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JusticeSon maître la jette aux ordures: sursis

Après recours du Parquet central vaudois, le procureur a rendu son verdict dans l’affaire du caniche femelle mis à la poubelle.

par
Benjamin Pillard
Michel Christin, inspecteur principal du refuge de Sainte-Catherine a récupéré le chien retrouvé dans un sac à ordures jeté dans un container.

Michel Christin, inspecteur principal du refuge de Sainte-Catherine a récupéré le chien retrouvé dans un sac à ordures jeté dans un container.

Sébastien Feval

Deux mille sept cents francs avec sursis pendant deux ans et une amende immédiate de mille francs. Telle est la condamnation arrêtée cet automne par le Ministère public de l’Est vaudois dans l’affaire du caniche croisé jeté vivant dans une benne à ordures à Belmont-sur-Lausanne, que «Le Matin» avait révélée fin janvier 2013. L’ordonnance pénale a été rendue publique hier par le procureur Nicolas Perrinjaquet, le temps que le délai de recours soit échu.

Un verdict quasi identique à la première décision rendue en mai dernier par le même représentant du parquet (le nombre de jours-amendes à 30 fr. étant passé de 30 à 90). Sanction qui avait alors été qualifiée d’insuffisante par le Ministère public central vaudois en regard de l’infraction retenue. Le procureur général adjoint Franz Moos avait fait recours, priant son confrère de revoir sa copie. Les mauvais traitements intentionnels sont passibles d’une peine pécuniaire pouvant atteindre 20 000 fr., voire 3 ans de prison.

Une peine «au bas de l’échelle»

«La peine prononcée est au bas de l’échelle de ce qui pouvait sembler adéquat pour un cas de ce genre», nous confie aujourd’hui Franz Moos. Qui estime cependant que le sursis est justifié; l’hypothèse que le maître du chien commette à nouveau la même infraction ces deux prochaines années ayant été considérée comme peu probable.

Une clémence qui surprend, en regard des faits retenus par le procureur Perrinjaquet. Après avoir parcouru près de 4 km en voiture depuis son domicile des hauts de Lausanne, le propriétaire de «Chispita», caniche femelle de 4,5 kg alors âgée de 3 ans, l’enferme dans un sac-poubelle et la jette dans un container situé à la lisière d’une forêt. «L’animal présentait des signes évidents de négligence remontant à plusieurs semaines, a établi le représentant du parquet dans son ordonnance pénale. Il était notamment maigre, sale et victime de plusieurs infections.» Pire: la version des faits présentée par son maître «ne peut être retenue». Cet Espagnol aujourd’hui âgé de 40 ans s’était rendu à la SPA après deux jours de pression médiatique, expliquant avoir voulu préserver ses enfants en bas âge de la vue de la chienne familiale, qu’il croyait morte après l’avoir heurté par mégarde en reculant sa voiture dans le garage. Seulement voilà: l’examen vétérinaire n’a révélé aucun traumatisme chez «Chispita».

Si le petit canidé a échappé à une mort certaine, c’était grâce à un chauffeur de bus qui avait vu un sac-poubelle blanc gonfler en ouvrant la benne à ordures de Belmont, ce samedi après-midi de janvier. C’est baignant dans son urine que la police locale avait retrouvé l’animal, avant de le confier aux bons soins de la Société vaudoise pour la protection des animaux (SVPA).

«C’est scandaleux! réagit Lolita Morena, membre du comité central de la Protection suisse sur les animaux. Une vie c’est important, animale comme humaine, nous n’avons aucun droit dessus. Que les juges et magistrats en prennent aussi connaissance.» Et d’appeler la population à réagir face à cette interprétation pour le moins frileuse de la loi sur la protection des animaux.

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