Jeu vidéo - «Soulstorm», un grand jeu dans un univers bègue
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Jeu vidéo«Soulstorm», un grand jeu dans un univers bègue

Le deuxième chapitre d’une saga toujours prévue pour être narrée sur cinq grandes épiques époques ne fait qu’aiguiser un peu plus notre faim.

par
Jean-Charles Canet
Abe, guide ses congénères vers une sortie, Il faut sauver le plus possible de Mudokons.

Abe, guide ses congénères vers une sortie, Il faut sauver le plus possible de Mudokons.

DR

Lorsque nous avions rencontré en 2001 Lorne Lanning, à San Luis Obispo, sur la côte californienne, emplacement de son petit studio, le maître artisan de l’univers étendu Oddworld avait évoqué, avec une passion communicative, sa grande et belle ambition: créer une saga en cinq grands chapitres autour d’Abe, une créature faible mais débrouillarde, qui devient malgré elle l’artisan de la libération de son peuple écrasé par un capitalisme sans âme. Le tout sous le vernis d’une ironie mordante, d’un humour désespéré, d’une patte graphique et sonore à nulle autre comparable et d’indéniables préoccupations écologiques.

Les tours du World Trade Center venaient de s’effondrer, la Xbox première du nom allait sortir et «L’Odyssée de Munch», considéré à l’époque comme le deuxième chapitre majeur de la saga, faisait partie des titres de lancement exclusifs de la première console de Microsoft. C’était déjà un peu compliqué mais l’ambitieux projet semblait toujours sur les rails.

Lorne Lanning, en 2020, interviewé par la chaîne YouTube, Ars Technica.

Lorne Lanning, en 2020, interviewé par la chaîne YouTube, Ars Technica.

Capture d’écran/DR

Vingt ans plus tard, «Oddworld – Soulstorm» débarque en dématérialisé sur PC et, en exclusivité temporaire, sur PlayStation. Mais il faut bien le constater, les années passées n’ont pas été tendres avec le projet créatif de Lorne Lanning. «L’Odyssée d’Abe» est née en 1997, le jeu a bénéficié d’une suite mineure «L’Exode d’Abe» en 1998. La saga a ensuite migré en représentation 3D sur Xbox avec «L’Odyssée de Munch» en 2001. «La fureur de l’étranger», une variation dans le même univers, suit en 2005. Puis vient le temps des remakes HD qui culmine en 2014 avec «Oddworld – New‘n’Tasty!» Ce dernier étant une remise au goût du jour de la toute première aventure d’Abe. Et «Soulstorm» alors? C’est apparemment le remake de «L’Exode d’Abe» mais pas tout à fait. Bref, une chatte n’y retrouverait plus ses petits.

Nouveau départ?

Tiraillé entre le devoir d’entretenir la chaudière, de maintenir à flot son studio (qu’il a choisit de fermer en 2005 avant de se relancer avec une structure de production plus flexible) et sa ferme volonté de bâtir sa pentalogie, Lorne Lanning s’est perdu et nous avec, un peu comme si la logique industrielle qu’il dénonce s’était vicieusement retournée contre lui.

Dans ce contexte, disons chaotique, «Soulstorm» ne change hélas pas fondamentalement la donne. On recommence une aventure d’il y a près de 20 ans. La réalisation graphique est superbe, les mécaniques ludiques ont été peaufinées, de nouvelles sont introduites mais pas de quoi donner l’impression d’une évolution. C’est clairement un nouveau départ. On se retrouve toujours avec une succession pièges logiques qui demande une précision de chirurgien, en fausse 3D, avec un personnage atrocement sympathique chargé de guider une horde de Mudokons qui, à peine libérés de leurs chaînes, doivent survivre à l’impitoyable chasse de leurs «propriétaires». Aussi au goût du jour soit le jeu, sa narration bégaie pour qui a découvert «Oddworld» à l’époque de la PlayStation originelle.

Miroir déformant

Pourtant, malgré ce sentiment d’éternel recommencement, on reste sous le charme du conte cruel, un des seuls du genre à présenter tout de go le miroir déformant des démons qui hantent l’Amérique contemporaine. Et cela sans jamais perdre son sens de l’humour au vitriol.

Suffisamment en tout cas pour vous conseiller de faire un tour sur l’Epic Games Store sur PC ou le PlayStation Store (PS4 et PS5) dans lequel le jeu est proposé sans frais supplémentaires pour les abonnés au service PlayStation Plus.

Mais par pitié, Lorne, il est temps de passer à la phase suivante.

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