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MusiqueSophie Hunger irradie

La jeune musicienne suisse, plébiscitée dans le monde entier, sort «The Danger of Light», l'album de la plénitude.

par
Karine Vouillamoz
Augustin Rebetez

Dans le monde de Sophie, tout semble discret et fragile. C'était du moins l'impression qu'elle donnait, en 2006, lorsqu'elle est apparue avec son premier album, «Sketches on Sea». Au fil des années, la chanteuse zurichoise allait révéler un aplomb, une assurance et un sens de l'humour corrosif. Aujourd'hui, à presque 30 ans, Sophie Hunger poursuit sa mue. Et sourit comme jamais à la vie. Mais ce n'est pas la peine de chercher la source de cette transformation ailleurs que dans sa musique. «The Danger of Light», son quatrième album, présente sa facette la plus vivante: ses chansons sont libres, mélodieuses, vibrantes et décomplexées. A son image.

La bonne étoile

Qui aurait pu imaginer que cette jeune femme fluette puisse toucher tant de gens? Ses concerts mettent la planète en émoi. Eric Cantona avoue être l'un de ses plus grands fans – de passage à Genève pour jouer dans une pièce de théâtre, il a tenu à la rencontrer pour lui signifier son admiration. Madeleine Peyroux l'a choisie pour qu'elle assure la première partie de sa tournée et près de 700 000 internautes ont plébiscité sa reprise du «Vent nous portera» de Noir Désir sur YouTube. Pourtant, Sophie Hunger n'a pas l'âme d'une collectionneuse de records ou de compliments. «La lumière, c'est dangereux. Sauf la nuit quand on veut aller aux toilettes», souligne-t-elle dans un sourire. Elle avance à pas de loup lorsqu'il s'agit de se découvrir. Son enfance, elle l'a passée entre la Suisse, l'Angleterre et l'Allemagne, pays de résidence de son père ambassadeur. C'est lui, Philippe Welti, qui lui a sans doute ouvert les écoutilles, avouant être aussi passionné de musique que sa fille. Mais son intensité, son histoire, Sophie Hunger la garde pour la scène, le lieu où elle vit, où elle respire. «J'ai vraiment besoin d'y retourner, confirme-t-elle. Ça ne va plus du tout. J'étais en tournée l'année dernière aux Etats-Unis et ça fait six mois que je n'ai pas joué. Le public me manque.»

Ce nouvel album débute par «Rererevolution», un premier titre magnifié par le trombone de Michael Flury. «Je savais qu'il allait ouvrir mon disque avant même de l'enregistrer. Je voulais que ce soit la première chose que les gens entendent. Comme la première impression de quelqu'un. Ça dit beaucoup mais au fond, on ne sait rien», appuie-t-elle. Et puis il y a eu la rencontre avec Josh Klinghoffer, le guitariste des Red Hot Chili Peppers, qui officie sur plusieurs titres. «On devait faire deux morceaux en deux jours, et on a fini très vite. Finalement, on est restés à Los Angeles cinq jours et on a fait 10 morceaux. Josh, il est comme Usain Bolt quand il court sauf qu'il est vraiment très timide. On ne pouvait presque pas se regarder dans les yeux. Mais quand il jouait, il devenait très offensif.» Tiens, le profil ressemblerait presque à celui qu'on se ferait de Sophie Hunger… «OK, mais il y a tout de même des différences, rit-elle. Il est très gentleman et il ne parle pas d'autre chose que de musique. Il joue et il pense musique.» Sur le premier single du disque, «Likelikelike», Sophie Hunger chante avec une intonation très dylanienne. «C'est malin que vous disiez ça, car c'est un morceau que j'ai écrit très vite. Je voulais une chanson très simple, comme un titre de Dylan qui s'appelle «Baby Let Me Follow You Down». Il y a une phrase qu'il répète à l'envi, moi, c'était «I'd like to see you» où il n'y a que ce sentiment exprimé, banal à la base, mais qui veut tout dire. Je voulais avoir un petit lien avec Dylan, j'étais jalouse qu'il ait un morceau comme ça et pas moi.»

A force de lui lancer des «messages» à travers ses chansons, de le reprendre, Sophie Hunger va bien finir par atterrir dans les oreilles de Bob Dylan, non? «Ce n'est pas nécessaire, s'empresse de répondre la jeune femme, je ne suis pas importante dans sa vie, ni même dans la vie des gens. Et ne me dites pas le contraire, car ça me donnerait trop de responsabilité.» Elle est comme ça, Sophie Hunger, elle donne énormément mais n'est pas encore prête à tout recevoir. Alors qu'on l'imaginait revêche et peu bavarde, la chanteuse zurichoise nous mène de surprise en surprise, se révélant être extrêmement à l'aise, ponctuant même ses phrases de grands éclats de rire. Lorsqu'on lui fait remarquer notre surprise face à cette métamorphose, elle ne peut qu'acquiescer: «Je me sens pleine de lumière. C'était difficile pour moi d'être avec moi. Aujourd'hui, c'est devenu plus facile. On change et c'est bien.» Et son nouvel album, «The Danger of Light», devient plus indispensable encore. L'étoile confirme sa place au firmament.

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