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KafkaïenSon fils trouve un pendu, il doit payer

Trois ados trouvent un suicidé dans une forêt de Vevey (VD) et préviennent la police. Deux ans après, leurs parents se retrouvent à devoir payer 725 fr. de frais chacun.

par
Laurent Grabet
Carlos Cabral, père de famille en colère

Carlos Cabral, père de famille en colère

Sébastien Anex

«Dois-je apprendre à mon fils à ne plus porter secours à autrui?» La décision prise, voici 15 jours, par la justice de paix de la Riviera irrite Carlos Cabral. Ce chauffeur poids lourds veveysan, au revenu modeste, se retrouve à devoir payer 725 fr., poursuites comprises, pour un acte de civisme et de bon sens de son fiston.

Il est furieux mais va tout de même ouvrir son porte-monnaie pour mettre fin à deux années d'un conflit quelque peu kafkaïen. Laquelle, en vertu d'une organisation cantonale un peu compliquée, n'est en réalité que chargée de facturer les prestations de diverses sociétés d'ambulances.

2 km facturés 521 fr.

Explications: à l'automne 2010, Pedro, le fils de Carlos Cabral, et deux copains se baladent dans la forêt de Gilamont quand ils tombent sur un homme pendu à un arbre. Les ados de 14 ans préviennent illico la police via le 144. Un véhicule de la compagnie privée Star Ambulances d'Epalinges est rapidement envoyée sur place et les trois garçons seraient contraints par les policiers d'y grimper direction l'Hôpital du Samaritain, à 2 km de là.

«Eux ne voulaient pas car ils ne se sentaient pas traumatisés par leur expérience», explique Carlos Cabral. Le médecin stagiaire qui les recevra brièvement après une grosse heure d'attente confirmera cet état de fait. Les parents des jeunes seront en revanche très désagréablement surpris lorsqu'ils recevront une facture d'ambulance de 521 fr., un tarif fixé par une convention entre transporteurs et assureurs. Et ce près de 8 mois après les faits en ce qui concerne la famille Cabral. «Qu'un médecin examine notre fils après sa découverte macabre relève du bon sens, concèdent Carlos Cabral et son épouse. Mais pourquoi ne pas nous avoir prévenus? Nous aurions pu le conduire nous-même à l'hôpital. Sans compter que devoir payer pour un acte civique est inadmissible sur le plan philosophique!»

Longtemps les Cabral refuseront de s'acquitter de la litigieuse facture et écriront divers courriers pour s'épargner des poursuites. Sans succès. «Nos ambulanciers sont intervenus sur ordre d'un médecin. Ce n'est pas à eux de remettre en cause cet ordre médical, explique de son côté Esther Seira, directrice de Star Ambulances. Même si nous voulions faire sauter cette facture, cela n'est pas en notre pouvoir mais du ressort du Service cantonal de la santé publique.»

Happy end possible

Pour Georges Vittoz, responsable des Mesures sanitaires d'urgence au canton, ce cas dans lequel la personne qui appelle le 144 est aussi celle qui est prise en charge est exceptionnel. Mais à l'en croire, un happy end reste possible pour la famille Cabral: «Le Service de la santé publique va entreprendre des démarches pour trouver une solution pour le règlement de cette facture.»

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