Fraude: Sortie de route pour le groupe VW
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FraudeSortie de route pour le groupe VW

Le géant allemand est au cœur d’un énorme scandale après la révélation d’une tricherie aux contrôles antipollution aux Etats-Unis. La Suisse ne serait pas touchée.

par
Evelyne Emeri
Le groupe VW risque jusqu’à 16 milliards d’euros d’amende, des rappels de tous les véhicules, voire des poursuites judiciaires.

Le groupe VW risque jusqu’à 16 milliards d’euros d’amende, des rappels de tous les véhicules, voire des poursuites judiciaires.

PATRICK PLEUL, AFP

Quelque 482 000. C’est le nombre de voitures diesel de marque Volkswagen et Audi que la firme allemande a équipé, entre 2009 et 2015, d’un logiciel espion permettant de maquiller le niveau réel des émissions de gaz polluants. Par le biais d’un mécanisme sophistiqué, ce spyware abusait les experts lors des contrôles antipollution. Et les conducteurs pensaient repartir avec une voiture verte, alors que le dispositif incriminé était capable de masquer des émissions pouvant dépasser de 40 fois le seuil autorisé.

L’action en chute libre

Face aux allégations accablantes de l’Agence environnementale américaine (EPA), VW n’a pas eu d’autre choix que d’annoncer hier l’arrêt de la commercialisation des modèles concernés: les Golf, Passat, Jetta, Beetle ainsi que les Audi A3. Une énorme supercherie qui ébranle gravement l’image du groupe de Wolfsburg (D), sacré nouveau champion mondial en nombre de véhicules vendus.

Depuis des années, le constructeur automobile connaît des luttes de pouvoir intestines entre le patron, Martin Winterkorn, et le conseil de surveillance. Mieux, il se targue d’être un mastodonte modèle, soignant précisément sa communication en matière d’environnement. La fraude de VW n’a pas échappé à la Bourse de Francfort: l’action du groupe a dévissé de plus de 17%, soit 15 milliards d’euros de capitalisation partis en fumée.

Seul le marché américain est inondé par cette lame de fond. Hier, le groupe VW a confirmé ce qui relevait encore de l’hypothèse dimanche et a dit «regretter profondément» ces manipulations. Les moteurs diesel représentaient encore 23% des ventes de la marque en août aux Etats-Unis. Présentés comme propres et puissants, ils étaient censés être un des piliers de son expansion sur le continent américain.

Berlin et la Corée du Sud condamnent fermement cette tromperie époustouflante et vont procéder à des vérifications.

Sur le plan suisse – VW reste la marque préférée des Helvètes –, l’importateur officiel AMAG est catégorique. «Toutes nos voitures répondent aux normes en vigueur en matière de rejets polluants. Celles qui sont fabriquées pour le marché américain ne sont pas dotées du même moteur, des mêmes systèmes, ni de la même électronique», détaille Dino Graf, responsable communication d’AMAG. «Pour le marché européen et donc suisse, nous bénéficions d’autres moteurs et d’autres boîtiers électroniques. En Suisse, les propriétaires d’une voiture de la marque n’ont donc aucun souci à se faire. La probabilité qu’un véhicule doté de ce logiciel espion circule ici est infime.»

Berne observe

Infime? L’Office fédéral des routes (OFROU), qui a hérité de la patate chaude, émet des réserves et investigue. «Nous surveillons de très près la problématique et nous sommes en train d’étudier tous les détails», lâche Guido Bielmann, porte-parole de l’OFROU.

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