Sollicitée pour déminer l’Ukraine, une société suisse «peine à suivre»

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Jura bernoisSollicitée pour déminer l’Ukraine, une société suisse «peine à suivre»

Une entreprise agricole ukrainienne a contacté la Fondation Digger pour déminer ses champs, qui, faute de moyens financiers, peine à construire les machines nécessaires.

par
Vincent Donzé
Fondateur et directeur de la Fondation Digger, Frédéric Guerne se déclare fatigué et en colère.

Fondateur et directeur de la Fondation Digger, Frédéric Guerne se déclare fatigué et en colère.

Fondation Digger

L’urgence d’un déminage humanitaire en Ukraine ne fait pas un pli pour Frédéric Guerne, fondateur et directeur de la Fondation Digger à Tavannes (BE). Las! Contacté par une entreprise agricole ukrainienne, cet ingénieur peine à répondre aux appels à l’aide, comme il l’a indiqué au «Journal du Jura».

Rentré de l’Ukraine Recovery Conference qui s’est tenue à Lugano, Frédéric Guerne, se déclare «furieux», «fatigué» et «en colère»: «Nous recevons tous les jours des demandes émanant directement d’Ukraine, mais également de compagnies commerciales ou étatiques qui souhaitent acheter des machines pour commencer à déminer l’Ukraine», a-t-il confié au «JdJ».

Premier appel

Le premier appel à l’aide venait d’une entreprise agricole ukrainienne proche de Donetsk. Sur la ligne de front, elle a contacté Digger par e-mail au mois d’avril déjà, dans l’espoir de recevoir une machine de déminage. «Avec le peu de moyens dont nous disposons, c’était évidemment très difficile d’entrer en matière», regrette Frédéric Guerne. Sa société peine à suivre et à produire suffisamment de machines.

«Longtemps la guerre était une réalité si éloignée qu’elle en devenait presque virtuelle. Depuis que les combats ont éclaté en Ukraine, l’on se rend compte tout à coup du danger», précise Frédéric Guerne à nos confrères.

Résidus explosifs

En Ukraine, ce sont 160 000 km² qui sont potentiellement pollués par des résidus explosifs de guerre, une surface équivalente à quatre fois la surface la Suisse. «Si l’on ne commence pas à déminer rapidement l’Ukraine, les récoltes ne pourront pas se faire et le pays ne pourra pas produire de céréales, jouer son rôle de grenier à l’échelle planétaire», a affirmé le fondateur de Digger, en évoquant des conséquences pour l’Europe, mais aussi pour le Yémen et le Sri Lanka.

Frédéric Guerne appelle les gouvernements à mesurer le retard pris en matière de déminage humanitaire et sur la nécessité d’investir dans des machines plutôt que dans des démineurs manuels qui fouillent le sol à l’aiguille. «Pendant qu’une machine peut parcourir des hectares, un démineur ne peut couvrir que 5 à 10 m² par jour», a-t-il précisé.

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