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FootballStéphane Henchoz, entre Bevaix et Asie

L’ancienne star du Liverpool FC multiplie les voyages en Asie, pour des tournois Masters ou y tenir un rôle de consultant TV. Mais il aime retrouver sa famille et le calme.

par
Renaud Tschoumy
Quand il revient dans sa villa de Bevaix (NE), Stéphane Henchoz retrouve avec bonheur sa femme, Catherine, et son fils, Sonny.

Quand il revient dans sa villa de Bevaix (NE), Stéphane Henchoz retrouve avec bonheur sa femme, Catherine, et son fils, Sonny.

Jean-Guy Python

Stéphane Henchoz le dit lui-même: «Quand tu arrêtes ta carrière à 35 ans, après 18 ans de foot pro, tu ne peux pas ne plus rien faire, comme si tu arrivais à la retraite à 65 ans.» Ancien international suisse (72 sélections), ancien défenseur central intransigeant du mythique Liverpool FC (205 matches entre 1999 et 2005), Henchoz continue donc de vivre à un rythme effréné.

A 38 ans, il multiplie les voyages en Asie du Sud-Est. «Une dizaine par an», note-t-il. La raison? Elle est double. Il y joue au football, dans des tournois qualifiés de Masters, avec les anciennes gloires du LFC et contre d’autres stars de grands clubs. Mais il y tient aussi un rôle de consultant TV pour les matches de Ligue des champions, de Ligue Europa ou de Premier League anglaise. «J’essaie de m’arranger pour coupler les deux, et je reste sur place une semaine en général.»

Le Fribourgeois d’origine, dont la carrière a été lancée à NE Xamax (de 1991 à 1995), n’en apprécie que plus de retrouver le calme de sa superbe villa de Bevaix, qui surplombe le port de la petite commune neuchâteloise. «Il me faut les deux choses pour mon équilibre», explique-t-il. Et son épouse, Catherine, dont il partage la vie depuis vingt ans, ne le retient pas: «Le foot, c’est sa vie, il a besoin de cela. Je me vois mal l’empêcher de partir et le forcer à rester à la maison.» Mais quand il est rentré, Stéphane est le premier à s’occuper de leur fils, Sonny (né à Neuchâtel il y a bientôt 8 ans), qui, bien évidemment, est déjà inscrit au FC local. Et qui – simple hasard? – joue déjà en défense.

La foule à l’entraînement

Le 14 octobre dernier, Stéphane Henchoz a disputé un tournoi Masters à Singapour. Il y a retrouvé d’anciennes stars du LFC, comme Fowler, McManaman, Barnes, Smicer, Berger, Hamann. «Ian Rush vient parfois aussi.» Un événement retransmis en direct par la chaîne de télévision MIO, du groupe Singtel. «D’ici, on ne se rend pas compte de la passion des Asiatiques pour le football britannique, précise-t-il. Pour les clubs, l’intérêt marketing est évident. On touche une région du globe de 600 à 700 millions de personnes.» Qui sont autant d’acheteurs potentiels de maillots, par exemple. Singapour il y a un peu moins d’un mois, donc, mais par le passé, Henchoz s’est aussi produit en Thaïlande, en Indonésie, en Malaisie, au Vietnam, à Brunei, à Macao ou à Hongkong.

Le concept des tournois Masters – pour ne pas les appeler vétérans – est évidemment né en Angleterre. D’anciennes stars se retrouvent sous le maillot de leur club, en indoor, sur un terrain aux dimensions d’une patinoire. «Les gagnants des tournois régionaux se retrouvent en finale à Londres, à l’O2 Arena. La salle est comble (20 000 spectateurs) et cette finale est diffusée en direct sur Sky Sports.» Forcément, le concept a émigré en direction de l’Asie, voici cinq ans. «On joue, mais on est aussi associés à des opérations marketing avec sponsors qui organisent les tournois. C’est incroyable de voir à quel point on est reconnus. Dans la rue, au restaurant, par les chauffeurs de taxi, partout. Lorsqu’on arrive, on se prend pour les Beatles qui débarquent! Les gens s’entassent autour de l’hôtel 24 heures sur 24 pour récolter un autographe, et j’ai en mémoire un entraînement en plein air à Bangkok qui avait été suivi par 50 000 spectateurs.»

Besoin d’occuper sa vie

Lorsqu’il est en Asie, Stéphane Henchoz apprécie également faire du coaching et entourer des équipes du coin. Car l’ancien entraîneur de Bulle – «Une expérience compliquée, mais qui m’a appris les erreurs à ne pas répéter.» – aimerait bien reprendre un club. Il est d’ailleurs en train de passer sa licence UEFA-Pro en Angleterre. «Je devrais avoir terminé à la fin de l’année prochaine. J’ai déjà effectué des stages à Barcelone, à Dortmund et à Liverpool, et j’irai bientôt à Amsterdam, à l’Ajax.»

Stéphane et Catherine Henchoz ont beaucoup voyagé depuis vingt ans, et ils sont prêts à repartir, en fonction de la tournure que prendra la carrière d’Henchoz entraîneur. Mais, parce qu’ils savent que cette dernière est plus qu’aléatoire – «Sa durée de vie est de quinze ou seize mois, et tout le monde n’est pas Ferguson», glisse Stéphane en souriant –, les Henchoz se sont établis à Bevaix. «Nos racines sont ici, en Suisse.» Loin de la vie trépidante qui est parfois la sienne en Asie. «J’avoue que lorsque je rentre, j’ai besoin de quelques jours pour me réadapter. Passer de villes immenses, qui grouillent de monde, à la tranquillité de Bevaix, ce n’est pas évident. Mais j’aime cette différence de rythme. Et, surtout, j’ai besoin d’occuper ma vie, d’avoir des objectifs, de bouger, de retirer certaines satisfactions personnelles.»

Sa vie, c’est encore et toujours le football. «Il est en moi. Je peux regarder six ou sept matches en direct par week-end et si, comme dimanche passé, je rate un choc comme Everton - Liverpool, je suis mal. J’aime le foot et les discussions qu’il engendre, c’est tout.»

Et c’est pour cela qu’il passe sa vie entre Bevaix et le continent asiatique.

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