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DangersSous-estime-t-on les avalanches?

Des spécialistes estiment que l'outil d'évaluation du risque d'avalanche manque de précision et que l'affiner pourrait sauver des vies.

par
Laurent Grabet
Une avalanche près d'Evolène le 22 février 1999.

Une avalanche près d'Evolène le 22 février 1999.

Keystone

L'échelle européenne de danger d'avalanche est-elle suffisamment pointue et efficace? Beaucoup de spécialistes du domaine en doutent. Un affinage de cet outil sera d'ailleurs mis de nouveau sur la table ce printemps à Rome lors de la réunion annuelle des divers instituts nationaux concernés sous la férule du groupe de travail Avalanche.org. A l'instar de l'avalanchologue Werner Munter ou du nivologue Robert Bolognesi, certains estiment que la bonne vieille échelle à sept niveaux utilisée en Suisse jusqu'en 1995 était finalement «plus précise et donc davantage susceptible de sauver des vies». Mais un simple retour en arrière ne leur semble ni souhaitable ni possible.

A l'époque, tous les pays européens concernés par la problématique des avalanches s'étaient longuement réunis et finalement mis d'accord sur l'actuelle échelle à cinq niveaux. Laquelle est utilisée depuis pour établir deux fois par jour les bulletins d'avalanches. Elle est quasi devenue une référence internationale, appliquée jusqu'en Nouvelle-Zélande, aux Etats-Unis et au Japon.

L'harmonisation était nécessaire

«Cette harmonisation est une très bonne chose pour les skieurs hors piste et les randonneurs à skis qui sont de plus en plus nombreux chaque année et qui, dans une même journée, passent parfois une voire plusieurs frontières, ou qui vont tout simplement pratiquer dans un autre pays», souligne François Dufour. Ce dernier, qui établit depuis six ans les bulletins d'avalanches en Valais pour l'Institut pour l'étude de la neige et des avalanches (SLF), plaide de longue date auprès de son organisation pour l'introduction d'échelons intermédiaires 3 + et 3-. Sans succès, même si cette solution permettrait de conserver l'actuelle échelle.

Son supérieur hiérarchique, Thomy Stucki, doute de toute façon que ce subterfuge permettrait d'épargner des vies: «Cette information est déjà contenue dans les textes accompagnant le chiffre du risque. Lequel ne constitue qu'une info grossière qui est affinée par une description. Le nœud du problème est de se pencher dessus en étant capable de la comprendre.» Le vocabulaire utilisé dans le bulletin avalanche est en effet diversement interprété selon les connaissances de chacun. Par exemple, le terme «pente raide» indiquant les pentes de plus de 30 degrés est parfois mal compris par des freeriders bons skieurs mais piètres montagnards pour qui une pente difficile commence plutôt à 40/45 degrés.

Une échelle à dix niveaux

«Pour 80% des gens, la lecture du bulletin d'avalanche prend 10 secondes et malheureusement ces personnes n'en retiennent qu'un chiffre», déplore Igor Chiambretti, coordinateur du groupe de travail international Avalanche.org. Pour sauver des vies, l'Italien aimerait donc carrément ajouter un niveau + et - à tous les échelons et ainsi passer à une échelle à dix niveaux! Werner Munter et Robert Bolognesi se contenteraient, quant à eux, de la subdivision du degré 3 en deux. Car statistiquement, l'essentiel des avalanches mortelles survient par degré 3. En 4 et 5, une majorité des skieurs a en effet intégré qu'il ne fallait pas sortir des pistes balisées. «Les aspirants guides de montagne parlent d'ailleurs déjà dans leur formation de 3 supérieur et de 3 inférieur, relève Werner Munter. En 3 inférieur, beaucoup de courses en montagne sont faisables dans des conditions de sécurité acceptables mais en 3 beaucoup moins.» Mais François Dufour tempère: «D'un autre côté, si l'échelle devient trop fine cela ne serait pas forcément bon non plus car cela donnerait l'impression aux gens peu expérimentés qu'on connaît tout du terrain et des risques qui s'y cachent, ce qui n'est malheureusement pas le cas!»

Risque marqué ce samedi

D'après le bulletin d'hier à 17 h de l'Institut suisse pour l'étude de la neige et des avalanches (SLF), le risque sera aujourd'hui de 3 (soit «marqué») dans les Alpes vaudoises et valaisannes. Alors s'agit-il plutôt d'un risque 3+ ou d'un risque 3– rendant la pratique du ski hors piste ou de randonnée possible dans de nombreuses zones pour les personnes ayant suffisamment de connaissances et d'expérience? La réponse dépend de la région concernée. «Ici du côté d'Arolla (VS), cela sera plutôt du 3 inférieur jusqu'à environ 2500 m d'altitude car le manteau neigeux s'est bien tassé, explique l'avalanchologue Werner Munter, mais sur les sommets et les crêtes, ce sera sensiblement plus. Ailleurs, je ne sais pas. Car la réponse dépend notamment de la pente, de l'orientation et des historiques neigeux et venteux locaux.» Seule certitude donc: tout cela est diablement complexe quelle que soit l'échelle employée!

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