Football: FC Sion: un but, mille histoires
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FootballFC Sion: un but, mille histoires

Pajtim Kasami a marqué le seul goal du duel de mercredi face à Bâle. Une réussite multiple, à la fois symbolique et tellement salutaire.

par
Sport-Center

D'apparence, il ne s'agit que d'un corner d'Anto Grgic, d'une déviation de la tête de Jean Ruiz et d'une reprise gagnante de Pajtim Kasami. Rien de plus qu'une réussite en trois actes pour rapporter les trois points à un FC Sion vainqueur de Bâle sur le plus petit des scores mercredi à Tourbillon. Sauf qu'en y regardant de plus près, on s'aperçoit qu'il y a beaucoup, vraiment beaucoup plus dans ce but. Un but qui vaut tant pour sa symbolique, le soulagement qu'il apporte que pour le caractère salutaire qu'il revêt.

Le mieux reste peut-être de rendre en premier lieu hommage au buteur. Depuis deux semaines, Pajtim Kasami a de nouveau «tourné le bouton». Comme si, face au poids de ses responsabilités et de la situation toujours plus tourmentée de Sion, l'ex-international suisse s'était rendu compte de son devoir. Celui d'un des leaders de cette équipe et d'un élément à la fois très gracieusement payé. Parce qu'il faut bien le dire, lorsque le milieu de terrain à vocation offensive n'a pas envie de courir, il est un joueur quelconque, voire assez médiocre et irritant. Il faut notamment se souvenir de son non-match lors de la première visite des Sédunois au Kybunpark de Saint-Gall cette saison, qui s'était suivi, le lendemain matin, par l'éviction de Stéphane Henchoz.

Par contre, dès lors que Kasami est d'accord de consentir les efforts qu'implique le sport de haut niveau, quel joueur incroyable peut.il devenir. Jusqu'alors depuis la reprise, le numéro 7 valaisan avait énormément tenté. Sans réussite, mais en donnant l'impression que oui, la survie du club en Super League l'importait. Ses performances face à Servette, Lucerne et Saint-Gall étaient bonnes, voire très bonnes par moments. Seul manquait ce but. Finalement tombé mercredi soir. Tellement mérité.

Serey Die, un vrai renfort

D'ailleurs, ce but, Pajtim Kasami est allé le célébrer dans les bras d'un certain Geoffroy Serey Die. Le ballon n'avait pas passé la ligne que l'ancien joueur de Fulham était déjà en train de courir en direction de l'Ivoirien. Ce qui a le mérite de traduire au moins une chose: même privé de terrain pour des raisons administratives jusqu'à la fin de la saison, Serey Die est un élément au moins aussi important que le reste de ses coéquipiers dans l'effectif sédunois. On l'avait déjà entendu à Saint-Gall dimanche après l'ouverture du score des Brodeurs, haranguant ses partenaires depuis la tribune en leur ordonnant de rester positifs. Mercredi, il s'est précipité dans les escaliers de Tourbillon pour participer à l'accolade générale. On pouvait rire des transferts effectués par Christian Constantin durant l'interruption du championnat, on pouvait pointer du doigt un certain manque de fair-play. Reste qu'il faut bien admettre que sans même être qualifié pour disputer des rencontres officielles, Geoffroy Serey Die est un vrai renfort.

Sifflets du public

Après avoir quitté les bras de son coéquipier, Pajtim Kasami a continué son mini-tour d'honneur en haranguant le public et en lui faisant signe de pousser l'équipe vers l'avant. Ce que cela a apporté? Probablement pas grand-chose, même si le geste était plutôt sympa. Sa reprise de volée gagnante du pied gauche elle, par contre, a à peu près tout changé en ce qui concerne l'attitude des fans valaisans. Parce que malgré un début de rencontre plutôt encourageant, le FC Sion n'a pas échappé aux sifflets d'un public que le temps et les récents résultats ont fini par crisper. Le Sion combatif et même plutôt offensif aperçu mercredi ne méritait pas d'être hué, Il n'avait surtout pas besoin de ça au regard de la situation dans laquelle il s'est empêtré. Reste que cette réussite de la 29e minute a contribué à détendre tout le monde, joueurs et suiveurs. Dès lors, le public n'a fait qu'un avec l'équipe, allant même jusqu'à lancer quelques chants en l'honneur de ses couleurs au coup de sifflet final. Ceux-ci n'ont pas eu la résonance des grands soirs, la faute à un stade quasi vide, mais l'intention voulait dire beaucoup.

Jan Bamert, sauveur général

Ces derniers jours, il a beaucoup été question de détails et de confiance dans les rangs du FC Sion. De tranchant (ou de manque de tranchant) dans les deux surfaces. En somme, pour inverser la tendance, il fallait être plus intransigeant devant Kevin Fickentscher et plus décisif dans les seize mètres adverses, si on résume. C'est la base du football? Oui, et c'est aussi ce qui a cruellement fait défaut aux hommes de Paolo Tramezzani depuis la reprise. Force est de constater que le «game winning goal» de mercredi soir (et l'entier de la rencontre d'ailleurs) marque une rupture avec ce qu'on a pu observer ces trois dernières semaines.

Il y a encore quelques jours, on est à peu près certain que cette occasion se serait conclue par un raté. Sans doute que Jean Ruiz n'aurait pas effleuré le ballon dans les airs et que celui-ci serait retombé dans les pieds d'un Bâlois. Ou alors que son coup de tête aurait propulsé le cuir directement en sortie de but pour Jonas Omlin. Mais cette fois, les détails ont tourné à la faveur du FC Sion. Un peu comme lorsque Jan Bamert s'est mué en sauveur général en détourant deux frappes rhénanes sur sa ligne de but à une minute d'intervalle. Ce n'était pas tout à fait un hasard lorsque ces faits de jeu ne tournaient pas à l'avantage des Valaisans. Ce n'est pas non plus un hasard si, au moment où ils ajoutent une dose supplémentaire de cœur et d'envie à leur jeu, la roue tourne dans le bon sens.

Un but peut tout changer

On peut aussi évoquer les chiffres: plus de neuf ans sans victoire en championnat contre Bâle, une équipe qui attendait de renouer avec le succès en Super League depuis novembre, un entraîneur dont la disette durait même depuis 344 jours. En un coup de balai, qui a pris la forme d'une reprise parfaitement sentie du pied gauche de Kamasi, toutes ces séries-là ont été remises à zéro. Un poids s'est envolé.

Un soulagement qui a aussi pris la forme d'une sorte de validation. Parce qu'en se présentant sur sa pelouse mercredi, Sion se trouvait à un point central de sa fin de saison. Celui qui devait lui permettre de laisser derrière lui l'équipe des défaites honorables pour mieux devenir celle des succès probants. Le revers de dimanche à Saint-Gall n'avait strictement rien d'infamant et d'inquiétant. Mais dès ce milieu de semaine, les Sédunois devaient valider leur examen de passage en traduisant leurs bonnes prédispositions contre un adversaire à la peine. S'ils avaient échoué, il y aurait assurément eu des raisons de paniquer. Mais Pajtim Kasami est passé par là. Un but peut tout changer.

Florian Vaney, Sion

Retrouvez tous les détails du match ici.

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