14.11.2016 à 03:14

Smolensk: débat sur l'exhumation des victimes

Pologne

La justice polonaise entame l'exhumation des victimes de la catastrophe aérienne ayant tué le président Kaczynski en 2010.

Hommage au président Lech Kaczynski et à sa femme Maria, tués dans la catastrophe de Smolensk. (10 avril 2016)

Hommage au président Lech Kaczynski et à sa femme Maria, tués dans la catastrophe de Smolensk. (10 avril 2016)

AFP

La justice polonaise entame lundi l'exhumation des victimes de la catastrophe aérienne de Smolensk (Russie) ayant coûté la vie au président Lech Kaczynski en 2010, une décision qui soulève l'opposition de certains de leurs proches.

L'objectif prioritaire mais non officiel semble être de chercher sur les corps des traces d'explosifs ou de flammes. Selon la première enquête officielle menée par l'ancien gouvernement libéral, l'accident était dû à des erreurs humaines et à de mauvaises conditions météo. Mais pour le parti Droit et Justice du frère jumeau du chef de l'Etat tué, Jaroslaw Kaczynski, une déflagration serait survenue à bord avant que l'appareil ne s'écrase dans l'ouest de la Russie.

Ainsi, plus de six ans après les faits, la Pologne se pose encore des questions: accident ou attentat?

Le nouveau pouvoir en place depuis un an à Varsovie a ordonné une nouvelle enquête, alors que Moscou refuse toujours de rendre à la Pologne l'épave de l'avion et les boîtes noires originales.

Les proches désemparés

Les proches des victimes sont divisés quant à l'exhumation de leurs corps. Une demi-douzaine de familles ont communiqué officiellement au parquet national leur opposition, mais se sont vu répondre que le code pénal n'autorise pas de plaintes contre une telle décision de la justice. Celle-ci est justifiée, selon les procureurs, par «de graves erreurs et omissions» lors de l'enquête menée en 2010.

En octobre, ce sont plus de 200 proches représentant les familles de 17 des 96 victimes qui ont lancé un appel contre les exhumations dans une lettre ouverte au président Andrzej Duda, en se disant «seuls et désemparés face à un acte cruel et impitoyable».

Elles ont été appuyées par l'ombudsman (médiateur) polonais, ce dernier estimant qu'il était possible de porter plainte contre le parquet.

Andrzej Duda a répondu indirectement dans une interview à l'agence PAP, demandant à ces familles de manifester «de la compréhension» à l'égard des procureurs qui «ont l'obligation légale» de procéder à l'exhumation. «La tragédie de Smolensk est une affaire d'Etat d'une importance exceptionnelle, la plus grande tragédie pour l'Etat depuis la IIe guerre mondiale», a-t-il argumenté.

83 corps seront ré-examinés

Les exhumations doivent concerner d'abord l'ancien chef de l'Etat et son épouse, qui reposent dans une crypte du château royal de Wawel, à Cracovie (sud). Selon des médias polonais, 83 corps au total devraient être examinés à nouveau.

«Je sais que c'est très douloureux, mais du point de vue juridique et pénal, c'est indispensable», dit Malgorzata Wasserman, députée du parti au pouvoir Droit et Justice (PiS) et fille de l'une des victimes. «N'oublions pas que nous sommes dans une situation particulière où nous n'avons que très peu de preuves matérielles en Pologne. Que cela plaise ou non, ces corps sont l'une de ces rares preuves.»

Le journaliste Pawel Deresz a perdu à Smolensk son épouse, la députée Jolanta Szymanek-Deresz. Aujourd'hui, il a fait son deuil et s'oppose à ce qu'on touche au corps de sa femme. «Ces exhumations sont une sorte de chasse aux indices pour prouver la théorie absurde de l'attentat contre le président Lech Kaczynski», dit-il.

Donald Tusk soupçonné de cacher la vérité

Le PiS soupçonne notamment l'ancien Premier ministre libéral Donald Tusk, adversaire politique de Jaroslaw Kaczynski, d'avoir voulu cacher la vérité sur ce qui s'est passé le 10 avril 2010.

Pour Anna Materska-Sosnowska, politologue à l'université de Varsovie, les exhumations donneront du grain à moudre au PiS qui a promis à ses électeurs de tout faire pour que les causes de la catastrophe soient révélées.

Mais rien n'est pour l'instant venu remettre sérieusement en cause la thèse de l'accident. Les familles opposées aux exhumations espèrent encore un compromis discret: que le parquet n'exhume que les corps de ceux dont les proches sont d'accord, et que les autres reposent en paix.

(AFP)

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