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EvénementStephen King : «Je suis un écrivain des émotions»

Le maître de l’horreur était hier à Paris pour parler de son œuvre, en particulier de «Docteur Sleep», la suite de «Shining». Il avoue qu’il n’est jamais arrivé à oublier le petit Danny Torrance. Morceaux choisis.

par
Sandra Imsand
AFP

La tension monte, les flashes crépitent. Ce n’est pas tous les jours que Stephen King se prête au jeu de la conférence de presse. C’est même la première fois que le maître de l’horreur vient en France pour parler de ses écrits. L’attente aura été longue: l’Américain affiche 66 ans et bientôt 40 ans de carrière. Sans compter plus de 50 romans. L’excitation est donc à la hauteur de l’événement. Et la petite centaine de journalistes venus du monde entier pour l’occasion trépignent de poser leur question à l’auteur aux 333 millions de livres vendus.

Très décontracté, Stephen King commence par mettre les choses au clair: non, il ne sait pas d’où lui viennent ses idées. Et quand l’Américain qui a effrayé des générations de lecteurs doit parler de ses peurs à lui, il évoque le handicap, la sénilité: «Me voir décliner, ça m’effraie plus que tout.»

Mais si Stephen King a fait le déplacement jusqu’en France, ce n’est pas uniquement pour aller se recueillir sur la tombe de Jim Morrison – ce qu’il a promis de faire– mais aussi pour évoquer ses derniers ouvrages. En particulier «Docteur Sleep», la suite de «Shining». Etait-il nerveux à l’idée de faire revivre le petit Danny Torrance? «J’étais plutôt curieux de savoir ce qu’il était devenu, comment il avait grandi. Et croyez-moi, cela ne m’arrive pas souvent. D’habitude quand je finis un livre, j’en ai terminé avec ses personnages. Pas parce qu’ils m’ennuient, mais parce que je ne sais pas ce qu’ils sont advenus. Danny Torrance était particulier, il a eu une enfance difficile et n’a jamais vraiment quitté mon esprit.»

L’auteur avoue cependant avoir ressenti une certaine tension à l’idée d’écrire une suite à un de ses ouvrages les plus populaires. Il appréhendait en particulier la réaction de ses lecteurs fidèles. «Beaucoup de gens me disent qu’il s’agit du livre le plus effrayant qu’ils aient jamais lu. Forcément, à l’époque, ils avaient 14 ans, étaient en camp d’été et lisaient le bouquin avec une lampe de poche sous les couvertures pendant la nuit. Ils étaient faciles à terroriser! Maintenant ce sont des adultes. J’ai peur qu’un lecteur me dise en baillant que ce livre-ci ne faisait pas si peur que cela après tout.»

Très influencé par la télévision et le cinéma il explique que dans ses écrits, il montre les choses plutôt qu’il ne les raconte. «C’est le rôle de la fiction: vous apporter une expérience visuelle. Et si vous avez une expérience visuelle, vous avez une expérience émotionnelle. Je suis un écrivain des émotions. Je veux d’abord vous toucher. Je veux vous donner la chair de poule, faire accélérer votre pouls.»

Et lui, lequel des pouvoirs psychiques surnaturels qu’il décrit aimerait-il posséder? «Aucun! C’est bien trop de pouvoir pour un homme. Mais après réflexion, je pense que j’aimerais avoir le pouvoir de retrouver des choses. J’ai cette fâcheuse tendance à égarer mes clés. Et aussi à ne pas trouver les choses qui sont sous mon nez. En particulier dans le frigo». Et, l’auteur confie, juste avant de partir, qu’il sortira un nouvel ouvrage en 2014: «Mr. Mercedes». «Il s’agit d’un homme qui projette une attaque un peu comme ce qui s’est passé au marathon de Boston. Et, étonnamment je l’ai fini pile au moment où ces attentats ont eu lieu.» Quand la fiction rejoint la réalité.

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