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Commerce«Soldes» et pas «Sale»

Le gouvernement neuchâtelois veut obliger les commerçants à davantage communiquer en français.

par
Vincent Donzé/Raphaël Pomey
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Alessandro Della Bella, Keystone
Alessandro Della Bella, Keystone
Sigi Tischler, Keystone

C'est une nouveauté nichée dans la nouvelle loi sur la police du commerce soumise au Grand Conseil: les commerçants devront impérativement mentionner sur leurs affiches le mot «Solde», lors de la saison des prix réduits. Le seul terme anglais «Sale» ne sera plus admis. Dans son rapport, le Conseil d'Etat estime que «de nombreux commerces ont pris la fâcheuse habitude d'apposer la mention «Sale» sur leurs vitrines pour signaler que la marchandise est soldée». Pour le gouvernement «Sale» ne fait vraiment pas propre: «S'il peut exister des anglicismes de bon goût, celui dont il est question représente une insulte à la langue française et mérite d'être banni». «On est censé parler le meilleur français à Neuchâtel», argumente le chef de la police du commerce cantonal Pierre Bonhôte. Soumises à des campagnes publicitaires nationales, les grandes surfaces devront faire une exception neuchâteloise. Mais le Conseil d'Etat s'en moque: pour lui, «Sale» est une «solution de facilité» par rapport à une déclinaison dans les trois langues du pays «Ausverkauf», «Soldes» et «Saldi». Imposer le terme «Soldes» n'est à ses yeux qu'une «modeste entrave à la liberté économique».

«Un peu excessif»

La «modeste entrave» courrouce quelque peu Hervé Devanthéry, de «Publicité Suisse», l'organisme qui représente les professionnels de la branche. Pour lui, il est un «peu excessif» de légiférer sur un tel détail, même s'il est effectivement un peu ridicule de vendre des vêtements, notamment, sous un grand «Sale». «Mais c'est plus dangereux pour la proximité avec la clientèle que pour la défense du français.» Ce serait d'après lui aux clients de faire part de leur sentiment quant à l'omniprésence de ce mot, et aux enseignes de le faire disparaître. Il affirme que de part et d'autre, le débat sur l'omniprésence du «franglais» dans la pub est monopolisé par des «intégristes».

«Espérons que d'autres cantons suivront», s'enthousiasme le conseiller aux Etats neuchâtelois Didier Berberat, également président de l'association «Défense du français.» Et de préciser que de nombreux vendeurs sont mal à l'aise avec des communications en «franglais», souvent réalisées par des agences zurichoises. «En Suisse romande, on est sans doute plus sensibles à la question. Alors qu'à Zurich, quand on vous bouscule à la gare, on vous dit très souvent «sorry».»

Un verdict confirmé par le Conseil d'état qui estime que «les consommateurs romands ont des raisons toutes particulières de s'indigner d'une pratique qui n'est peut-être pas de nature à choquer les Alémaniques». Selon le Gouvernement, la défense de la langue française «face à des assauts d'un mauvais goût» est d'intérêt public.

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