Insolite: Sofas jetés à la rue: un phénomène biennois devient mondial
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InsoliteSofas jetés à la rue: un phénomène biennois devient mondial

Intrigués par des canapés abandonnés, deux artistes les ont photographiés à Bienne. Depuis, des clichés similaires pris à Berlin ou New York sont régulièrement postés sur Instagram.

par
Vincent Donzé
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Normalement, pour évacuer un canapé, c'est deux vignettes par place.

Normalement, pour évacuer un canapé, c'est deux vignettes par place.

Canapébienne
Trois volumes rassemblent 144 cartes postales.

Trois volumes rassemblent 144 cartes postales.

Le Matin
Un fauteuil solitaire exige deux vignettes.

Un fauteuil solitaire exige deux vignettes.

Le Matin

Des canapés jetés la rue, avec ou sans vignettes, le musicien Philipp Läng et la sculptrice Esther Schmelcher en ont vus régulièrement dans les rues biennoises. À tel point que ce couple s'est mis à les photographier, davantage comme une curiosité que comme un résidu de la société de consommation.

«Ne cherchez pas la moindre ironie dans notre répertoire, mais plutôt un hommage à la voirie», assure Philipp Läng. Sa réflexion s'est davantage portée sur l'origine des canapés qui, au contraire d'une armoire, ne peuvent pas être démontés et compactés pour entrer dans une camionnette.

Inspecteur biennois de la voirie Silvan Kocher a sa petite idée pour expliquer l'amplification du phénomène: «Un canapé, ça ne vaut plus rien en supermarché», remarque-t-il. Dans la rue, les sofas jetés sont parfois comme neuf, parfois salis ou brûlés .

En veillant à photographier au smartphone chaque canapé avec son décor, en 2016 et 2017, Esther Schmelcher et Philipp Läng en ont fait 144 cartes postales reliées dans trois ouvrages édités à 200 exemplaires.

«Installations temporaires»

«Bienne est une ville généreuse», écrivent les artistes en préambule. Explication: «Sans cesse, nombre de gens offrent à la ville des installations temporaires». Esther Schmelcher et Philipp Läng apprécient leur «esthétique» autant que leur «tristesse».

Trois volumes imprimés, pour le duo d'artistes, ça suffit. Mais leur série trouve désormais un prolongement sur Instagram, avec des photos prises à Berlin, Istanbul ou New York et postées sous le hashtag «sofapublic».

La «collection de cartes postales canapéenne», l'inspecteur biennois de la voirie Silvan Kocher l'a reçue en cadeau de la part de sa directrice, la conseillère municipale Barbara Schwickert, qui en a acheté dix exemplaires. Sa réaction: «Que du plaisir!», indique ce responsable.

«Oeuvres d'art»

«Dans l'espace public, ils ont en quelque sorte transformé des déchets encombrants en oeuvres d'art!», commente Silvan Kocher. Le problème pour ses éboueurs, c'est que les propriétaires des fauteuils et des canapés s'en débarrassent rarement dans les règles de l'art.

«Il manque généralement des vignettes», rapporte Silvan Kocher. Le règlement en exige deux par place, comme pour un fauteuil, soit quatre vignettes à 1,60 francs pour un canapé de deux places, tandis que l'évacuation d'un canapé de trois places coûte 9,60 francs.

Face à un canapé dépourvu des vignettes nécessaires, la pratique de la voirie consiste à l'annoter avec un autocollant rouge et à le laisser une semaine, avec l'espoir que quelqu'un l'emporte chez lui. Philipp Läng voit les choses avec poésie: «La voirie libère la place pour l'oeuvre suivante...»

Ramassés deux fois par semaine avec les ordures ménagères, les canapés font partie à Bienne des petits objets encombrants de moins de 25 kilos. Ils sont évacués avec leurs vignettes à condition d'être déposés après 5 heures du matin le jour du ramassage, et de n'entraver ni la circulation des piétons, ni celle des véhicules.

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