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Jeu vidéoStadia, un service à combustion lente

Nous avons testé le service de jeu vidéo «dans le nuage» que Google vient d’ouvrir en Suisse. Bonnes performances techniques, quelques hoquets et un catalogue qui s’étoffe gentiment.

par
Jean-Charles Canet
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Stadia sur un téléphone Android. Le service s’active depuis l’application Stadia qui se charge d’assurer la bonne diffusion du jeu depuis les serveurs de Google.

Stadia sur un téléphone Android. Le service s’active depuis l’application Stadia qui se charge d’assurer la bonne diffusion du jeu depuis les serveurs de Google.

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La manette Stadia reliée au réseau wi-fi du domicile accède directement aux serveurs de Google sur lesquels tournent les jeux. Le jeu passe par le navigateur Chrome de ce laptop.

La manette Stadia reliée au réseau wi-fi du domicile accède directement aux serveurs de Google sur lesquels tournent les jeux. Le jeu passe par le navigateur Chrome de ce laptop.

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Autre cas de figure, le jeu est «calculé» sur les serveurs Stadia et transmis au téléviseur via une clé HDMI Chromecast Ultra, accessoire requis si on veut pratiquer au salon.

Autre cas de figure, le jeu est «calculé» sur les serveurs Stadia et transmis au téléviseur via une clé HDMI Chromecast Ultra, accessoire requis si on veut pratiquer au salon.

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Lancé à la fin de l’année 2019 dans quelques pays clés mais ouvert officiellement en Suisse lundi dernier, avec le Portugal et quelques pays d’Europe de l’Est, Google Stadia n’a jusqu’ici pas provoqué l’énorme vague attendue ou redoutée dans l’industrie du jeu vidéo. Ce que propose le service est pourtant sur le papier assez extraordinaire: permettre aux amateurs de jeu vidéo d’accéder aux titres les plus exigeants sans posséder de consoles dernier cri et sans PC de la mort. Une connexion internet et un écran suffisent.

Le service tel que les Helvètes peuvent le découvrir et que nous testons depuis quelques jours n’a plus les défauts de jeunesse relevés lors de son lancement difficile. Son catalogue de jeux s’est étoffé et le service marche désormais sur ses deux jambes: un accès gratuit aux serveurs de Google avec des limitations techniques – soit une définition limitée à 1080 lignes et un son stéréo – côtoie ainsi un abonnement payant (11 francs suisses par mois) qui, outre une sélection de jeux compris dans le prix, permet une diffusion des jeux en 4K, avec une gamme chromatique étendue (HDR) et un son multicanal (5.1). Il est à noter que quel que soit l’accès choisi, la plupart des jeux proposés dans le catalogue restent payants à l’unité. On ne saurait donc parler de Netflix du jeu vidéo.

Des accessoires clés

Si le service veut rendre obsolète les PC de «gaming» et les consoles, il ne se passe en revanche pas d’accessoires. Le combo clavier souris peut suffire si on utilise un écran d’ordinateur, mais une manette nous paraît indispensable dans tous les cas. Un gamepad Bluetooth peut dépanner (Xbox ou PS) mais le «controller Stadia» est le plus souple étant donné qu’il communique directement avec les serveurs de Google: pas besoin de se lancer dans une fastidieuse procédure d’appairage à chaque changement d’écran. Dernier détail important, si on souhaite profiter de Stadia sur son téléviseur, l’achat d’un module Chromecast Ultra est requis. Lui seul permettra d’acheminer le signal en 1080 ou en 4K vers le téléviseur même si ce dernier est «Connecté». Pour un combo manette et module Chromecast, il vous en coûtera 119 francs.

