Genève: Suppression de points de vente TPG: «une discrimination économique!»
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GenèveSuppression de points de vente TPG: «une discrimination économique!»

Les Transports publics genevois (TPG) suppriment 14 points de vente de billets à Genève. Une décision aux graves conséquences pour les buralistes.

par
Valérie Duby
Comme treize autres points de vente, le magasin de tabac de la rue Hofmann, à Genève, a été biffé des revendeurs de tickets de bus par les TPG. Un avocat a été mandaté.

Comme treize autres points de vente, le magasin de tabac de la rue Hofmann, à Genève, a été biffé des revendeurs de tickets de bus par les TPG. Un avocat a été mandaté.

Christian BONZON

Il y a eu une première alerte l’an dernier. Mais les choses semblaient être logiquement rentrées dans l’ordre après une pétition déposée au Grand Conseil genevois, un examen de la situation devant le Parlement et l’annonce du Conseil d’État fin 2016 indiquant que les TPG – régie publique, comme tout le monde le sait – étaient «convaincus du rôle-clé joué par les revendeurs indépendants dans l’acquisition de titres de transport publics». L’Indian Shop est à l’origine de la pétition qui a recueilli 600 signatures en cinq jours. Le magasin de tabac épicerie de la rue Hofmann, existant depuis cinquante ans, a reçu la semaine dernière une lettre des TPG lui indiquant qu’il devait rendre, fin janvier, tout le matériel qui lui permettait de vendre des abonnements de bus. En clair, son contrat est résilié.

Sheeman, le vendeur, engagé pendant le traitement oncologique de la propriétaire du magasin, ne comprend pas: «C’est de la discrimination économique! Nous faisons en moyenne plus de 10 000 francs par mois pour les TPG, une somme sur laquelle nous touchons 3%. Nous ne sommes pas dans les plus mauvais points de vente. Et pourtant, on veut nous retirer ça. Il ne faut pas rêver. Les gens qui achètent des titres de transport achètent d’autres choses chez nous, des journaux, des produits d’épicerie, etc. Cela va nous faire un manque à gagner de 50%.» De là à mettre la clé sous le paillasson, il n’y a malheureusement qu’un pas. Mais c’est aussi l’aspect convivial dans un quartier, où vivent beaucoup de personnes âgées, qui est en jeu. L’Indian Shop est devenu un véritable lieu de vie, ouvert 7 jours sur 7, tard le soir y compris les jours fériés.

Client des lieux, le député MCG, Jean-Marie Voumard, s’interroge sur la stratégie des TPG, «ce d’autant que ce bureau de tabac leur rapporte tout de même 150 000 francs par an.» Et de regretter: «Une fois de plus, on s’en prend au petit commerce de proximité!»

Mesure suspensive?

L’Indian Shop fait partie des quatorze points de vente (sur 75, dont 43 kiosques indépendants) qui ont vu leur contrat résilié ce mois par les TPG. La faute à l’évolution technologique (comme l’arrivée du SwissPass) mais aussi à la réalité économique. «Les prix des billets sont les mêmes qu’en 1974», constate Michael Chopard, adjoint à la direction client de la régie publique. La baisse de subventions aux TPG, la diminution du prix des tickets décidée en votation joue un rôle – même minime – dans la suppression des points de vente à partir du moment où il faut faire des économies. «Les commerces visés ont été choisis sur la base d’une analyse quantitative et qualitative», assure Michael Chopard à qui l’ordre a été donné fin novembre dernier par sa direction d’envoyer les lettres de résiliation. «On ne peut que le regretter humainement, mais il y a une réalité économique», ajoute l’adjoint de direction.

L’Indian Shop a consulté un avocat. Il entend au moins bénéficier d’une mesure suspensive. En effet, le sujet reste d’actualité sur le plan politique à partir du moment où la pétition déposée l’an dernier, soumise au Grand Conseil puis faisant l’objet d’un rapport du Conseil d’État, n’a pas terminé son parcours légal. En effet, le rapport du Conseil d’État n’a pas été accepté par le Grand Conseil. Le gouvernement a six mois pour revoir sa copie.

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