Jura bernois - Son chien se noie, elle saute à l’eau en risquant sa vie
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Jura bernoisSon chien se noie, elle saute à l’eau en risquant sa vie

Un Jack Russell a été pris dans des remous en courant dans une rivière derrière un bâton. Son corps n’a pas été repêché.

par
Vincent Donzé
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Le Jack Russell Charly était un très bon nageur.

Le Jack Russell Charly était un très bon nageur.

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Une promenade au bord de l’eau a tourné au cauchemar pour une famille de Sonceboz (BE), mercredi dernier, côté Corgémont. Un garçon de quatre ans qui lance innocemment un bâton, un chien qui court pour le rapporter, en sautant dans l’eau… Sauf qu’en aval d’une petite chute, les remous sont un piège qui se referme sur le chien de 12 ans, pourtant très bon nageur.

«Charly a couru tête baissée», rapporte sa maîtresse, Laura Russo. Sans trop réfléchir, elle réagit pareil: la jeune maman saute tout habillée dans la Suze, sans prendre le temps d’enlever sa veste ou de poser son smartphone à terre.

Laura avec Charly, au temps du bonheur.

Laura avec Charly, au temps du bonheur.

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Charly se débat dans les remous. Deux fois, sa maîtresse le tient par le collier. Deux fois, elle le relâche en luttant contre le courant.

Dans une eau à 7 degrés, la maman boit la tasse et perd ses forces. «Avec l’adrénaline, je n’ai pas senti le froid», dit-elle. Sur la rive, la grand-mère de son conjoint surveille le garçon de quatre ans. Ses gesticulations attirent l’attention des employés d’une entreprise toute proche. Et c’est une chance.

Dans la Suze, à Sonceboz (BE), il n’a pas survécu.

Dans la Suze, à Sonceboz (BE), il n’a pas survécu.

Google Street View

Avec une tige qu’elle assimile à un balai, trois employés l’aident à remonter sur la rive trempée, son smartphone à l’eau. «Je n’avais nulle part où m’accrocher, je l’ai échappé belle», admet-elle. En état d’hypothermie, la maman est hospitalisée à St-Imier pour être réchauffée sous surveillance.

La chute d’eau étant suivie de cascades, l’espoir de retrouver Charly vivant est ténu, en dépit d’un appel lancé sur Facebook. Depuis mercredi, Laura et son mari longent les berges de la Suze à pied, entre Sonceboz et La Heutte.

Tous les sens

Le couple n’espère plus le retrouver Charly vivant, mais repêcher son corps est très important pour eux. C’est pour cette raison qu’ils ont contacté un rebouteux qui pratique le secret et parle aux animaux. «Il a situé Charly non loin de la chute, coincé dans une cascade et remué dans tous les sens», rapporte Laura.

La dernière fois qu’elle a vu son chien, il était sous l’eau. Cette image la poursuit. «Charly était pour nous comme un enfant qu’on prend en vacances et pour qui on se sacrifie. On n’a pas eu la chance de lui dire au revoir et on n’aura pas l’âme en paix si on ne le retrouve pas», dit la maman.

Lipton (5 ans)

Ce sentiment, Mélody Rizzo le connaît trop bien depuis six semaines, elle qui a perdu son chien Lipton (5 ans) dans un lac de retenue proche de Vallorbe (VD), alors qu’elle promenait ses deux toutous.

Lipton ne savait pas nager: il n’entrait dans une rivière ou dans un lac que pour boire ou se mouiller. Pour le sauver, Mélody a fait comme Lina: elle a sauté avec sa veste et ses chaussures dans une eau à 6 degrés, sauf qu’elle a balancé son smartphone sur la rive pour pouvoir appeler les secours plus tard.

Mélody Rizzo adorait son chien Lipton.

Mélody Rizzo adorait son chien Lipton.

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Du chemin, son ami voyait l’ombre du chien disparaître dans l’eau, mais impossible pour Mélody de repérer Lipton dans une eau trouble recouverte de déchets flottants. Repêcher le cadavre de Lipton, c’était mission impossible par une profondeur de 20 mètres, dans les remous provoqués par les turbines du barrage, jusqu’à l’intervention d’un plongeur biennois ému.

