Actualisé 25.02.2020 à 08:19

Souheila Yacoub: l’ex-miss qui a conquis le cinéma français

Portrait

La Genevoise de 27 ans nous a reçu dimanche à la Berlinale, où elle présente le film «Le sel des larmes» de Phillipe Garrel. Ancienne gymnaste et Miss Suisse romande 2012, elle revient sur son parcours étonnant.

par
Lematin.ch
L'actrice lors de la conférence de presse de Le Sel des larmes de Philippe Garrel, le 22 février 2020.

L'actrice lors de la conférence de presse de Le Sel des larmes de Philippe Garrel, le 22 février 2020.

AFP

Souheila Yacoub captive. Que ce soit dans les couloirs d'un hôtel cinq étoiles en jeans baskets ou vêtue d'une robe Dior sur le tapis rouge d'un festival ou sur l'écran large. La Genevoise de 27 ans dégage un naturel et une authenticité que peu d'actrices ont de nos jours. Mais ce ne sont pas les premiers mots qui viennent à l'esprit de la comédienne lorsqu'elle se décrit: «Je suis travailleuse et ambitieuse», nous dit-elle assise dans le lounge d'un cinéma berlinois. Deux traits de caractère qui se confirment tout au long de notre rencontre.

Le 22 février dernier, elle a participé à sa première Berlinale en tant qu'actrice avec un rôle dans le film «Le sel des larmes» de Philippe Garrel, qui est en compétition.

L’histoire parle de Luc un jeune homme recherchant l’amour à Paris et vivra plusieurs histoires importantes et différentes. «Je joue Betsy, un personnage secondaire dont Luc tombe amoureux. C’est une femme qui sait ce qu’elle veut et indépendante.» Il s’agit de sa première fois à ce festival, mais s’était déjà rendue à Cannes en 2018. «C'est un honneur d'être là. Même ma mère et ma sœur sont venues de Suisse pour cette occasion», sourit-elle. Un moment dont elle avait envie depuis plusieurs années, car faire de la comédie a toujours été dans un coin de sa tête. «Je voulais un métier artistique. J'avais besoin de m'exprimer de cette manière. Je ne savais pas si j'allais opter pour la danse ou autre. Surtout que le sport a aussi eu une grande place dans ma vie.»

La gymnastique l'a forgée et l'a brisée

Souheila Yacoub a fait de la gymnastique rythmique pendant quinze ans, intégrant la Haute école fédérale de sport de Macolin (BE) à 12 ans. «J'étais douée. Mais je ne me suis jamais posé la question si j'aimais vraiment ce que je faisais. Encore une fois, c'est l'ambition qui a pris le dessus. J'avais besoin de la compétition.» Elle participe à plusieurs championnats internationaux. Son meilleur classement sera une quatrième place avec l'équipe de Suisse obtenue lors des championnats du monde en 2011. «A partir de là, je ne voulais plus qu'une chose: atteindre les Jeux olympiques.» A 16 ans, elle arrête les cours. «On ne faisait que de s'entraîner. Entre sept heures et neuf heures par jour, parfois toute la semaine.»

Ce rêve tant désiré s'est transformé petit à petit en cauchemar. Ses coachs «étaient très difficiles et ça ne s'est pas toujours très bien passé». Souheila Yacoub se souvient des trois pesées quotidiennes, des remarques sur son physique et des interdictions de boire «trop d'eau car cela fait un gros ventre».

Disqualifiée des Jeux olympiques

Une scène en particulier l'a marquée: «A une époque j'étais blessée, je m'étais tordu la cheville à plusieurs reprises. Après une semaine sans entraînement, j'avais pris du poids. A mon retour, la coach m'a dit: «Va te peser!» Je lui ai répondu que tout allait bien et je ne voulais surtout pas lui parler de mon kilo en trop. Elle a fini par contrôler le nombre sur la balance et a refusé que je mette un pied dans la salle.»

