Hockey sur glace - Steven Barras: «Ajoie a su cultiver la culture de la gagne»
Publié

Hockey sur glaceSteven Barras: «Ajoie a su cultiver la culture de la gagne»

Attaquant du HC Ajoie durant 16 ans, Steven Barras a quitté la LNB sur un titre en 2016. Aujourd’hui, le légendaire No 10 croit dur comme fer à un nouveau sacre des hommes de Gary Sheehan, qui disputent ce lundi l’acte V de la finale des play-off à Kloten (2-2 dans la série).

par
Julien Boegli
Steven Barras soulève la Coupe. C’était il y a cinq ans.

Steven Barras soulève la Coupe. C’était il y a cinq ans.

Urs Lindt/freshfocus

Les hommes passent, la légende demeure. Et en Ajoie, Steven Barras (38 ans) reste une légende, cinq ans après avoir quitté la scène de la LNB sur un titre de champion. En 2016, l’annonce de sa retraite sportive au terme de l’exercice avait été un composant essentiel du succès jaune et noir. L’équipe s’était unie comme un seul homme autour de son départ. Une fabuleuse épopée était en marche.

Sévèrement blessé au visage à la suite d’une charge de Christopher Bagnoud lors de l’acte IV des demi-finales face à Olten, Barras était revenu au jeu en finale, malgré un nez en compote. Il terminait meilleur buteur des séries finales et se faisait même l’auteur d’un triplé lors de la sixième manche remportée contre Rapperswil (4-2), celle du triomphe.

Sous les ordres de Gary Sheehan, aligné aux côtés de Philip-Michaël Devos et Jonathan Hazen, qui vivaient leur premier exercice en Suisse, il incarnait la vaillance ajoulote, résiliant devant l’adversité. Aujourd’hui spectateur de l’aventure jurassienne, dont il ne manque pas une miette, Steven Barras dévoile la recette de la réussite du HCA.

Steven Barras, Ajoie et Kloten se retrouvent dos à dos avant l’acte V de lundi. Logique, au vu de ce que les deux finalistes ont présenté jusqu’alors?

Complètement. Les deux équipes sont souveraines à la maison. Il y a une sacrée différence de niveau lors de chaque rencontre. A l’extérieur, Ajoie a livré deux matches moyens et s’est montré peu dangereux. Pareil pour Kloten à Porrentruy.

Le revers 4-0 enregistré samedi par les Aviateurs à Porrentruy, où ils n’ont soit dit en passant toujours pas marqué en deux matches, les place dans une situation pour le moins inconfortable.

Plus la série avance et plus la pression grandit. Là, elle est énorme sur les épaules de Kloten. S’il se plante et qu’il doit se présenter mercredi à Porrentruy mené 3-2 dans la série, ça sera extrêmement compliqué. Lundi soir, les Zurichois n’oseront pas manquer leur début de match. On a vu jusqu’à présent toute l’importance du premier but.

«Kloten est comparable au HC Bienne et au Lausanne HC du temps où je jouais.»

Steven Barras

Kloten vous paraît-il aussi fort que certains veulent bien le penser?

Il possède le profil type d’une équipe qui veut remonter et qui s’en donne les moyens. Kloten est comparable au HC Bienne et au Lausanne HC du temps où je jouais. C’est quatre lignes très équilibrées, un effectif fort physiquement. Quand il est dans un bon soir et mène au score, cela devient quasi mission impossible pour l’adversaire.

L’équipe de Per Hanberg n’apparaît toutefois pas sereine dans cette série.

A en juger son alignement, elle devrait être deux fois plus forte que son adversaire. Or, elle ne l’est pas. Peut-être simplement parce qu’elle n’est plus habituée à jouer la «gagne». Depuis plusieurs saisons, elle luttait avant tout pour ne pas couler. C’est tout l’inverse du HCA qui surfe sur une vague positive. Depuis un certain temps, il connaît du succès alors qu’en face, ils cherchent avant tout à éviter les échecs.

Avantage à qui, selon vous, avant cette cinquième confrontation?

A l’équipe qui marquera la première, assurément! Je sens les Jurassiens capables d’aller chercher la victoire, plus que lors d’un éventuel acte VII. Durant ma carrière, j’ai eu l’occasion de disputer quelques «matches 7» à l’extérieur, à La Chaux-de-Fonds et à Bienne notamment. Jamais on ne s’est imposé. Mais depuis cinq ans, l’équipe a pris l’habitude de répondre présent lors des rendez-vous importants. Et elle pourra jouer de manière plus libérée que Kloten.

Justement, que ce soit en 2016 face à Rapperswil ou l’an dernier en finale de Coupe de Suisse contre Davos, Ajoie ne partait pas favori. Et pourtant, il s’est imposé. Quel est donc cet ingrédient magique qui lui permet de déjouer les pronostics et renverser des montagnes?

Ces victoires sont le fruit du travail accompli depuis plusieurs années. Le club s’est construit et a grandi dans le respect de ce que ses finances lui permettent. Cela prend du temps. L’équipe apparaît désormais plus équilibrée. Gary (Sheehan) a su amener cet équilibre et de la profondeur en plaçant les bons joueurs au bon endroit. Il a maintenu cette construction et cela explique le succès d’aujourd’hui. A mes débuts, une saison était considérée comme réussie si l’on passait un tour de play-off. Dorénavant, on ne s’en satisfait pas.

En 2016, une fabuleuse histoire s’était créée autour de votre retraite sportive et cela avait «boosté» l’équipe. Est-ce que les rumeurs concernant un éventuel départ de Devos et Hazen à Kloten peuvent également servir à unir le groupe?

C’est tout à fait possible dans un vestiaire sain. Toute attaque contre une équipe à ce moment de la saison peut agir comme un facteur de motivation supplémentaire. Mais peut-être que ces rumeurs sont simplement passées au-dessus de la tête des joueurs. A en juger leurs prestations dans cette finale, je ne crois pas que l’un ou l’autre élément ne se sente pas concerné par le maillot qu’il porte. Sur la glace, je vois 20 gars qui donnent tout.

«J’adorerais revoir le HCA au sommet du hockey suisse.»

Steven Barras

Dans l’hypothèse où le HCA accédait à la National League, cela constituerait-il un risque ou un juste aboutissement pour le club, selon vous?

Cela dépend des décisions que l’on prend. Si le comité valide un budget de 7 millions et qu’il l’assume, alors il n’y a pas d’obstacle majeur à mes yeux. Et puis j’adorerais revoir le HCA au sommet du hockey suisse. Après, il y a une part de risque à ne pas négliger. Imaginons que deux gros sponsors se retirent ou que le nombre de spectateurs ne soient pas à la hauteur des attentes. Au final, le plus important demeure la pérennité du club. Le comité, en place depuis vingt ans, en est conscient et ne prendrait pas décision sans y avoir longuement réfléchi.

Cinq mois après sa mise en service, la Raiffeisen Arena n’est toujours parée de votre maillot No 10. Un simple oubli, rassurez-nous!

Je ne suis pas impliqué dans ce genre de décisions. Et je ne suis pas pressé qu’il soit suspendu. Si cela doit se faire, je préfère honnêtement pouvoir partager ce moment avec les supporters et mes proches. Il me semble pourtant que depuis mon départ il ne soit plus possible de porter le numéro 10 à Ajoie (il se marre).

Votre opinion