Yverdon-les-Bains: «Star Wars», ce mythe vivant

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Yverdon-les-Bains«Star Wars», ce mythe vivant

Treize artistes réinterprètent la saga dans l'exposition «Je suis ton père!» À voir dès le 10 décembre à la Maison d'Ailleurs.

par
Laurent Flückiger
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Un totem en bois massif qu'Alexandre Nicolas a fait construire en Côte d'Ivoire. Dark Vador ressemble ainsi à une idole.

Un totem en bois massif qu'Alexandre Nicolas a fait construire en Côte d'Ivoire. Dark Vador ressemble ainsi à une idole.

Darrin Vanselow
«Si 'Star Wars' accède au statut de mythe moderne, c'est bien parce qu'il nous parle», déclare le directeur de la Maison d'Ailleurs Marc Atallah.

«Si 'Star Wars' accède au statut de mythe moderne, c'est bien parce qu'il nous parle», déclare le directeur de la Maison d'Ailleurs Marc Atallah.

Darrin Vanselow
Leia en chasseuse de primes est une Nymphe. En retravaillant des statues du Louvre, Travis Durden questionne les ressemblances existant entre les objets de culte.

Leia en chasseuse de primes est une Nymphe. En retravaillant des statues du Louvre, Travis Durden questionne les ressemblances existant entre les objets de culte.

Travis Durden

Mythique! Quand les fans de «Star Wars» tentent d'attirer les profanes de leur côté, c'est en ces termes qu'ils définissent la célèbre saga intergalactique. Ça ne prend pas? La Maison d'Ailleurs devrait mettre tout le monde d'accord avec sa nouvelle exposition, «Je suis ton père!» ou «quand la culture pop devient mythologie». Masques africains, christianisme, sculptures du Louvre, tout ou presque a été «starwarisé» par 13 artistes contemporains, dont 2 suisses, qui font du musée de la science-fiction, de l'utopie et des voyages extraordinaires l'une des plus impressionnantes galeries sur le sujet. Mais rien n'est trop beau pour «Star Wars», le plus universel des mythes modernes. Démonstration avec Marc Atallah, directeur de la Maison d'Ailleurs.

Au commencement, il y a les dieux. Justement, le photographe français Travis Durden a retravaillé des statues célèbres du Louvre en leur apposant les têtes des personnages les plus emblématiques de la saga. Il questionne ainsi les ressemblances existant entre les objets de culte. Dark Vador est comparé à la figure du Christ ressuscité. Avec sa main levée, veut-il nous donner sa bénédiction ou nous étrangler? Leia en chasseuse de primes est une Nymphe et C3-PO, qui est un droïde, mais le plus humain des héros, prend la place d'Amour qui ranime Psyché d'un baiser. «On peut toujours communiquer avec ces vieilles figures. Mais aujourd'hui c'est mieux de le faire avec «Star Wars», explique Marc Atallah, qui ajoute que le collage de Travis Durden permet de faire découvrir les figures anciennes aux gens qui ne vont pas au Louvre.

Un mythe matérialisé

On poursuit notre visite à l'étage en traversant un salon meublé par le studio d'Yverdon Superlife (dévoilé dans «Le Matin» du 23 novembre) qui traduit le fait que les mythes s'intègrent dans nos vies, parce qu'ils servent à construire notre foyer. D'ailleurs, ils sortent toujours de leur support. Pour «Star Wars», les mythes se matérialisent en poupées, en costumes, en jeu de société, en livres pop-up, etc. Exemple avec l'Américaine Jodi Harvey, qui fait des sculptures de papier avec les aventures de Luke Skywalker. Exemple aussi avec le New-Yorkais The Sucklord, qui détourne des jouets-figurines notamment en HomoTroopers («Le Matin» du 7 octobre).

Scandale? Pas pour le directeur de la Maison d'Ailleurs: «Si un mythe est figé, il meurt. «Star Wars» vit parce que des films continuent de sortir, des nouvelles versions mais aussi des objets dérivés. Le grand risque avec Disney (ndlr: qui a racheté la licence en 2012), c'est qu'ils empêchent les réappropriations artistiques, comme c'est le cas avec les ayants droit et Tintin.» Comment font les artistes? Ils invoquent le droit à la parodie et sortent peu de pièces de leurs œuvres pour ne pas se faire reprocher de se faire de l'argent dessus. C'est le cas de l'Américain Kyle Hagey qui met les figures de la saga de George Lucas dans des postures impossibles, tandis que le Français Anthony Knapik-Bridenne travaille sur la tradition du masque.

Recycler pour créer

On monte au dernier étage de la Maison d'Ailleurs, le plus extraordinaire. Dans la première salle, trois artistes. Le photographe bourguignon Benoît Lapray dénonce la société de consommation à l'aide de personnages Lego; son compatriote Alexandre Nicolas a fait construire en Côte d'Ivoire par des jeunes artistes africains des totems en bois massif de Dark Vador qui ressemblent à des idoles; Gabriel Dishaw, du Michigan, utilise de vieux matériaux pour construire ses casques et ses personnages. «Recycler pour créer, c'est exactement ce qu'a fait George Lucas avec la culture pop et les mythes pour imaginer sa saga!» s'enthousiasme Marc Atallah. Dans la seconde salle, les bras nous en tombent.

C'est le travail de Cédric Delsaux, seul photographe adoubé par le créateur de «Star Wars», l'un des rares, aussi, qui l'a compris. Sur des clichés pris notamment à Dubaï sont ajoutés personnages et vaisseaux, Delsaux jouant ainsi sur l'architecture, qui devient impérialiste ou militaire. Et puis il y a sa dernière série, inédite, où des droïdes de combat sont parqués dans des baraquements, où les constructions sont tentaculaires, où tout est uniformisé, et qui critique l'économie libérale.

On termine l'exposition «Je suis ton père!» par le fan-art, qui démontre que tout, tout, tout peut être «starwarisé». Ainsi, le mythe va perdurer. C'est sûr, de «Star Wars» on n'a pas fini d'en entendre parler. Alors, que la Force soit avec vous!

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