Témoignage: SR-111: «L’insupportable recherche des débris du MD 11»
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TémoignageSR-111: «L’insupportable recherche des débris du MD 11»

Le 3 septembre 1998, un Airbus A-310 de Swissair emmenait des journalistes, dont votre serviteur du «Matin», de Zurich à Halifax. Pendant quatre jours, nous avons suivi le dur travail des garde-côtes canadiens et avons assisté à l’arrivée de quelque 300 proches des victimes à Peggy’s Cove.

par
Victor Fingal
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Le 2 septembre 1998, le MD-11 de Swissair, baptisé Vaud (photographié ici à Kloten), décolle de l'aréoport JFK à New York, destination Genève, à 20h18.

Le 2 septembre 1998, le MD-11 de Swissair, baptisé Vaud (photographié ici à Kloten), décolle de l'aréoport JFK à New York, destination Genève, à 20h18.

Wikipédia
L'avion s'écrase en mer au lage de Halifax (Can) à 22 h 31. Les premiers navires de pêcheurs à se rendre sur place se retrouvent face à des millions de débris sur l'océan.

L'avion s'écrase en mer au lage de Halifax (Can) à 22 h 31. Les premiers navires de pêcheurs à se rendre sur place se retrouvent face à des millions de débris sur l'océan.

Keystone
La Suisse apprend la nouvelle à l'aube du 3 septembre. Les proches des passagers se rendent à Cointrin pour avoir des nouvelles. En début d'après-midi, la terrible nouvelle tombe: aucune des 229 personnes à bord n'a survécu.

La Suisse apprend la nouvelle à l'aube du 3 septembre. Les proches des passagers se rendent à Cointrin pour avoir des nouvelles. En début d'après-midi, la terrible nouvelle tombe: aucune des 229 personnes à bord n'a survécu.

ASL

Aujourd’hui, 20 ans après le crash du vol SR111, mes oreilles résonnent encore du concert lugubre donné par les moteurs des bateaux de la garde côtière canadienne. Un bruit incessant, provenant d’une mer huileuse chargée de débris, au large de Peggy’s Cove, la baie située à une dizaine de kilomètres de l’impact. Mais le samedi 5 septembre, conséquence de la marée, les recherches avaient dû s’étendre à une autre baie, celle de Blandford, trente kilomètres plus à l’est. «Je n’aimerais pas que des enfants voient sur la plage ce que nous avons ramassé», avait commenté l’un des sauveteurs. Le périmètre avait été bouclé par des policiers de la gendarmerie royale.

Le même jour, arrivés à bord d’un vol spécial de Swissair, quelque 300 membres des familles des victimes, sont venus se recueillir sur l’éperon rocheux à deux pas du phare. L’émotion avait aussi gagné les chauffeurs canadiens et les membres du service d’assistance qui ont longuement serré dans leurs bras, celles et ceux qui ont craqué face l’océan. Aux bruits des bateaux, s’est ajouté celui des générateurs alimentant en électricité des stations de télévision du monde entier. Tenus à bonne distance des familles, les journalistes n’ont pu recueillir que les témoignages de ceux qui voulaient absolument s’exprimer. L’un d’eux s’est approché des micros: «Pourquoi suis-je venu? Pour soulager ma douleur et communier avec la nature.» Le reste de sa déclaration s’est perdu dans le vacarme ambiant.

Tentative de suicide

La journée avait aussi été émaillée par un grave incident. Une jeune femme, membre des familles, s’était rendue au pied du phare avec son enfant et un accompagnant. Soudain, elle a confié le petit à l’homme près d’elle avant de franchir les barrières de sécurité et de s’approcher en courant du bord de mer escarpé. Elle a été retenue à la dernière minute par des militaires juste avant de sauter dans les flots, deux mètres en contrebas. .

Tout au long de mon séjour en Nouvelle-Écosse, j’ai été frappé par le formidable élan de solidarité des Canadiens. Pêcheurs, marins, des gens de toutes les couches sociales ont voulu apporter leur soutien. «Adressez mes messages de sympathie aux familles des victimes» a lancé spontanément une serveuse à l’heure du breakfast. Sur la route qui va de Halifax à Peggy’s Cove, des banderolles souhaitaient la bienvenue aux pèlerins du vol SR111. À mi-mât en signe de deuil, proche d’une station service, flottait un drapeau suisse, visiblement cousu dans l’urgence.

Mais tous mes souvenirs ne sont pas forcément tragiques. À bord de l’Airbus A-310 qui nous emmenait à Halifax, une alerte à la fumée s’est déclenchée. Autant dire que les journalistes n’en menaient pas large, le jour d’après le crash du vol SR111. Mais l’alerte a été vite levée. Elle avait été provoquée par Béatrice Tchanz, responsable de la communication de Swissair, alors fumeuse de cigarettes incorrigibles qui s’était réfugiée dans les toilettes pour mieux céder à sa faiblesse.

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