Football: Stéphane Henchoz: «Le réveil est brutal»
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FootballStéphane Henchoz: «Le réveil est brutal»

L’entraîneur assistant de NE Xamax, en charge d’une défense à la dérive, ne se voile pas la face: les temps sont durs. Mais il espère que la venue de St-Gall, dimanche à la Maladière, permettra à l’équipe de se remettre «sur les bons rails».

par
Simon Meier
Stéphane Henchoz analyse le début de saison difficile de Neuchâtel Xamax.

Stéphane Henchoz analyse le début de saison difficile de Neuchâtel Xamax.

Keystone

Stéphane Henchoz, comment va le moral?

Bien.

On se disait pourtant que l’entraîneur des défenseurs de Neuchâtel Xamax, qui vient d’encaisser treize buts en trois matches…

(Il coupe). Il y a plusieurs explications à cela, à commencer par la différence de niveau. Les erreurs qui passaient sous le tapis en Challenge League, face à Winterthour, Wohlen ou Chiasso, ne pardonnent plus. Désormais, quand on fait une demi-erreur, un mauvais contrôle, une mauvaise relance ou une mauvaise prise de décision, on la paie. On l’a bien vu contre Sion, qui a cinq occasions et nous en plante trois (ndlr: défaite 3-0 le 5 août à Tourbillon). La différence c’est qu’en face, il n’y a plus l’avant-centre de Rapperswil mais Pajtim Kasami, un ancien joueur de Premier League.

Quelles autres raisons y a-t-il à votre situation actuelle?

Les blessés. La blessure d’Igor Djuric (ndlr: défenseur central) est très dommageable pour Xamax, qui n’a pas les moyens de compenser. Il y a aussi notre défenseur espagnol (Maikel Santana), qui s’est cassé le pied et qui ne reviendra pas avant un ou deux mois. Après, tout s’enchaîne. On fait jouer Arbenit Xhemajli qui, vu son jeune âge, était plutôt prévu comme remplaçant. Il y a peu, il jouait avec les M21 du FC Zurich, il commet une petite erreur contre Sion et, derrière, il est moins serein. La même chose avec Mustafa Sejmenovic, sa mauvaise passe et son expulsion contre Thoune. Ce jour-là, on prend une secouée (ndlr: 1-5 à la Maladière) qui fragilise tout le monde. Avec la pression en plus, ce n’est pas facile de se relever. Pour ça, il faut de l’expérience, or nous n’avons qu’un élément (Raphaël Nuzzolo) qui ait vraiment joué en Super League – les autres y ont «jouoté».

Etes-vous tentés, avec l’entraîneur Michel Decastel, d’opter pour une stratégie moins joueuse, plus bétonnée?

On a toujours eu une politique basée sur la jouerie et la possession de balle, mais ce sont des principes beaucoup plus difficiles à suivre en Super League. Parce que si tu perds le ballon contre YB en laissant des espaces derrière, ça peut aller très vite. Il faut garder l’ADN qui est le nôtre depuis deux ans et demi. Mais maintenant, on doit trouver la juste balance entre l’envie de produire du spectacle et l’efficacité. Nous devons être plus attentifs et plus solides.

Les récents transferts du latéral belge Jérémy Huyghebaert et du défenseur letton Marcis Oss sont-ils de nature à compenser ces lacunes?

On espère, ils sont là pour ça. Mais en termes de complémentarité et d’automatismes, comme on l’a vu face à YB (ndlr: défaite 5-2 le week-end passé au Stade de Suisse), cela prend du temps. Au niveau de la communication aussi, il y a des ajustements à trouver – le Letton ne parle pas français, juste un peu d’anglais. Entre Thoune et YB, on a changé les 50% de la défense, il n’y a pas de miracle. C’est impossible de résoudre le problème du jour au lendemain.

Il faut du temps, mais vous n’en avez pas…

C’est ça que les joueurs doivent comprendre. Dans le foot pro, contrairement à ce qu’on peut voir dans une entreprise normale, on ne peut pas faire des planning à six mois et aviser. Parce que trois semaines, c’est déjà une éternité, avec cinq matches et quinze points en jeu. Les joueurs doivent apprendre, et vite. En sont-ils capables? Certains oui, d’autres moyennement et d’autres beaucoup moins.

Au final, une seule question compte: Xamax est-il suffisamment armé pour la Super League?

Dès le départ, en analysant les dix contingents, nous savions que nous serions en difficulté. Sur un match, comme en Coupe, tu peux toujours élever ton niveau de jeu. Mais pas sur un championnat, où il faut répéter le même type de performances tous les six ou sept jours. Voilà la vraie question: sommes-nous capables d’évoluer au maximum toutes les semaines? Cela dit, il ne faut pas paniquer non plus. Quand j’ai vu le calendrier du début de saison, je ne m’attendais pas à ce que nous ayons beaucoup plus de points après cinq matches. Le carnet de route n’est pas si mauvais. C’est l’ampleur des trois dernières raclées qui fait mal. Maintenant, on ne peut pas se permettre de dire: «On verra à Noël.» Il faut faire des points.

Le match de dimanche contre Saint-Gall ressemble déjà à un petit tournant, non?

C’est naturellement un match très important, où nous devons capitaliser, surtout avant une période de trois semaines sans championnat.

On a le sentiment que l’enjeu est au moins autant psychologique que mathématique…

Oui, c’est vrai. Après trois lourdes défaites et une performance décevante en Coupe à Yverdon, le doute s’est installé, la confiance en a pris un coup. Nous avons là l’opportunité de nous remettre sur les rails et c’est capital. Maintenant, en tout cas, tout le monde a conscience que cela sera dur.

Cela n’était-il pas le cas?

Quand tu as l’habitude de tout gagner ou presque pendant deux ans, tu as beau savoir qu’il y a un cap à franchir, ce n’est pas évident de se mettre en condition. Nous sommes au stade de la prise de conscience. C’est la première étape pour avoir une chance de s’en sortir. Nous devons absolument faire plus, aux niveaux collectif et individuel.

Xamax s’est-il vu trop beau après sa victoire initiale à Lucerne et le bon nul contre Bâle?

C’est possible. Il y a déjà eu les matches amicaux, durant lesquels nous avions battu Thoune et le Sporting, mis 5 à 1 à Lausanne… En un sens, c’était bon pour la confiance, surtout avec les matches de Lucerne et Bâle. Mais de l’autre côté, inconsciemment, on a peut-être cru que nous allions continuer comme ça, qu’il n’y avait pas besoin de faire plus, de se prendre la tête. A Sion déjà, on fait notre match mais sans avoir l’œil du tigre. Et puis on prend cette pétée contre Thoune, le coup de bambou. On était sur notre nuage et boum, le réveil est brutal.

Le seul avantage, c’est qu’il intervient tôt dans la saison…

En effet. J’ai toujours préféré prendre un but à la 3e minute qu’à la 89e. Parce que ça te laisse plus de chances d’égaliser, voire de gagner le match. C’est comme ça que je vois la situation pour cette saison. Nous venons de vivre un début de match très compliqué, mais nous avons le temps de revenir.

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