Nous avons essayé Stadia sur tous les écrans possibles sauf sur iPhone et iPad qui ne sont pas encore entrés dans la danse (ce devrait être le cas d’ici à la fin de l’année). Nous sommes ainsi passés du plus petit, un smartphone Android, au plus grand, un projecteur 4K. L’accès passe par une application «Stadia» ou le navigateur Chrome selon l’écran choisi. Nous avons rapidement privilégié le jeu sur des écrans de tailles respectables jugeant celui du smartphone bien trop petit pour profiter de l’immersion souhaitée. Nous avons enfin accédé au service en passant une connexion internet et un réseau wi-fi robuste (toujours avec une vitesse dépassant très largement les 100 mégabits par seconde en wi-fi) soit bien plus que les 30-35 MBts conseillés pour un fonctionnement optimal.

Inscription et accès rapide

Rien de plus simple dans la phase initiale d’inscription et de premier accès: Google ayant soigné l’ergonomie de son service, il y a quelque chose de magique de voir en quelques secondes s’afficher le visuel d’un jeu triple A sur un écran et de pouvoir immédiatement appuyer sur «Play».

Un catalogue qui s’étoffe

La découverte du catalogue nous a d’abord favorablement impressionnés. Il y a du vieux («Destiny 2» en accès libre quelle que soit la formule choisie), mais il y a aussi du neuf. Les trois gros blockbusters de fin d’année d’Ubisoft notamment, soit «Watch Dogs Legion», «Assassin’s Creed Valhalla» et «Immortals Fenyx Rising», sont là. L’incontournable superproduction que tout le monde attend comme le loup blanc, soit «Cyberpunk 2077», sera là aussi dès jeudi prochain.

Mais on ne trouve ni «Fifa 21», ni «Call of Duty – Cold War». Autrement dit, il reste encore d’énormes trous pour un catalogue qui, idéalement, devrait proposer à l’unité tous les gros titres du marché au moment ou ils sortent. Google suggère que des éditeurs tiers jusqu’ici réticents sont en train de prendre le train (Electronic Arts, notamment) mais il faudrait que tous répondent présent pour compenser le fait que Sony et Microsoft profitent de la quasi-totalité de l’offre et prévoient d’inonder leur écosystème PlayStation et Xbox de productions aussi maison qu’exclusives. Et en parlant de productions maison, Google a lui aussi lancé un ambitieux programme d’élaboration de titres exclusifs, mais le temps du partage est encore hors de vue et, en attendant l’artillerie lourde, il faut se contenter de jeux, charmants certes mais plus modestes, à l’instar de «Submerged: Hidden Depths».

Chapeau, la latence

Vient le moment de l’épreuve du feu. Comment se comporte Stadia dans un environnement dominé par les PC et les console de jeux qui, cette année, sautent le pas générationnel? C’est surtout du côté des temps de latence (soit les millisecondes qui s’écoulent entre le moment ou appuie sur un bouton et la prise en compte de la commande dans le jeu) que nous attendions au tournant Stadia et ses serveurs éloignés. Force est de constater l’absence de problèmes: tous les jeux que nous avons pu lancer, et certains étaient même très nerveux, étaient praticables sans que l’on ressente une quelconque gêne. Un très bon point pour le service.

Appréciation à l’aveugle

Pratiqués à l’aveugle, c’est-à-dire sans comparer plan par plan un jeu tournant sur Stadia avec le même calculé sur PC, PS4, PS5, Xbox One ou Xbox Series, les jeux font illusion. Sur un grand écran, l’Ultra haute définition et le son multicanal activés, nous avons un très agréable sentiment d’immersion en 60 images par seconde (pour les jeux qui gèrent cette performance). Et comme chacun le sait, qui peut le plus, peut le moins.

Accès a Stadia sur un écran 4K et lancement de «Assassin’s Creed Valhalla». En temps réel.

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Nous ne cacherons cependant pas avoir observé de temps à autre de subites baisses de fréquence d’images, notamment dans «Watch Dogs Legion» et «Assassin’s Creed Valhalla», assorti d’un message indiquant tantôt un problème de réseau (alors que notre wi-fi persistait à marquer un solide 400 Mbts) tantôt qui prétendait que la connexion était «Excellente». Des anicroches qui sont restées ponctuelles et que nous n’avons pu reproduire ces derniers jours, mais qui ont terni notre espoir de bénéficier d’un service ultra-stable en toutes circonstances.

