États-Unis: Sous de sombres nuages, le Congrès américain fait sa rentrée
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États-UnisSous de sombres nuages, le Congrès américain fait sa rentrée

Dans une ambiance tendue, le 117e Congrès de l’histoire des États-Unis a prêté serment dimanche, avec 59 nouveaux arrivants.

Les élus américains prêtent serment, le 3 janvier 2020 à Washington.

Les élus américains prêtent serment, le 3 janvier 2020 à Washington.

AFP

Masque noir sur le visage, Nikema Williams est bien consciente des divisions politiques toxiques de Washington comme des défis de la pandémie: cette Afro-Américaine, nouvellement élue représentante de Géorgie a survécu au Covid-19. «C’est un nouveau jour au Congrès», dit-elle en arpentant dimanche les salles du Capitole pour sa première journée officielle de parlementaire américaine.

Nikema Williams reprend à la Chambre des représentants le siège d’une légende de la défense des droits civils, John Lewis, décédé en juillet dernier. Quelle sera sa priorité dans les prochaines semaines? «Je ne savais pas si j’allais vivre ou mourir», souligne-t-elle en parlant de ses trois semaines de maladie. Alors sa principale priorité sera, selon ses termes, de contribuer à une stratégie nationale contre le coronavirus.

La Constitution prévoit qu’un nouveau Congrès prêt serment tous les deux ans le 3 janvier, d’où cette rare session pendant un week-end. Les nouveaux arrivants à ce 117e Congrès de l’histoire des États-Unis sont au nombre de 59, dont Nikema Williams et, à l’autre extrémité de l’échiquier politique, la représentante républicaine Marjorie Taylor Greene, elle aussi élue de Géorgie et proche du mouvement conspirationniste QAnon.

Serments avec masque

Dimanche était bien différent des autres journées inaugurales du Congrès, les parlementaires portant des masques alors qu’ils levaient la main droite pour prêter serment. La distanciation sociale était de rigueur, mais pas toujours respectée, lors de l’une des premières tâches de la journée, l’élection du speaker, la personne qui préside la Chambre des représentants. C’est la démocrate Nancy Pelosi qui a été reconduite de justesse à ce poste.

Mais de sombres nuages planent cette année sur Washington. La contestation du résultat de l’élection présidentielle de novembre par Donald Trump crée une ambiance particulièrement tendue. Bien que les tribunaux aient refusé d’examiner ses recours, le président républicain et ses soutiens continuent d’assurer que la victoire du démocrate Joe Biden a été acquise grâce à une fraude électorale massive et que c’est Donald Trump qui a remporté l’élection.

Les divisions ont encore été exacerbées dimanche par la publication retentissante d’un enregistrement audio dans lequel on entend le président Trump demander à un responsable de Géorgie – l’un des États où il affirme qu’il y a eu fraude – de «trouver» des voix pour inverser le résultat de la présidentielle dans cet État.

«Obstacles»

Le président de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, a résumé le contexte politique devant les sénateurs après que le vice-président Mike Pence a fait prêter serment aux nouveaux élus. «Dire que le 117e Congrès se réunit à un moment chargé de défis serait vraiment un euphémisme», a déclaré Mitch McConnell. «Entre la division politique, une pandémie mortelle et des adversaires à travers le monde, les obstacles qui sont devant nous sont nombreux et ils sont sérieux», a-t-il dit.

Mercredi, une session conjointe des deux chambres du Congrès doit certifier le vote du collège des grands électeurs et confirmer Joe Biden comme président. Mais des parlementaires républicains ont annoncé qu’ils allaient contester les résultats de plusieurs États où ils considèrent qu’il y a eu fraude, alors que ce processus de certification est habituellement une formalité.

Leur entreprise devrait échouer, mais elle suscite de nombreuses critiques y compris dans le camp républicain. Ainsi Adam Kinzinger, un représentant républicain de l’Illinois, a appelé les parlementaires concernés à ne pas s’opposer à la certification de Joe Biden, s’appuyant sur le trouble causé par l’enregistrement audio de Donald Trump. «C’est absolument accablant», a tweeté Adam Kinzinger à l’adresse des contestataires. «Vous ne pouvez pas faire ça en ayant la conscience tranquille».

«Accablant»

En revanche, Scott Fitzgerald, un nouvel élu républicain du Wisconsin, a déclaré qu’il n’avait pas encore arrêté sa position. «Je n’ai pas encore résolu cette question», a-t-il dit à l’AFP. Pour la démocrate Nikema Williams, toutefois, tout est clair. «Les électeurs ont voté, et il est temps d’avancer vers un transfert pacifique du pouvoir».

Un nouveau sénateur démocrate, John Hickenlooper, ancien gouverneur du Colorado, a balayé les inquiétudes sur le vote de certification et sur l’investiture qui suivra. «Le 20 janvier, Joe Biden deviendra président», mais «il y a évidemment beaucoup de politique d’ici là», a-t-il déclaré à l’AFP.

Le vice-président Pence, qui présidera le vote de mercredi, a ignoré les questions des journalistes sur la position qu’il adoptera ce jour-là.

Emanuel Cleaver, représentant démocrate et prêtre, en a appelé à l’aide divine en prononçant la prière inaugurale. «Dieu, à un moment où beaucoup croient que la lumière de la démocratie commence à faiblir, donne-nous un supplément d’engagement envers ses principes», a-t-il dit.

(AFP)

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