16.10.2020 à 15:59

Ski alpinSoyez à l’heure pour la reprise à Sölden

Entre la gestion de la crise sanitaire par la FIS, le duel Pinturault-Kristoffersen et le nouveau statut du ski suisse, découvrez les enjeux de la saison qui s’ouvre ce week-end en Autriche.

par
Sylvain Bolt
Ce sont les dames qui vont lancer la Coupe du monde samedi à 10 h avec la première manche du géant de Sölden. 

Ce sont les dames qui vont lancer la Coupe du monde samedi à 10 h avec la première manche du géant de Sölden.

Keystone

Les tests Covid-19 plus menaçants que les fautes de carre

Cette saison, les skieurs vont devoir slalomer entre les piquets et les tests Covid-19. Les stars du cirque blanc seront testées avant (et pendant) chaque compétition. Un athlète déclaré positif lors d’une compétition va logiquement devoir se mettre en quarantaine et ne pourra pas être aligné d’ici la fin de son isolement et jusqu’à ce qu’il puisse présenter un test négatif.

Le reste de l’équipe et les membres du staff qui ont été en contact avec lui devront aussi s’isoler en attendant de pouvoir présenter un test négatif. Un week-end hors course ou deux pour un athlète peut vite lui faire perdre tout rêve de cristal.

À Sölden, les labos pour se faire tester au Covid-19 ont remplacé les tentes où les fan-clubs lançaient habituellement leur saison. 

À Sölden, les labos pour se faire tester au Covid-19 ont remplacé les tentes où les fan-clubs lançaient habituellement leur saison.

Keystone

Si au moment de la date limite d’inscription, soit cinq semaines avant la course, au moins 7 des 10 meilleures nations (Suisse, Autriche, Italie, Norvège, France, États-Unis, Allemagne, Slovénie, Suède et Slovaquie) sont autorisées à se rendre dans le pays organisateur, l’événement se déroulera comme prévu. C’est ce qu’a décidé la «task force Covid» de la FIS, qui réglera «les cas exceptionnels éventuels».

En plus d’un calendrier adapté (afin d’éviter au maximum les mélanges entre techniciens et spécialistes de vitesse ainsi que dames et messieurs), la FIS a également décidé de soutenir les organisateurs de courses de Coupe du monde, qui vont devoir subir les mesures de sécurité sanitaires avec probablement des courses avec une diminution du nombre de spectateurs, voire un huis clos. Le montant alloué va s’élever à 4,4 millions de francs suisses (total maximum de 20% des prize money accordés lors de chaque compétition).

Le duel Pinturault-Kristoffersen

On attendait le duel entre le Français Alexis Pinturault et le Norvégien Henrik Kristoffersen pour succéder au roi Hirscher l’an passé. Les deux favoris ont été coiffés sur la ligne par Alexander Aamodt Kilde, véritable métronome (vingt tops 10 dans quatre disciplines, onze tops cinq et sept podiums mais seulement une victoire). Aurait-il soulevé le globe du général si la saison avait été à son terme et conservé ses 54 points d’avance sur «Pintu» qui a aligné six succès? Pas sûr!

Alexis Pinturault ne pourra plus se raccrocher au combiné. «On a enlevé tous les combinés, ils veulent éviter au maximum les contacts entre les groupes vitesse et technique. Pourquoi pas. Mais dans ce cas, on ne fait pas Sölden avec les filles, pas Lech avec les filles, on ne fait pas les week-ends où il y a descente et slalom, les athlètes qui font quatre disciplines arrêtent d’en faire quatre, les chefs entraîneurs devraient arrêter de passer d’un groupe à l’autre», s’est énervé le Savoyard dans une interview accordée à nos confrères de Ski Chrono. Il devra bien choisir les Super-G dans lesquels il s’aligne pour faire le break face à Kristoffersen et limiter la casse par rapport à Kilde.

Sans public et probablement sans champagne, la fête sera moins folle cette année. Mais Pinturault (à gauche) et Kristoffersen ont finalement juste besoin de piquets pour leur duel. 

Sans public et probablement sans champagne, la fête sera moins folle cette année. Mais Pinturault (à gauche) et Kristoffersen ont finalement juste besoin de piquets pour leur duel.

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Le calendrier de cette saison qui sera forcément spéciale donne l’avantage aux techniciens (11 slaloms et 10 géants contre 9 descentes et 7 Super G) et particulièrement à Henrik Kristoffersen. Surtout en slalom où le Norvégien a mis 266 points à son rival, qui a perdu le fil quatre fois dans la discipline la plus technique l’hiver passé.

