Zurich n’a pas été épargné par la situation sanitaire, il s’est assagi. Ce n’est pas un reproche, mais par la force des choses, son équipe aussi.

Voilà pour des Zurichois qui n’ont pas démérité mardi, mais désormais en plus plombés par un manque de confiance flagrant. La première action du match en est un assez bon indicateur. Puisqu’il en est question, cette phase de jeu doit aussi être décortiquée sous l’œil valaisan. Et à vrai dire, on a eu très peur pour le FC Sion à ce moment-là. Pas parce qu’il aurait pu concéder l’ouverture du score, mais bien à cause de l’attitude d’Ermir Lenjani sur la perte de balle qui a amené à cette chance de but. Perdre le ballon en position d’avant-dernier défenseur (certes à septante mètres de ses buts) est une chose, qui peut arriver. Mais le faire en tentant d’abuser la vigilance de l’arbitre en simulant un contact en est une autre.

En fait, cette scène représente à peu près tout ce qu’on craignait de cette rencontre. Voir un FC Sion hautain, déjà focalisé sur les matches plus prestigieux qui l’attendent que sont la réception de Young Boys et le déplacement à Servette, prendre par-dessus la jambe un duel face à un adversaire tellement prenable et inférieur sur le papier. Les Sédunois ne sont jamais aussi forts que lorsqu’ils se trouvent dos au mur et en danger? Mardi, le premier critère était rempli. Le second pas tout à fait.

Et pourtant, passé ce qui restera comme un fait de match, Sion a totalement semblé prendre conscience de son cas. Un cas qui mérite largement d’être pris au sérieux sans attendre. S’il a ouvert le score, ce n’est pas parce qu’il a tâtonné ni profité d’un fait de jeu, mais parce que, cette fois, il a pris les choses en main. Avant que Roberts Uldrikis ne trouvent la faille, Itaitinga avait mis le feu à la défense plus souvent qu’à son tour et Anto Grgic comme Pajtim Kasami auraient pu tromper Yanick Brecher. C’est comme ça qu’on va chercher un maintien.

On n’oublie bien sûr pas la deuxième période, d’un standard bien plus pauvre. Reste que globalement, le FC Sion a fait le job. Un constat qui n’a pas souvent pu être tiré cette saison et qu’il convient de saluer à sa juste valeur. En exagérant à peine, on pourrait presque considérer que les Sédunois ont fait le plus dur dans leur course à distance avec le FC Thoune.

Oui, les Bernois semblent animés par une force divine qui ne les lâchera qu’une fois le maintien obtenu. Oui, leur calendrier (Bâle et Zurich) paraît plus aisé que celui de Sion (YB et Servette). Mais désormais, les Valaisans se trouvent dos au mur (ça n’a pas changé), mais également en face d’un danger palpable. Celui du leader et potentiel futur triple champion en titre, et celui de l’ennemi du bout du Rhône, qui vient d’envoyer NE Xamax en Challenge League et qui ne se priverait pas de propulser Sion en barrages à son tour.

Que cela soit conscient ou non, Sion peut être accusé d’avoir trop souvent compté ses efforts cette saison. Parce que la situation n’était pas assez urgente, parce que l’adversaire n’était pas assez sexy, parce qu’au final, d’une année à l’autre, cette équipe se ressemble. Reste qu’aujourd’hui, à deux matches du terme de l’exercice, les Valaisans semblent avoir réuni les éléments pour se sauver avec fracas et élégance. Pouvait-il en être autrement? Les six jours à venir le diront.

Le résumé du match est à retrouver ici.

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