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Exclusif«Skier là était une connerie»

Un freerider qui a été pris sous une avalanche dimanche à Verbier la raconte de l'intérieur. Il aimerait éviter d'autres drames.

par
Laurent Grabet
Pierre-Charles Donadini a du mal à se remettre de ses émotions. Il fait son mea culpa, mais ne renoncera pas au ski hors piste pour autant.

Pierre-Charles Donadini a du mal à se remettre de ses émotions. Il fait son mea culpa, mais ne renoncera pas au ski hors piste pour autant.

Laurent Crottet

«Au secours! Je suis là!» Pierre-Charles Donadini crie de toutes les maigres forces qui lui restent. Le freerider de 29 ans est «comme cimenté» sous 2 m de neige depuis 15 minutes. Son cœur bat au ralenti. Il ne sent plus son corps. Une «grosse connerie» et beaucoup d'inconscience l'ont mené dans cette étrange «obscurité grisâtre silencieuse comme une haute vallée», en ce dimanche 5 janvier. Cet adepte des pentes vierges n'a pas de détecteur de victime d'avalanche sur lui. D'ailleurs, il n'en possède pas. La petite cavité d'air qu'il s'est ménagé avec sa main, avant que la neige ne le fige, lui a permis de tenir jusque-là «malgré la peur». Son bras gauche est tiré en arrière par le bâton qui lui reste. Ses yeux sont fermés. Il respire le plus lentement possible en pensant à Pablo, son fils de 4 ans.

Au-dessus de lui, les sauveteurs s'agitent, craignant de le trouver «bleu» vu les circonstances. C'est d'ailleurs ce qu'ils ont dit aux deux amis de «Pich» (son surnom) une fois sur les lieux, une dizaine de minutes après l'accident. Soudain, un des pisteurs ordonne aux autres de se taire. C'est à ce moment précis que l'enseveli pousse ce qu'il croit être son dernier cri. Lequel perce en sourdine l'épaisse couche de neige.

«Une sonde a touché ma main»

«D'un coup, une sonde a touché ma main, raconte le miraculé, j'ai réussi à la saisir. Là, j'étais certain que j'allais m'en sortir.» Il faudra cinq autres minutes pour que le Français happe sa première bouffée d'oxygène, à la manière d'un nouveau-né sortant du ventre de sa mère. Si cet ouvrier du bâtiment a accepté de nous recevoir hier dans le chalet qu'il loue à Vollèges (VS), c'est qu'il aimerait que son cas prévienne de nouveaux drames.

En cette période avalancheuse, Pierre-Charles Donadini est le contre-exemple idéal. Le skieur à ne pas suivre, dont la connaissance de la montagne n'est pas à la hauteur de la glisse. Cela aurait pu lui coûter la vie. «C'est vrai qu'on avait entendu que ça craquait de partout et malgré ça, on n'a pas résisté à la tentation du hors-piste», concède le Vosgien. Lui et deux potes skiaient dans le secteur de Tortin, à Verbier (VS). A peine était-il parti de son côté dans une pente en apparence anodine, que le Bagnard d'adoption déclenchait la coulée. «J'ai voulu filer tout droit, mais mes pieds étaient comme enracinés dedans et j'avançais avec l'avalanche, alors que la neige s'accumulait dans mon dos.» Après une vingtaine de secondes de «montée d'adrénaline», la poudreuse finit par recouvrir entièrement Pierre-Charles Donadini. Puis elle s'accumule au-dessus de lui massivement, car l'avalanche finit malheureusement sa course dans une cuvette.

Ses amis n'arrivent pas à appeler les secours. Des témoins le feront depuis les télécabines. «J'aimerais les remercier. Pareil pour les pisteurs!» insiste le freerider, qui finira sa journée à l'hôpital après avoir pleuré en tremblant dans les bras de ses potes. Depuis, il ne dort plus. Impossible pour autant de le faire renoncer au hors-piste. Mais le trentenaire promet: «Je vais acheter le matos de sécurité et me former pour m'en servir. Et avant de me lancer, je me renseignerai auprès des pisteurs et je renoncerai si le danger est trop élevé!» Sage résolution, car la montagne ne lui donnera sans doute pas de seconde chance.

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