C’est dans la forêt de piquets que le gros globe de cristal pourrait bien se jouer et il ne faudrait pas se retrouver en quarantaine entre le 21 décembre et le 31 janvier (9 des 11 slaloms se dérouleront à ce moment-là). C’est sur la même période que Yule (Madonna, Adelboden, Kitzbühel) avait aligné ses trois succès la saison passée.

La reine Shiffrin va-t-elle retrouver sa couronne?

Elle était partie pour fêter, à 25 ans, son quatrième sacre planétaire consécutif. Six victoires et treize podiums et déjà un matelas confortable sur ses poursuivantes. Mais le décès soudain de son père Jeff, le 3 février dernier, l’a poussée à interrompre sa saison et revenir dans son Colorado natal auprès des siens.

Après six semaines de pause, l’Américaine était prête à reprendre afin de défendre sa couronne sur les lattes. Trop tard, la crise sanitaire était passée par là. La surprenante Federica Brignone l’avait entre-temps détrônée pour devenir la première italienne à remporter le classement général de la Coupe du monde.

Mikaela Shiffrin a vécu un exercice 2019-2020 compliqué. Va-t-elle revenir mentalement et physiquement à son plus haut niveau? 

Mikaela Shiffrin a vécu un exercice 2019-2020 compliqué. Va-t-elle revenir mentalement et physiquement à son plus haut niveau?

Keystone

Mikaela Shiffrin a récemment concédé avoir songé à stopper sa carrière, bouleversée par la mort accidentelle de son père. On pensait enfin la revoir à Sölden, 9 mois après sa dernière course en Bulgarie, mais la lauréate de 66 victoires en Coupe du monde a dû déclarer forfait pour des problèmes de dos.

Vont-ils se dissiper pour la suite de l’hiver ou la handicaper ces prochains mois? Et est-elle de nouveau prête mentalement à enchaîner les piquets et les déplacements sur les sommets enneigés? Surtout qu’elle risque de rester bloquée de longs mois en Europe en raison des restrictions sanitaires. «J’aimerais à nouveau retrouver le plaisir de skier que j’éprouvais plus jeune», a récemment confié la superstar américaine au New York Times. La Coupe du monde de ski ne demande qu’à la revoir enfiler un dossard et à retrouver le sourire dans l’aire d’arrivée.

La Suisse a un nouveau statut à défendre

On avait attendu 31 ans pour pouvoir se vanter à nouveau d’être la meilleure équipe nationale de ski au monde. Avec 5 des 12 petits globes décrochés par les Helvètes, la Suisse a remporté le classement des nations que l’Autriche s’était approprié ces trois dernières décennies. «Nous sommes de retour en force», a averti dans les colonnes du Blick le président de la fédération autrichienne Peter Schröksnadel.

La Suisse a souvent été à la fête, comme lors des deux doublés en descente (Lara Gut-Behrami devant Corinne Suter) à Crans-Montana en février dernier. 

La Suisse a souvent été à la fête, comme lors des deux doublés en descente (Lara Gut-Behrami devant Corinne Suter) à Crans-Montana en février dernier.

Keystone

La Suisse semble cependant armée pour défendre son titre. À 23 ans (il les a fêtés le 8 octobre dernier), Marco Odermatt est déjà attendu par certains journalistes spécialisés francophones sur le podium du général, d’après un sondage de nos confrères de ski actu. Ce pourrait bien être la saison de son avènement, lui qui a remporté son premier succès en Coupe du monde la saison passée (en Super-G).

Mais c’est aussi l’heure de retrouver la gagne en géant, discipline de base du ski alpin qui attend un vainqueur suisse depuis 2011 (Carlo Janka à Kranjska Gora). Marco Odermatt (9e de la spécialité la saison dernière) et Loïc Meillard sont mûrs pour la gagne. Les deux talents de l’équipe suisse ont cumulé 5 podiums jusqu’ici dans la discipline.

Soyons francs, ce sera difficile pour les dames de briller samedi sur le glacier du Rettenbach. Entre les soucis de santé de la cheffe de file en technique Wendy Holdener (victime dune fracture de la tête du péroné droit début septembre, la Schwytzoise a confirmé jeudi sa présence) et la perturbation dans la préparation de Lara Gut-Behrami (en isolement après de nombreux cas de Covid-19 dans l’équipe de son mari Valon), les incertitudes sont nombreuses.

Mais la Tessinoise reste capable du meilleur, comme l’ont prouvé ses deux victoires l’an dernier à Crans-Montana. La polyvalente Michelle Gisin, capable de podiums dans presque chaque discipline, et la nouvelle reine de la vitesse Corinne Suter (lauréate des globes de descente et de Super G) complètent ce quatuor suisse du top 8 mondial de la saison passée.

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