«Il faut qu’ils le retrouvent», réagit Mélody, à l’adresse de Lina et de sa famille. La perte de Lipton lui a rendu la vie «très difficile chaque jour», avec des pleurs: «Je suis détruite et le deuil sera très, très long», résume-t-elle.

Son chien a coulé au pied du barrage du Day.

Son chien a coulé au pied du barrage du Day.

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Le corps du Staffordshire Bull-Terrier a été repêché au pied du barrage du Day par un plongeur biennois touché par la détresse de Mélody. Sans son altruisme, elle serait défaite: «On ne peut pas imaginer son compagnon à quatre pattes au fond de l’eau», insiste-t-elle. Cette vision l’a meurtrie pendant deux jours: «De le savoir là-bas au fond, c’était une douleur insoutenable».

À ceux qui ne possèdent pas de chien et qui ne comprennent pas ce deuil «très compliqué», Mélody livre son ressenti: «Une partie de moi s’en est allée avec mon chien. Le plus difficile, ce sont les circonstances du drame. J’ai sans cesse l’image de lui en train de se noyer et moi les yeux ouverts dans cette eau trouble, tirée vers le bas avec des déchets accrochés aux jambes».

L’image de la noyade hante Mélody.

L’image de la noyade hante Mélody.

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«Je n’ai pas réussi à le sauver et la culpabilité me hante», poursuit-elle. Ses nuits sont infernales: «Je fais énormément de cauchemars où je me noie, ça tourne en boucle dans ma tête. L’autre jour, je me suis réveillée en me demandant si je pourrais retourner un jour dans une piscine ou un lac, dans une eau où je n’ai pas mon fond».

Avoir les cendres de Lipton dans une urne à la maison, c’est un réconfort: «Il est plus près de moi qu’au fond de l’eau». Les semaines passant, un autre sentiment se renforce: «Je n’ai bénéficié d’aucune assistance et j’en suis choquée. Je me suis à moitié noyée et l’eau que j’ai avalée m’a donné mal au ventre. J’étais trempée, j’avais froid et les policiers m’ont laissée là, à quatre kilomètres de ma voiture, sans même un soutien moral».

Vêtements secs

«Mes parents sont venus me chercher de Neuchâtel une heure après le départ des policiers pour qui ce n’était qu’un chien. Papa a quitté son travail pour m’amener des vêtements secs», rapporte Mélody Rizzo, originaire de Boudevilliers (NE).

«J’essaie de ne pas trop pleurer devant Pepsi (1 an), mais parfois, je craque…», dit-elle entre deux sanglots. Prendre un autre chien? «Je ne m’en sens pas capable. Pepsi est perturbé et je dois l’apaiser. Lipton, c’était sa référence, son grand frère. Mais quand on ira mieux, avec une énergie et un moral retrouvés, je lui trouverai un copain pour qu’il ne reste pas seul quand je suis au travail», confie cette technicienne dentaire à Lausanne.

Lipton était une référence pour Pepsi.

Lipton était une référence pour Pepsi.

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Au lendemain du drame survenu entre Vallorbe et Ballaigues, Mélody a lancé une cagnotte sur le site «leetchi.com» avec ces mots: «J’ai besoin de le retrouver pour faire mon chemin de deuil».

Les 2000 francs récoltés ne serviront pas à sécuriser la boucle pédestre du barrage du Day pour éviter un nouveau drame avec un chien ou un enfant: «Que ce soit pour une barrière ou des panneaux, c’est trop compliqué», dit-elle.

La moitié des dons ont été versés au plongeur biennois, disposé à se rendre à Sonceboz. L’autre moitié sera répartie entre une dizaine d’associations. Les donateurs seront remerciés par vidéo et la liste des bénéficiaires sera publiée. À Sonceboz aussi, Laura Russo a l’impression qu’un enfant pourrait tomber dans l’eau, comme son chien.

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