«Stress», «cauchemars»: un pyromane face aux victimes encore traumatisées à Fribourg
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Justice fribourgeoiseUn pyromane face aux victimes et aux juges

Le procès d’un homme accusé d’être l’auteur d’une série d’incendies dans la Broye en été 2017, s’est ouvert ce mardi matin avec l’audition des parties civiles encore traumatisées.

par
Frédéric Nejad Toulami
Une douzaine d’incendies criminels de juillet à août 2017 avaient créé une psychose dans la Broye valdo-fribourgeoise.

Une douzaine d’incendies criminels de juillet à août 2017 avaient créé une psychose dans la Broye valdo-fribourgeoise.

police fribourg

«On n’est jamais préparé à de tels événements.» Le directeur de l’Institut équestre national d’Avenches (VD) fait partie de la vingtaine de personnes présentes à l’ouverture du procès, parmi les 34 parties civiles (dont les assureurs). Il a témoigné ce mardi matin à la demande du président de la Cour pénale de l’arrondissement de la Broye.

La salle d’audience, à Granges-Paccot (FR) est comble, avec une douzaine de journalistes présents, et une partie des plaignants. Arrivé menotté et escorté de policiers du centre de détention fribourgeois où il est détenu, le jeune prévenu, cheveux courts châtains, est vêtu d’un polo rouge et d’un blue-jean. Âgé de 25 ans, il est notamment accusé de 12 incendies intentionnels, dont certains avec mise en danger de la vie d’autrui ou de l’intégrité physique, de mauvais traitements infligés à des animaux ayant conduit à leur mort, ainsi que de diffamation.

Des traumatismes 4 ans après

Après avoir entendu la réquisition de la défense, qui demande une expertise psychiatrique complémentaire, le président du tribunal a débuté l’audition des parties civiles. Tous les témoignages ce matin ont dévoilé que les victimes conservent des traumatismes 4 ans après les faits que l’accusé conteste, hormis le dernier incendie.

«Ma fille m’a appelé avec des cris d’horreur à 1h du matin pour m’avertir, ce 15 juillet 2017, que la vieille ferme rénovée dans laquelle elle habitait avec sa famille brûlait. Je suis encore ému rien que d’en reparler aujourd’hui, a décrit le directeur de l’Institut équestre national d’Avenches. J’ai alors vu au loin cette nuit-là des lueurs dans le ciel noir.» À son arrivée sur place, tout partait en flammes. «Il n’y avait plus rien à faire, même les pompiers pourtant intervenus rapidement ne se sont pas approchés du brasier. C’était impossible de sauver les chevaux, malgré la tentative de mon beau-fils», poursuit-il. Interrogé sur les conséquences, l’homme explique que ce drame a marqué à vie les gens qui travaillaient au centre équestre, reconstruit depuis: «Le personnel conserve la peur qu’un incendie se reproduise malgré la pose de caméras désormais.» Quant aux rénovations et améliorations, elles ont coûté 3 millions de francs.
Assis à quelques mètres, le prévenu regarde et écoute ce témoin.

L’émotion soudaine empêche de témoigner

Autre récit, celui d’un couple «longtemps traumatisé» par l’incendie en pleine nuit qui a détruit leur habitation et des choses sentimentales. «Il fallait continuer à vivre ici avec une crainte, et quand j’entendais des sirènes ça me stressait», décrit l’épouse. Un autre homme aux cheveux blancs raconte ce «sentiment infernal de craindre que les chevaux meurent, dans un manège». Lui a perdu un cheval de course dans le sinistre du 15 juillet 2017. Il a renoncé à déposer des prétentions civiles pour la perte de cet animal.
Au moment de témoigner face à la Cour, une femme, trop émue, laisse son mari prendre la parole: «Lors du premier incendie, il y avait tellement de fumée que nous n’avons pas pu nous échapper par le couloir. Heureusement que nous habitions au rez-de-chaussée. Nos enfants ont aussi été marqués par ces événements, avec de nombreux cauchemars.» Une famille au 2e étage avait dû être évacuée avec l’échelle des pompiers.
Une jeune femme, victime du sinistre et du stress en pleine nuit, le 9 juillet 2017, à Domdidier (FR) a décrit, elle aussi, les conséquences psychologiques qu’elle subit aujourd’hui encore, vis-à-vis du feu et du bruit des sirènes.

Des voisins qui filmaient au lieu d’appeler les pompiers


Quant à ce couple, il explique que 4 ans après les faits, leur enfant se réveille et crie chaque nuit à 4h du matin, soit l’heure du sinistre en 2017 qui les a brusquement réveillés. «Nous avons alors dû fuir dans l’obscurité au milieu d’une épaisse fumée, avec notre bébé de 4 mois recouvert d’une serviette mouillée et de notre chien et nos chats. Au lieu d’avoir appelé les pompiers, des voisins à l’extérieur se contentaient de nous filmer avec leur téléphone», précise cette mère de famille. Tous ont dû aller vivre ailleurs durant plusieurs jours. Un autre couple explique qu’ils ont perdu tout leur patrimoine qui leur permettait de vivre, ainsi que leur bétail. L’accusé écoute, le regard rivé au sol.

Le procès reprend cet après-midi avec l’audition de l’accusé.

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