17.08.2018 à 15:01

InterviewSpike Lee: «Merci la Suisse!»

Le réalisateur vient de gagner le prix du public au Festival du films de Locarno avec «BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan». Rencontre.

von
Henry Arnaud

Spike Lee a reçu «Le Matin» à Hollywood alors que son film vient de remporter le prix du public au festival de Locarno. Le réalisateur parle fièrement de «BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan», l'un des meilleurs longs-métrages de sa carrière, mais aussi son plus gros succès au box-office américain depuis 10 ans. «BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan» est basé sur l'histoire vraie d'un policier noir qui a réussi à infiltrer le Ku Klux Klan dans les années 70.

Votre film vient de recevoir le prix du public à Locarno dimanche dernier après avoir gagné l'équivalent au dernier festival de Cannes en mai dernier. Heureux?

Merci la Suisse! C'est un vrai plaisir de savoir que le public apprécie mon œuvre... Encore plus de la part de quelques jurés qui s'enferment dans une pièce pour délibérer et qui sont obligés de faire des choix consensuels pour satisfaire un groupe. Gagner le prix du public est la preuve que les spectateurs soutiennent mon travail, j'en suis fier!

Quelle a été votre approche pour faire de «BlacKkKlansman - J'ai infiltré le Ku Klux Klan»?

Avoir un message politique fort dans une fiction divertissante est la base de mon approche du cinéma depuis toujours. Il y a 30 ans, «Do the Right Thing» abordait déjà un sujet sérieux et se terminait par le meurtre de Radio Raheem, étranglé à mort par un policier du NYPD. A vrai dire, mes films préférés comme «Orange Mécanique» sont tous mise en scène ainsi. Stanley Kubrick avait réalisé un vrai spectacle terrifiant et fascinant mais c'était aussi un message sur les dérives de la société moderne.

Est-ce que votre film est contre Donald Trump?

Non, mon film est Pro Trump au contraire (ndlr: Spike éclate de rire). Sérieusement, je ne pense pas que Trump regardera «BlacKkKlansman» mais il devrait. Tous ses partisans devraient le voir également. Depuis les débuts du cinéma, des projections sont organisées à la Maison Blanche pour les Présidents et leur entourage. Le Président Woodrow Wilson y avait vu «Naissance d'une nation» sorti en 1915, 50 ans après la fin de la guerre de Sécession.Il avait déclaré que l'histoire de ce film avait été écrit avec la foudre car il faisait l'apologie du raciste et du Ku Klux Klan.

Que pensez-vous d'un groupe de supporters de Donald Trump qui s'appelle « Blacks for Trump » (les noirs pour Trump) ?

Ce groupe devrait s'appeler «Les négros pour Trump», c'est ma seule réponse.

A propos de ce mot raciste, est-ce que cela n'a pas été difficile pour vos acteurs de tourner certaines scènes ?

Ca ne m'a pas posé de problème mais c'était dur pour les comédiens blancs d'utiliser le mot «négro», c'est sûr. J'ai dû les rassurer en leur expliquant que c'était leurs personnages qui étaient racistes, pas eux. Cela fait partie du métier d'acteur. Robert De Niro ne s'est pas inquiété de ce que les gens allaient penser de lui après avoir joué le vétéran du Vietnam, Travis Bickle dans «Taxi Driver». C'est pareil pour Topher Grace dans «BlacKkKlansman». Il incarne un homme plein de haine, David Burke, qui dirige le Ku Klux Klan. Je n'allais pas édulcorer les dialogues pour le rendre plus sympathique.

En préparant votre film, avez-vous appris quelque chose sur ces groupes qui incitent à la haine et au racisme en Amérique?

Moi, non. J'ai grandi à Brooklyn et je connais la haine et le racisme depuis mon enfance tout comme les latinos, les femmes et les autres minorités.

Vous avez 61 ans et près de 40 ans de carrière. Êtes vous optimiste sur l'ouverture de Hollywood aux artistes noirs ?

«Black Panther» a changé beaucoup de choses. Depuis mes débuts, il était extrêmement difficile de financer un film avec des acteurs noirs car on nous disait sans cesse que ces projets ne rapportaient pas un sou à l'étranger car personne n'allait voir ces longs-métrages. «Black Panther» vient de prouver que c'est faux. Il a rapporté plus de millions en dehors des USA.

C'est donc bon signe pour tous les acteurs afro-américains?

Restons prudent et vigilant. Tous les 10 ans mon téléphone n'arrête pas de sonner et on me propose de nombreux projets en me disant qu'il y a un come-back du «black cinema» et puis plus rien pendant 9 ans. J'ai la conviction que rien ne changera tant qu'il n'y aura pas des afro-américains à la direction des studios de Hollywood. Et on est loin de là!

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