La Chaux-de-Fonds (NE): Soupçonné de meurtre, le mari risque la prison à vie

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La Chaux-de-Fonds (NE)Soupçonné de meurtre, le mari risque la prison à vie

La justice neuchâteloise se penche dès ce mardi sur l'homicide d'une Française de 24 ans en 2015.

L'homicide était survenu le 6 janvier 2015.

L'homicide était survenu le 6 janvier 2015.

Keystone

Le mari de la femme de 24 ans disparue en 2015 à La Chaux-de-Fonds et retrouvée morte en France clame son innocence. La défense plaide l'acquittement, tandis que l'accusation requiert la prison à vie pour assassinat et atteinte à la paix des morts. Verdict ce mercredi à 16h00.

Arrêté le 9 janvier 2015 alors que son épouse était portée disparue depuis le 6 janvier, le mari avait d'abord nié toute implication. Après la découverte du cadavre en mars, il avait admis à plusieurs reprises que le décès avait eu lieu lors d'une dispute chez lui et qu'il avait transporté le corps. Puis il s'était rétracté.

Mardi au Tribunal criminel des Montagnes et du Val-de-Ruz à La Chaux-de-Fonds, l'audition de cet homme de 31 ans a tourné court. Il n'a pas répondu aux questions du juge Alain Rufener, du procureur, et de l'avocat de la famille de la victime.

Après 906 jours de détention et une trentaine d'interrogatoires, «je ne vois pas pourquoi je devrais encore une fois subir cette épreuve, je suis fatigué», a-t-il dit. Ses avocats ne l'ont pas interrogé.

Etranglée et noyée

Ce couple de Français s'était marié en juin 2014 et s'était installé à La Chaux-de-Fonds en octobre. Mais le mari possessif cherchait à l'isoler, a raconté le procureur Daniel Hirsch. L'épouse a découvert qu'il lui mentait constamment, était infidèle, avait été licencié et avait des problèmes d'argent. Elle a quitté le domicile à la mi-décembre, hébergée dans un foyer pour femmes.

Selon le procureur, le mari a piégé sa femme, l'attirant chez lui le 6 janvier sous prétexte de lui redonner ses affaires, dont il s'était en réalité déjà débarrassé. Il l'a étranglée, assommée et noyée dans la baignoire. Il lui a rasé les cheveux et a abandonné son corps nu dans la région de Charquemont, dans le département du Doubs (F). Il aurait fait des entailles pour que le sang attire des animaux sauvages.

Sa voiture a été filmée par une caméra de surveillance à Villers-le-Lac (F) le 6 janvier au soir. Il y avait du sang de la victime dans le coffre. Son téléphone a été localisé dans la région où le corps a été trouvé. Et il a fourni des éléments que seul l'auteur de l'homicide pouvait connaître.

Il a agi «froidement», de manière odieuse, sans scrupules, pour un mobile futile: par égoisme et narcissisme, parce que sa femme ne se soumettait pas, et pour éviter qu'elle nuise à son image. Il n'a pas exprimé de regrets, et a même insulté la famille de la victime.

«Mythomane»

La belle jeune femme avait un parcours lisse et sans histoires, a souligné l'avocat de la famille Jean-Daniel Kramer. Son compagnon lui avait fait miroiter monts et merveilles.

«Il en jette», il a une bonne apparence, «il parle bien». Mais il est «arrogant et hautain, surtout lorsqu'il est pris en défaut.» Sa culpabilité «ne fait strictement aucun doute». Il a menti dès le début de l'enquête. Ses différentes versions se modifiaient avec le temps, s'adaptaient au fil de sa connaissance du dossier.

«Sa vie est faite d'un édifice de mensonges.» Il n'a pas voulu que sa famille assiste au procès car il craignait que soit dévoilée sa vraie personnalité, ainsi que «son passé relativement sulfureux», notamment des relations tarifées avec des prostituées, a dit l'avocat.

Circonstances floues

La défense a souligné que les circonstances du décès restent mystérieuses. Le dossier ne permet pas de prouver quand et comment la victime est morte. «Des certitudes, dans cette affaire, il n'y en a pratiquement pas», a martelé l'avocat français Gilles Jean Portejoie.

Le Ministère public est parti de la seule hypothèse que tout s'est déroulé le 6 janvier au soir, a-t-il dénoncé. Pourtant, les scientifiques n'ont pas pu certifier la date du décès.

Légistes français et suisses ne s'accordent pas au sujet des entailles au couteau. Un orifice rond à la tête reste inexpliqué. Ainsi qu'une note dans le carnet de bord du foyer pour femmes, écrite par un homme non identifié disant avoir vu la jeune femme dans le couloir les 7 et 8 janvier.

Les aveux ne suffisent pas à prouver la culpabilité. C'étaient de «faux aveux», extirpés à un homme «traqué», interrogé sans relâche, «moyennement intelligent», qui est rentré dans une posture et a fait de mauvais choix, a dit l'avocat genevois Jacques Barillon. Le verdict doit être annoncé mercredi après-midi.

(ats)

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