Suite à cet acharnement, l'ex-athlète avoue qu'elle est devenue un robot lors des deux dernières années de gymnastique. «Je ne ressentais plus rien pendant les préparations pour les JO.» Alors que son équipe réussit à se qualifier et qu'elle se prépare pour l'événement sportif le plus important de sa vie, vient le coup d'assommoir. «On a reçu une lettre qui nous a annoncé que la Grande-Bretagne, le pays organisateur, devait aussi faire partie des sélectionnés. Comme on était les derniers à se qualifier, on a été remplacé.» Un moment compliqué à gérer mais finalement libérateur. «Je me suis dit: Dieu merci, je me casse!»

Miss Suisse romande 2012

En 2012, elle quitte ce milieu sportif de haut niveau et elle revient à Genève. «J'ai un fait une petite dépression. Même si j'étais contente d'arrêter, c'était dur. Je n'avais pas de cours, de diplômes et pas beaucoup d'amis...» C'est en se baladant dans un centre commercial qu'un élément déclencheur lui redonne de la motivation. «Ma sœur réussit à me convaincre de m'inscrire au casting de Miss Suisse romande.» Quelques mois plus tard, elle gagne le titre. Elle rentre au même moment dans une école de danse près de la gare Cornavin, à Genève, qui lui propose aussi un cours de théâtre par semaine. «Cette heure me permettait de me lâcher. Après la gym, j'avais besoin d'un renouveau et, lors d'une lecture d'une pièce, les mots ont comme résonné en moi. C'était une révélation.»

Cinq mois plus tard, elle part à Paris et s'offre le cours Florent à l'aide d'une bourse. «Je me suis vraiment éclatée. Je découvrais autre chose que le sport, mes premiers textes, la vie parisienne. Je kiffais. Après trois ans, j'ai intégré le Conservatoire national supérieur d'art dramatique. Il s'agit du concours le plus prestigieux de France et j'ai réussi à le passer du premier coup. Je faisais partie des 15 filles sélectionnées sur plus de 1000 candidatures.» Lors de sa deuxième année, le succès frappe à sa porte: elle est choisie pour jouer dans la pièce «Tous les oiseaux» de Wajdi Mouawad et fait une apparition dans le film «Climax» de Gaspar Noé.

Pour ce dernier projet, son agence l'appelle deux jours avant le tournage de la scène. «Le réalisateur avait besoin de quelqu'un qui sait aussi apprendre une chorégraphie rapidement. Je le rencontre et il me montre une scène où Isabelle Adjani pète un câble dans le métro (une séquence marquante de «Possession» réalisé par Andrzej Zulawski et sorti en 1981, ndlr) . «Voilà, je veux ça», me dit-il. Ça tombe bien, c'est ma spécialité de crier et pleurer dans des états bizarres. J'y suis allée à fond, avec une bonne dose de bave», rigole-t-elle. Au final, cette expérience la motive encore plus. Lors de son retour en cours en avril, elle ressent le besoin de continuer à travailler. Elle quitte le conservatoire et se lance.

En 2019, on la retrouve dans le clip de Lomepal «Trop beau» et signe avec Canal + pour un rôle dans la série «Les Sauvages.». Elle joue Jasmine Chaouch, la fille du candidat favori à l'élection présentielle française. Sa cote de popularité en France explose alors. «C'est mon premier gros rôle. On a fait des millions de vues en une semaine et ça m'a permis d'avoir encore un peu plus de visibilité.» Il y aura certainement une saison 2. «C'est en écriture», précise-t-elle.

L'année 2020 s'annonce tout aussi chargée pour Souheila Yacoub. «Il va se passer plein de choses. Il y a un gros rôle que je vais tourner cet été dont je ne peux pas encore parler. Il y a un autre film qui va sortir et une série pour laquelle je me suis rendue trois mois au Maroc.» Avec autant de projets, elle confirme timidement que des gens la reconnaissent un peu à Paris, où elle habite désormais. «C'est cool, mais ce n'est pas mon but dans la vie. Je suis surtout ravie de voir que mon travail commence à être vu et que des gens l'apprécient. J'ai enfin trouvé ma place.»

Fabio Dell'Anna, Berlin

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