Comparaison n’est pas raison

Ce qui nous mène à la comparaison image par image effectuée sur les deux jeux que nous pouvions faire tourner à la fois sur Stadia et sur les toutes nouvelles Xbox Series X et PS5 (soit «Watch Dogs Legion» et «Assassin’s Creed Valhalla»). Là, sur un écran 4K qui ne pardonne rien, la comparaison est défavorable à Stadia qui, selon notre constat, propose une 4K un peu moins précise. On se retrouve dans le même cas de figure qu’avec un film 4K HDR diffusé en streaming sur Prime Video ou Netflix comparé à son équivalent sur Blu-ray UHD: la compression vidéo étant plus marquée en flux continu, l’image paraît ainsi légèrement dégradé. Répétons que, pour le profane, la différence est pratiquement invisible.

Précisons encore que Stadia n’a pas encore intégré le dernier truc à la mode, le «ray tracing» soit une gestion matérielle des effets de lumières et des reflets qui a fait son apparition pour certains jeux sur PC et sur les consoles nouvelles génération. Pour en arriver à pouvoir admirer le reflet de notre avatar dans une vitrine londonienne de «Watch Dogs Legion», une mise à niveau des serveurs Google sera nécessaire.

Pour qui Stadia?

Alors pour qui Stadia? Pour un gamer à la pointe, certainement pas. Sauf énorme surprise, son matériel aura toujours une longueur d’avance sur les serveurs de Google tout en le laissant moins à la merci des fluctuations possibles des réseaux externes.

Pour les autres, en revanche, le service est désormais suffisamment rodé pour concrétiser la promesse du jeu vidéo décentralisé dans des conditions très acceptables. Et pour autant que Google parvienne à rendre son catalogue aussi étoffé que ses concurrents et à lui greffer quelques juteuses exclusivités, cette offre à combustion lente pourrait devenir explosive.

Et la concurrence?

La concurrence? Et bien, elle se trouve en ordre dispersé mais bien présente. En matière de jeu vidéo décentralisé, il faut désormais compter sur l’abonnement Game Pass Ultimate de Microsoft qui bâtit un catalogue de jeu à la Stadia praticable actuellement sur smartphone et tablettes Android (iOS pour bientôt) en marge de son écosystème Xbox traditionnel.

Nvidia a lancé son GeForce Now qui permet de pratiquer en streaming certains des jeux dont on est propriétaire sur PC.

Sony en reste à un antique PlayStation Now qui sent un peu la naphtaline mais qui ne demande qu’à être ravivé.

Amazon enfin vient de mettre un petit doigt de pied dans la bassine avec Amazon Luna qui s’implante actuellement aux États-Unis sur invitation mais avec des caractéristiques qui risquent de faire mal lorsque le lancement sera élargi.

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1 commentaire
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qqn qui joue de temps en temps

10.12.2020 à 16:00

Honnêtement, Stadia fonctionne très bien. Cela fait déjà à peu près 1 année que je l'utilise (avec VPN car n'était pas encore dispo en Suisse) et je n'ai rien de négatif à dire. Aucune latence perceptible, le lancement des jeux est ultra rapide. De plus, avec l'abonnement "Pro", des jeux sont offerts chaque mois (6 jeux ces derniers mois) et restent dans votre bibliothèque de jeux. Si vous décidez de ne plus payer cet abonnement, vous ne pourrez plus jouer aux jeux qui ont été offerts mais si vous réactivez l'abonnement, les jeux que vous avez obtenu seront de nouveau accessibles. Bref, je vous conseille de l'essayer car 1 mois gratuit avec une trentaine de jeux avec l'abo "Stadia Pro" que vous pouvez annuler à tout moment. Bonne journée à tous.