Football - Sion ou la nécessité de l’efficacité maximale
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FootballSion ou la nécessité de l’efficacité maximale

À vouloir jouer comme ils le font, les Valaisans ont le devoir de ne rien rater s’ils entendent se maintenir. Contre Young Boys, ils ont fait l’inverse.

par
Valentin Schnorhk
(Berne)
Sport-Center

C’est un choix. Il est sûrement pragmatique et l’urgence de la situation lui confère un certain sens. Et Guillaume Hoarau l’a résumé mieux que quiconque dimanche après-midi, après la défaite sédunoise 2-1 sur la pelouse de Young Boys: «Il n’y a pas de noblesse dans la victoire. Il faut accepter qu’elle puisse être moche.» Rien de nouveau sous le soleil printanier bernois; cela fait depuis l’arrivée de Marco Walker au poste d’entraîneur que la formule est martelée, qu’importent les mots utilisés. Autrement dit, Sion, pour se sauver, a pris le parti d’être simplement réaliste, la fin justifiant les moyens.

A lire ici, les réactions sédunoises.

Il est trop tard dans la saison pour débattre du bien-fondé de l’approche. Le classement final, dans cinq matches maintenant, la sanctionnera ou non. Il est de toute façon admis qu’elle n’est légitime que par son caractère résolument court-termiste. Mais elle comporte en elle la certitude que sa réussite ne pourra passer que par une efficacité maximisée. En clair, Sion ne se sauvera que s’il parvient à être le plus réaliste possible, à transformer en but ce qui ne semble même pas avoir l’allure d’une situation. C’est le credo auquel les Valaisans doivent s’accrocher: l’opportunité est partout.

On a bien compris depuis deux ou trois matches que les coups de pied arrêtés en font largement partie. Avec Matteo Tosetti à la baguette, avec Guillaume Hoarau et Gaëtan Karlen associés, tout laisse à penser que le coup franc dans la moitié de terrain adverse présente chacun des critères requis pour une occasion de but. Dimanche, au Wankdorf, c’est ainsi que Sion a sorti la tête de l’eau dans un match qu’il avait commencé en apnée. Bien frappé par Tosetti, c’est Dimitri Cavaré qui a surgi et qui a ainsi montré qu’il pouvait aussi être une arme sur ces phases-là. Sion revenait à 1-1 et il y avait là quelque chose de miraculeux.

A lire ici, le compte-rendu de la rencontre.

L’autre point sur lequel les Sédunois ont choisi de s’appuyer en cette fin de saison, ce sont les contre-attaques, les transitions offensives. Bien jouées, elles représentent un atout de choix, encore plus dans la situation dans laquelle se trouve Sion. Mais elles comportent en elles certaines difficultés majeures: sortir de la zone de pression avec une bonne passe, avoir la vitesse nécessaire pour aller plus vite que des défenseurs avertis et surtout faire preuve d’une lucidité totale pour parcourir de la manière la plus fluide possible les dizaines de mètres qui séparent un but de l’autre. Beaucoup de conditions, qui finalement peuvent limiter les possibilités concrètes.

Le besoin de surperformer

Contre Servette jeudi dernier, Sion avait été exemplaire dans le domaine, bien aidé aussi par l’incapacité des Grenat à se protéger quand ils avaient le ballon. YB, c’est une autre affaire. Et la seule réelle possibilité du genre dont ont bénéficié les hommes de Walker dimanche, c’est lorsque Jared Khasa (introduit à dessein à la place de Karlen pour exploiter ces situations-là) a déposé la défense bernoise pour servir Hoarau. Le Français, altruiste, avait choisi de servir Zock sur un plateau, ne planifiant pas le retour in extremis de Maier. Et c’est en ne profitant pas de moments comme celui-ci que Sion a le droit d’avoir des regrets.

Les Valaisans doivent maintenant avoir cette obsession non pas de ne rien rater, mais de tout transformer. Ils n’ont pas le luxe de pouvoir compiler leurs chances, même quand YB, qui menait 2-1, a un peu lâché du lest sur la fin de match. Pour des demi-occasions, tout compte fait. Ce qu’on demande à Sion, c’est de surperformer au maximum. Ou, pour les adeptes de statistiques avancées, faire beaucoup mieux que ce que suggèrent les Expected Goals (ndlr: xG, soit les buts «attendus», calculés selon un modèle qui tient compte de multiples facteurs comme la position ou le type d’action au moment du tir).

Jeudi, à la Praille, Sion avait marqué cinq buts alors que le modèle considérait qu’il n’aurait dû en marquer «que» 1,82. La surperformance était insolente. Au Wankdorf en revanche, il n’en a mis un seul pour 1,46xG. Sur un match, c’est acceptable. Mais à la longue, cela fera bien trop. Sion, pour se maintenir, doit chercher à provoquer la «chance». Et lorsqu’on offre des buts sur un plateau, comme avec la perte de balle de Theler menant au but de Siebatcheu dimanche, cela ressemble plutôt à l’inverse. Le projet de Marco Walker ne tolère pas les erreurs.

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