Emotion: SR-111: «J'ai craqué quatre jours après le drame»
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EmotionSR-111: «J'ai craqué quatre jours après le drame»

Jean-Claude Donzel était le porte-parole romand de Swissair. Aujourd’hui encore, il se souvient de la lourde tâche qu’il avait dû assumer.

par
Victor Fingal
Jean-Claude Donzel, assailli par les médias lors de la conférence de presse du 3 septembre à Cointrin.

Jean-Claude Donzel, assailli par les médias lors de la conférence de presse du 3 septembre à Cointrin.

Stéphane Ruet/Corbis

Jean-Claude Donzel avait 49 ans lorsque le drame du SR-111 s'est produit. 20 ans après, l'ancien porte-parole de Swissair n'a rien oublié.

- Comment avez-vous appris la nouvelle de la tragédie?

- C’est mon épouse qui m’a tiré du lit vers les 4h30 du matin. Elle a été plus prompte que moi à répondre au téléphone de la responsable du piquet de Swissair. «Viens-vite, elle m’a dit, il y a un avion qui a disparu!» J’avais de la peine à le croire. À cet instant, nous ne savions pas encore qu’il s’agissait du vol SR111 reliant New York à Genève.»

- Quand l'avez-vous su?

- Il y avait bien un journaliste du «Toronto Star», sur la base d’informations de la station radar de Moncton dans le Nouveau-Brunswick, qui a demandé au Centre opérationnel de Swissair à Kloten de lui confirmer qu’un avion de Swissair s’était crashé. Il était quatre heures du matin. Mais nous ne pouvions pas encore le faire. Le centre opérationnel a déclenché alors la procédure qui consiste à contacter les pilotes des avions de Swissair qui volaient la nuit du 2 au 3 septembre dans la région. Les pilotes des vols San Francisco-Zurich, New York- Zurich et Los Angeles-Zurich ont répondu. Mais le vol SR111 est resté silencieux.

- Que s’est-il passé ensuite?

- Nous avons pris un avion pour Genève dans la matinée du 3 septembre avec une trentaine de psychologues, d’infirmiers, d’aides divers destinés à soutenir le care team de Genève qui devait s’occuper des parents et des proches des victimes qui attendaient à Cointrin. À mon arrivée, j’ai été pris en charge par Jean-Pierre Jobin, directeur de l’aéroport et par Carlo Lamprecht, président du Conseil d’État genevois qui m’ont conduit directement dans la salle de presse. Là, je n’en croyais pas mes yeux. Une incroyable forêt de micros m’attendait, la salle était bondée. J’ai présenté les condoléances aux familles au nom de la direction de Swissair et nous avons tenu notre première conférence de presse au cours de laquelle j’ai donné toutes les nationalités des victimes. C’était difficile de ne pas se laisser gagner par l’émotion. Ensuite nous avions un briefing toutes les heures pendant quatre jours. Je ne dormais guère plus de deux heures par nuit.

- Quelle a été votre réaction à ce drame?

- J’ai toujours pensé que si un avion de Swissair devait tomber, ce serait à cause d’un attentat, peut-être la fatalité. Nous avions la réputation d’être une compagnie solide et sûre. Jamais ne je n’aurais imaginé qu’un crash serait dû à un défaut technique de l’appareil. Personnellement, j’ai cru que j’étais assez solide pour supporter l’événement et je ne voulais pas participer à un debriefing organisé pour nous quatre jours après le crash à Genève. Pour me protéger, je n’ai pas voulu non plus être confronté aux proches des victimes. Je savais que si j’étais gagné par l’émotion, je ne serais plus capable de fonctionner correctement. Mais le dimanche 6 septembre, en rentrant à Meyrin où j’ai séjourné pendant la crise, juste pour me changer, j’ai dû m’arrêter, sortir de mon véhicule, et je me suis mis à pleurer sur le bas-côté de la route. La fatigue accumulée, l’émotion, nous ne sommes pas des robots.

- Quels ont été les lendemains de cette crise?

- Nous avons changé les numéros des vols reliant New-York à Genève et Genève à New-York. Malheureusement, nous avions choisi SR114 et SR115. Quelqu’un nous alors signalé qu’en additionnent les deux chiffres, nous arrivions au nombre de morts du vol SR111: 229 personnes. Nous avons donc dû changer une fois de plus les numéros des vols. Pendant les cinq ans qui ont suivi le crash, une équipe à laquelle je participais a continué de travailler régulièrement sur les conséquences de l’accident. Il y avait des juristes, des représentants des assurances, même des ingénieurs qui participaient directement à l’enquête. Aujourd’hui encore, on ne sait pas exactement quelle a été la cause première de l’accident.

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