Publié

TennisStanislas Wawrinka: «Les voyages m'ont changé»

Pendant près de trois heures, Stanislas Wawrinka a expliqué, au cœur de Manhattan, comment il a vaincu sa timidité et modifié sa perception en parcourant le monde.

par
Christian Despont

A 20?ans, vous détestiez New York.

Je trouvais que c'était «too much». Trop de bruit, trop de démesure, trop de frime. Je n'aimais pas beaucoup, car j'étais peu à l'aise. Mais New York est devenu mon endroit, mon univers. Je suis totalement fasciné par cette ville. Tout est réuni, tout est possible, 24?heures sur 24.

Comment avez-vous changé d'avis?

C'est moi, je crois, qui ai changé. Pour plein de raisons. Le vécu, les rencontres, l'âge aussi. En voyageant, j'ai découvert d'autres façons de vivre. J'ai tissé des liens dans le monde entier. A chaque fois que je retourne dans une ville, je suis impatient de retrouver des amis, des atmosphères, des lieux. Je suis à l'aise partout.

D'où vient ce changement?

J'ai appris à profiter. Entendons-nous bien sur le mot… (rire) Je ne suis pas devenu un foireur. A 14?ans, à 20?ans, je n'avais pas de talent, j'avais tellement de retard à rattraper que j'ai vécu jour et nuit pour le tennis. J'ai bossé, bossé, encore bossé. Je ne travaille pas moins aujourd'hui, mais je suis capable de prendre deux jours de congé, et même d'en profiter, sans culpabiliser.

Les congés étaient un stress?

Presque une angoisse. Je n'osais pas prendre une semaine de vacances car j'avais peur de ne plus savoir jouer. Je vivais en permanence avec cette question: ai-je assez travaillé? Que devrais-je faire de plus? Bien sûr, je ne suis pas devenu relax du jour au lendemain. Avec le temps, j'ai remarqué qu'après un congé, je ne perdais pas mes sensations. J'ai aussi beaucoup observé Roger (Federer). Je me suis dit que si le meilleur joueur du monde était décontracté, s'il savait profiter, ce ne devait pas être déconseillé, ni honteux.

N'êtes-vous jamais lassé de voyager?

Non, car j'essaie de l'éviter. Par rapport à mes collègues, je dispute assez peu de tournois. Je ne vous cache pas que certains jours, quand je suis seul dans une chambre d'hôtel ou un aéroport, j'ai envie de péter un câble. Mais à la fin, j'ai la chance de jouer au tennis, au soleil la plupart du temps.

Vous ne manquez de rien?

Si: d'une maison. Une sorte de chez-moi. Je pourrais changer la déco de mes chambres d'hôtel que ça resterait une vie de voyage, avec des plateaux-repas, des ascenseurs et des avions à prendre. Pour cette raison, j'adore retourner à Wimbledon, où je loue une maison. C'est un peu bête à dire mais j'apprécie d'avoir une intimité, de préparer mon petit déj.

Qu'emportez-vous toujours dans vos valises? A 20?ans, c'était l'intégrale des «Gendarmes de St-Tropez».

En général, je passe beaucoup de temps à écouter de la musique. J'ai acheté des petits haut-parleurs qui diffusent un son de qualité. J'ai mis toute ma vie sur mon ordinateur, que j'emporte partout.

Votre famille vous a suivi à New York. Deux approches aussi opposées que les vacances et le stress peuvent-elles cohabiter sans heurs?

Ma femme sait que je suis là pour travailler. Elle comprend, elle ne demande pas que je rentre plus tôt de l'entraînement, que j'écourte mes soins ou mes interviews, comme je ne lui demande pas de poireauter au stade. Chacun son programme. En réalité, nous nous voyons assez peu. Souvent le soir pour dormir.

Cette compagnie est-elle un avantage ou une contrainte?

J'aime surtout le changement, la réalité du moment. A Cincinnati, j'avais besoin d'être seul. Je logeais hors de la ville, dans un endroit totalement perdu où il n'y avait rien. J'ai apprécié cette solitude. Mais ici, je suis content de revoir ma famille.

Existe-t-il de vraies amitiés dans le tennis?

Non. Je ne pense pas.

Pourquoi?

Parce que nous pratiquons un sport individuel, et que nous sommes des adversaires. Nous nous voyons par obligation, rien de plus.

A 20?ans, vous étiez interviewé sur le Grandstand, tremblotant, l'anglais chaotique, devant des projecteurs qui semblaient vous éblouir. Comment êtes-vous devenu aussi à l'aise?

J'ai pris confiance en moi. J'étais bien obligé, de toute façon… Il a fallu se débrouiller, parler anglais, aller de l'avant. A force, les voyages m'ont changé. J'y ai vaincu ma timidité et modifié ma perception.

Enfant, rêviez-vous de parcourir le monde?

Pas du tout. Je ne pensais qu'au tennis.

Vous arrive-t-il de vous réveiller sans savoir où vous êtes?

C'est une sensation terrible! Je l'ai encore vécue ici, pendant une sieste. J'ai ouvert les yeux en sursautant, presque paniqué, sans savoir où j'étais. Aucune idée du pays ni de l'heure.

A la fin de votre carrière, retournerez-vous dans les pays que vous avez traversés?

C'est sûr, absolument sûr! Je veux prendre le temps de les visiter tous.

Ton opinion