Chronique - Stefan Küng: «Mon coach et moi»
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ChroniqueStefan Küng: «Mon coach et moi»

Retrouvez la chronique que le cycliste saint-gallois tient dans «Le Matin Dimanche».

par
Stefan Küng
Freshfocus

Aujourd’hui, j’ai envie de parler de mon entraîneur, Julien Pinot. Dans le cyclisme, on parle toujours des directeurs sportifs. C’est vrai que ce sont eux, les «DS», qui déterminent la tactique, la stratégie de course. Ils sont dans la lumière, comme un entraîneur de football ou de hockey sur glace. Ce sont eux qu’on voit dans la voiture, à la télévision, c’est leur voix qu’on entend dans l’oreillette pendant les courses. Mais la relation la plus forte, la plus proche pour un cycliste, c’est avec son entraîneur. Pour ce qui est de la route, mais aussi dans la vie normale.

Les coureurs sont suivis par les entraîneurs de leur équipe, il n’y a plus trop le droit d’avoir des entraîneurs privés. Chez Groupama-FDJ, nous en avons trois, et moi, je travaille avec Julien Pinot, le frère de Thibaut. Dès mon arrivée dans l’équipe, en 2019, j’ai transmis toutes mes valeurs de performance, ils ont analysé mon profil et on s’est fixé des objectifs. Pour cette saison, par exemple, on a d’abord misé sur les classiques.

Avec Julien, on est beaucoup dans le dialogue, car je m’intéresse beaucoup à tous les aspects qui concernent la préparation. Avec l’expérience, tu sens vite les exercices qui te font du bien et ceux qui te réussissent moins. Après, il faut s’adapter à plein de paramètres. Le jour où il y a 20 centimètres de neige devant chez moi, je lui envoie une photo, on annule la sortie de 7 heures et on prévoit autre chose. Tout est question de rythme, de nutrition aussi. L’hiver, on est beaucoup dans le spécifique et on me laisse pas mal de liberté, avec le ski-alpinisme, le fond; et l’été, c’est le VTT. C’est important à mes yeux, parce que pour garder la motivation j’ai besoin de plaisir.

Quand on se voit avec Julien, c’est sur les courses, même s’il n’est par exemple pas sur le Tour de Valence que je cours cette semaine. Le reste du temps, on s’appelle pour échanger. Il connaît beaucoup de moi, y compris au niveau personnel. C’est un aspect important, lorsqu’on parle de performance. Quand je suis dans une phase de doute, il a toujours le sang-froid nécessaire, l’explication logique aux choses que, parfois, tu ne veux pas voir.

Julien est une personne très riche, vu son expérience de vie. Il est devenu entraîneur très jeune, après avoir dû mettre un terme à sa carrière de cycliste en raison d’une hypertrophie cardiaque. Il voit et sent les choses très vite, il sait toujours trouver la solution, la petite amélioration possible, notamment au niveau du matériel, domaine dans lequel il est aussi très impliqué. C’est un gars supercalme et rassurant, qui sait te freiner quand il le faut, gérer le caractère de l’humain qu’il y a dans tout athlète.

Si un jour je devais quitter l’équipe, Julien est quelqu’un avec qui je resterais en contact. Je peux même dire que nous sommes devenus des amis. On a connu beaucoup de hauts et de bas, il sait tout ce que j’ai traversé ces dernières années. Quand j’ai gagné ma médaille de bronze aux Mondiaux d’Imola, l’automne dernier, il était là. C’était magnifique de voir qu’après deux ans de travail acharné, ça payait. Cette médaille, c’était aussi la sienne.

Cette chronique est assurée en alternance par Julien Wanders, Théo Gmür, Alan Roura et Stefan Küng.

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