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CyclismeStefan Bissegger: «Le niveau est deux fois plus élevé qu’au Tour de Suisse!»

Le Thurgovien de 22 ans court son premier Tour de France. Il découvre un monde stressant, aussi bien sur la route que dans les à-côtés.

par
Patrick Oberli
(Tignes)
Stefan Bisseger en action, le 30 juin dernier, pendant le contre-la-montre Changé – Laval du Tour de France.

Stefan Bisseger en action, le 30 juin dernier, pendant le contre-la-montre Changé – Laval du Tour de France.

Freshfocus

Stefan Bissegger a appris sa sélection pour le Tour de France quelques jours avant le départ. La réalisation d’un rêve pour le Thurgovien de 22 ans de l’équipe Education First-Nippo. Après quelques jours de course, le coéquipier de Rigoberto Uran tient la route (115e à 1 h 31’ 09), même s’il doit vivre avec un niveau qu’il n’avait pas imaginé.

Stefan Bissegger, vous venez de vivre votre première semaine dans un grand Tour. Dans quel état êtes-vous?

La première semaine a été très dure. Nous avons roulé fort. Plusieurs étapes se sont révélées plus difficiles que ce que nous avions pensé quand nous avions découvert le parcours. Mais finalement, pour moi, cela s’est bien passé. Je n’ai pas vécu trop de stress avec les délais, comme certains autres. C’est vrai que la météo a été compliquée samedi et dimanche. Mais je m’en sors. Je ne suis pas malade et c’est ce qui compte.

La journée de repos de lundi était donc bienvenue

Oui, elle tombe bien. Nous avions vraiment besoin de récupérer. Le problème est que nous sommes logés à 2100 mètres, à Tignes, et la récupération est plus compliquée qu’au niveau de la mer ou en Suisse. Mais ne pas avoir, un jour, à rouler 4 ou 5 heures à fond, c’est bon pour l’organisme. Et aussi pour la tête. Nous n’avons roulé qu’une heure trente ce matin, mais tranquillement.

«Sauf que c’est bizarre. Tu établis de nouveaux records de puissance et en même temps tu n’arrives pas à rester dans le peloton»

Stefan Bissegger

Quel moment vous a le plus marqué?

Il y a beaucoup de trucs incroyables. Les spectateurs, par exemple, sont hyperbruyants. Cela fait presque mal aux oreilles à certains moments. Et le niveau! Il est deux fois plus élevé qu’au Tour de Suisse. Je n’ai jamais vécu cela. Chacun est à son optimum. Cela se voit dans les courses où les attaques sont nombreuses. C’est quasi impossible à contrôler.

Est-ce que le Tour donne des ailes? Êtes-vous aussi plus fort que sur les autres courses?

Je me sens bien. Ma puissance et les autres paramètres de forme sont bons. C’était le cas déjà avant le Tour de France, mais ici ils sont encore mieux. Sauf que c’est bizarre. Tu établis de nouveaux records de puissance, et en même temps, tu n’arrives pas à rester dans le peloton. Normalement avec cette puissance, tu pars en échappée, tu ne te retrouves pas lâché.

Vous êtes de nature ambitieuse et vous n’hésitez pas à dire que vous courez pour gagner. Qu’espérez-vous des deux prochaines semaines?

Mon objectif, comme celui de toute l’équipe, est de défendre la place de «Rigo» au classement général (ndlr: Rigoberto Uran, 3e à 5’18 de Tadej Pogacar au sortir des Alpes). Je devrai veiller sur lui dans les étapes de plat qui vont arriver. Je ne devrai pas rouler pour moi. Ce sera différent dans le contre-la-montre du 17 juillet, l’avant-dernier jour de course à Saint-Emilion.

Stefan Bisseger (deuxième depuis la dr., maillot rose) découvre ce que cela représente de rouler au milieu du peloton du Tour de France.

Stefan Bisseger (deuxième depuis la dr., maillot rose) découvre ce que cela représente de rouler au milieu du peloton du Tour de France.

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Est-ce que vous craignez la longueur de la course?

Oui, c’est long, mais je remarque aussi que nous avons déjà terminé neuf étapes, presque la moitié. Alors Les étapes de plat ne devraient pas poser de problèmes. Mais l’on ne sait jamais comment cela se passe, surtout s’il y a du vent de côté. Et ce sont aussi les coureurs qui font la course. Dans le Tour de France, il y en a beaucoup qui ont plus ou moins la même idée. C’est ce qui rend la course intéressante. Si un seul coureur attaque, il n’y a rien qui se passe. Mais si cent coureurs ont en tête d’attaquer au même endroit, cela devient passionnant.

Comment lisez-vous le scénario de la course avec un Tadej Pogacar très fort qui la contrôle?

Vous l’avez dit! Le Tour est long. Nous n’avons passé que les deux premières étapes de montagne, il en reste 4 ou 5. Beaucoup d’événements peuvent survenir, il faut donc rester en permanence attentif. Même au plat. Une chute, une bordure, tout est possible. Et l’on verra à la fin à quelle place «Rigo», mon leader, va terminer.

Au moment où vous avez appris votre sélection pour ce Tour, vous avez affirmé que l’épreuve vous faisait rêver depuis l’enfance

Je pense que tous les jeunes cyclistes rêvent du Tour de France. Je ne suis pas différent. Les images de la télévision font que l’on se projette.

Est-ce que la réalité correspond au rêve?

C’est beaucoup plus de stress que je n’imaginais, avec tous les transferts, les médias ou la météo. Ces contraintes et obligations n’apparaissent pas dans les rêves. C’est très différent.

Le Tour, ce n’est donc pas le paradis?

Si, ça va quand même!

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