Bourse suisse: Sur 30 firmes, 28 ont publié un bénéfice ajusté
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Bourse suisseSur 30 firmes, 28 ont publié un bénéfice ajusté

Les actionnaires se perdent dans la jungle des données corrigées des entreprises suisses cotées au SLI.

La Bourse suisse à Zurich.

La Bourse suisse à Zurich.

Keystone

Bénéfice ajusté, bénéfice normalisé ou bénéfice sous-jacent: les actionnaires se trouvent confrontés à une jungle de données corrigées pour analyser la performance d'une entreprise. Sur les 30 entreprises suisses cotées au SLI, 28 ont déjà utilisé de telles notions.

Dans les quatre dernières années, 28 firmes sur les 30 cotées au marché élargi de la Bourse suisse (SLI) ont publié un indicateur de performance ajusté, explique une enquête de la Banque cantonale de Zurich (BCZ), rapportée par la NZZ am Sonntag et dont l'ats s'est procurée une copie. Les chiffres corrigés remplacent les standards comptables et peuvent montrer des bénéfices plus élevés.

Exception pour Sika et Swatch

Selon l'étude, 19 entreprises ont présenté des chiffres ajustés pendant les quatre ans. Seuls l'entreprise de spécialités chimiques zougoise Sika et le groupe horloger biennois Swatch ont renoncé à publier des indicateurs propres, qui ne sont pas soumis aux standards des règles comptables.

L'utilisation de chiffres corrigés n'est pas forcément mauvaise car elle peut donner des informations complémentaires sur la rentabilité passée et future d'une entreprise, écrit la BCZ. Un exemple positif est celui du fabricant de techniques sanitaires st-gallois Geberit qui a calculé de façon transparente les coûts liés à l'acquisition de Sanitec.

Mise en garde

Les analystes mettent toutefois en garde les investisseurs. Des chiffres corrigés peuvent inciter des groupes à masquer des difficultés ou à embellir un bénéfice. L'étude montre notamment que les petits actionnaires ont tendance à faire des erreurs d'interprétation des indicateurs ajustés.

L'exemple extrême est le boulanger industriel Aryzta. Pour l'exercice 2015/2016, le groupe a publié un bénéfice net ajusté de 312 millions de francs, contre un bénéfice net comptabilisé de seulement 67 millions. Les investisseurs ont pris une douche froide, quand peu de mois plus tard, un avertissement sur bénéfice a fait perdre en une journée la valeur de l'action d'un tiers.

En général, les bénéfices nets ajustés des entreprises cotées au SLI ont été en 2016 environ un tiers au-dessus du bénéfice net calculé selon les standards comptables usuels. En 2013, cette différence n'atteignait que 23%.

Pour calculer leur bénéfice ajusté, les entreprises sortent par exemple les coûts en lien avec une restructuration ou une acquisition. A l'inverse, les produits réalisés via la vente d'une filiale sont également exclus.

Nouvelle ligne directrice

La prolifération d'indicateurs alternatifs a incité la Bourse suisse à réagir. Celle-ci est en train de réaliser une ligne directrice sur l'utilisation de telles données, sur laquelle les firmes cotées ont pu donner leur avis jusqu'en juillet.

La nouvelle réglementation exige une définition claire et compréhensible des indicateurs alternatifs. En outre, un rapport avec des données comparables selon les règles comptables standards doit être produit.

La Bourse suisse (SIX) va toutefois un peu moins loin que l'Autorité européenne de surveillance des agences de notation (ESMA) ou que la Commission des opérations en Bourse américaine SEC. Celles-ci exigent déjà actuellement une justification pour l'utilisation de données alternatives.

Une interdiction de telles données est peu vraisemblable et également pas judicieuse, ajoute la BCZ.

(ats)

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