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tismeSport/Scandales: l'intraçable ligne jaune entre pressions et corruption (PAPIER D'ANGLE)

Par Françoise CHAPTAL

Paris, 26 nov 2015 (AFP) - Pressions amicales, lobbying agressif, pots-de-vin...

Large est la palette des manoeuvres visant à arracher des contrats ou faire gagner des candidatures, comme le démontrent les scandales qui frappent la Fifa ou l'IAAF, impliquant son nouveau président Sebastian Coe.

Le héraut des Jeux de Londres est accusé d'avoir, alors qu'il était ambassadeur de la marque américaine Nike et vice-président de la Fédération internationale d'athlétisme (IAAF), favorisé l'attribution des Mondiaux-2021 à la ville américaine d'Eugene, proche du siège de la marque à la virgule, dans l'Oregon.

Ce cas typique de conflit d'intérêts est d'une banalité confondante dans le sport. Jusqu'à présent, rares étaient les observateurs à s'en émouvoir.

"Il très classique que des avantages soient donnés sans que ce soit un pot-de-vin direct", explique ainsi Pim Verschuuren, chercheur à l'Institut des relations internationales (IRIS), spécialisé dans le sport. "Un pays fait comprendre à un autre, si vous votez pour moi, mon équipe viendra faire un match amical dans votre pays et génèrera ainsi des millions de dollars de droits télé... Ce n'est pas explicite, ce n'est pas de la corruption", poursuit-il, et c'est ainsi que se sont attribués peu ou prou tous les grands événements de l'ère moderne, valorisés par la manne des droits de retransmission.

La donne est différente lorsque circulent les valises de billets, les rétributions sonnantes et trébuchantes, comme ce fut le cas avéré pour l'attribution par le CIO en 1995 des JO de Salt Lake City (2002). Et comme la justice soupçonne aujourd'hui que cela s'est produit pour accorder la Coupe du monde de football 2022 au Qatar.

"Dans ce cas, il s'agit bien de corruption, reprend Pim Verschuuren, mais elle existe dans le sport comme dans toutes les activités transnationales". La vraie différence est que "le sport ne dépend que de lui-même, n'a de compte à rendre à personne".

Hors sol, les organisations édictent et s'appliquent leurs propres règles. "Il faudrait que le mouvement sportif accepte d'engager des réformes avec des structures indépendantes de contrôle", estime le Français Jean-François Vilotte, ex-président de l'Arjel, désormais avocat et consultant de l'Unesco sur l'évaluation des politiques de lutte contre le dopage.

Les Etats, souverains dès lors que des agissements répréhensibles sont commis sur leur sol, ont, dans cette régulation, un rôle prépondérant à jouer. Au premier chef la Suisse qui héberge l'immense majorité des organisations sportives internationales à commencer par la Fifa et le CIO.

"Il y a dix ans, ce pays aurait jugé inconcevable d'arrêter des dirigeants sportifs", note Jean-François Vilotte qui estime les autorités helvètes "de plus en plus allantes" en la matière.

Entre décembre 2014 et juin 2015, les parlementaires suisses ont établi les délits de blanchiment d'argent et de corruption pour les dirigeants sportifs qui n'y étaient jusque là pas soumis, ouvrant la voie à la fin de l'impunité pour un monde jusque-là en vase clos.

Sous pression, les organisations sportives adoptent plus ou moins prestement des règles d'éthique et de transparence. Le CIO a ouvert la voie après le scandale de Salt Lake City dans les années 2000 mais le chemin reste long. L'ONG danoise "Play the Game" spécialisée dans ce domaine a en effet attribué, dans son rapport annuel 2015, sa deuxième note à la Fifa sur près de 40 fédérations internationales auditées en matière de gouvernance! C'est dire que "beaucoup de scandales attendent d'être révélés", prédit Pim Verschuuren.

Ce dernier, comme Jean-François Vilotte et d'autres experts, estiment que la régulation politique des instances sportives internationales pourrait être traitée au niveau du droit public international.

"Plus le mouvement sportif tardera à donner des gages de transparence, plus les états auront la tentation de s'emparer du sujet sur le plan pénal", estime Jean-François Vilotte évoquant la possible intervention d'institutions telles que l'ONU ou le Conseil de l'Europe.

Cela permettrait d'éviter des positions abracadabrantes, interdites au justiciable lambda comme celle défendue par Franz Beckenbauer, président du comité de candidature du Mondial-2006, qui a avoué dans une interview télévisée être "allé aux limites" mais sans corruption. Un bel exercice d'équilibriste.

cha/pga/dhe

(AFP)

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