Jeu: Sur la piste de la mythique chouette d'or
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JeuSur la piste de la mythique chouette d'or

En près d'un quart de siècle, plus de 200'000 chercheurs se sont creusé la tête pour mettre la main sur le trésor. L'un des pionniers emmène «Le Matin» sur sa trace.

par
Fabien Feissli
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Au fil des énigmes, les chercheurs relient différentes villesde France, dans l'espoir de trouver la réplique en bronze.

Au fil des énigmes, les chercheurs relient différentes villesde France, dans l'espoir de trouver la réplique en bronze.

Sébastien Anex
Un chasseur de trésor au travail.

Un chasseur de trésor au travail.

Sébastien Anex
Un chasseur de trésor au travail.

Un chasseur de trésor au travail.

Sébastien Anex

Depuis un quart de siècle, elle attend de prendre son envol. Devenue mythique, la chouette d'or a causé de très nombreuses nuits blanches en France comme en Suisse. Au fil du temps, plus de 200'000 personnes se sont lancées dans une quête folle pour lui rendre sa liberté.

La légende du précieux rapace prend sa source dans la nuit du 23 au 24 avril 1993, à 3 h 30 du matin. Max Valentin, initiateur de ce qui est désormais la plus longue chasse au trésor contemporaine du monde, enterre, quelque part dans l'Hexagone, une réplique en bronze du plus convoité des volatiles, estimée à l'époque à plus de 180 000 francs. Il faut dire que la sculpture, façonnée par l'artiste et coauteur du jeu Michel Becker, a de quoi faire tourner les têtes. Un rapace en or et argent de 50 centimètres d'envergure et aux yeux sertis de diamants.

Pour mettre la main sur l'oiseau, il faut résoudre onze énigmes, parues dans le livre «Sur la trace de la chouette d'or», publié en mai 1993. «Où tu voudras, par la rosse et le cocher. Mais où tu dois, par la boussole et le pied» énonce, par exemple, celle que les passionnés appellent la 780. À côté du texte est reproduit un tableau de Michel Becker, où une boussole inversée se superpose à une calèche conduite par un mystérieux cocher. Sortez papier, stylos, cartes de France et dictionnaire des synonymes, la chasse peut commencer.

«Cela peut changer notre vie»

Pour certains, elle mène à Dabo, un petit village de Moselle (F) à une heure de route de Strasbourg, qui a la particularité d'avoir vu naître le pape Léon IX. «En 1993, avec l'enthousiasme des débuts, on était chaque fois persuadé qu'on allait trouver la chouette. On imaginait que le jeu finirait le week-end suivant. Je prenais congé le vendredi pour arriver avant les autres sur le terrain», raconte Mickey, chercheur de la toute première heure, devenu célèbre parmi ses pairs pour avoir participé à un article de Libération sur la chasse au trésor. Attablé au café du coin, il se souvient des journées et des nuits passées, avec un ami ou en famille, à fouiller le sol de Dabo. Et ce n'était pas le trajet de dix heures aller-retour depuis la région parisienne qui les effrayait. «On était des passionnés, on ne voyait pas le temps passer. La valeur de la chouette faisait rêver, on pensait pouvoir arrêter de travailler et prendre notre retraite. Cela pouvait changer notre vie.»

«D'habitude je viens creuser la nuit»

À tel point que même les habitants de la région s'y sont mis. «Quand j'ai vu que tout le monde venait chercher la chouette ici, j'ai aussi acheté le livre et je me suis mise à fureter dans les bois des environs. Mais ça n'a pas duré longtemps», rigole la patronne du café du village. De son côté, et malgré de nombreux échecs, Mickey (64 ans) n'a jamais cessé de chercher. «Depuis vingt-cinq ans, j'ai toujours cela dans un coin de ma tête. Je reste persuadé qu'elle est dans la région de Dabo, mais, avec l'âge, j'ai essayé de prendre un peu de recul et de me concentrer sur le travail de recherche», précise le retraité.

Sur le terrain, la relève est pourtant assurée. William (39 ans) fait partie de la nouvelle génération de chercheurs. Ce père de famille a découvert l'existence de la chouette d'or à l'adolescence au travers de la série d'été que Le Figaro avait consacrée au sujet. «Mais je ne m'y suis vraiment plongé qu'en 2010 quand j'ai lu dans un magazine de ma femme que la chasse n'était toujours pas terminée», explique-t-il. Depuis, William a élaboré sa propre solution et pense savoir où se niche l'oiseau. Au pied d'un banc existant dans les années 1990 mais aujourd'hui disparu, sur le parvis de la chapelle Saint-Léon érigée au sommet du rocher de Dabo. Bien qu'un peu inquiet de se faire surprendre, il accepte de nous y conduire en compagnie de Mickey. «D'habitude, je viens ici la nuit pour être plus libre et éviter les curieux. Ils font des rondes jusqu'à 1 heure du matin», raconte celui qui a publié un livre sur ce lieu: «La chouette histoire du rocher de Dabo».

«Toujours le même frisson»

Arrivé au pied de l'édifice, son matériel camouflé dans un sac plastique, le chouetteur ne se laisse pas ralentir par les escaliers menant au promontoire surplombant Dabo et les forêts environnantes.

«Là-haut, c'est ma deuxième maison, j'y ai passé des nuits et des nuits. J'ai fait une microsieste là, j'ai creusé ici et j'ai retourné toute cette zone. Mais je remets toujours tout en place derrière moi», indique-t-il en pointant différents endroits autour de lui. Dès qu'il pose le pied sur le parvis de la chapelle, son attitude change. On peut presque observer à l'œil nu son rythme cardiaque accélérer.

«Avant de venir ici, j'ai fouillé d'autres endroits en France, à chaque fois, j'ai toujours le même petit frisson.» Il déploie une carte de l'Hexagone recouverte de traits tracés au fil des énigmes. Très vite, l'échange entre les deux chasseurs s'intensifie, et chacun argumente pour défendre sa thèse. «Spirale», «sentinelles», «navire noir perché», ils semblent utiliser un code réservé aux initiés. Mickey écoute poliment mais ne semble pas convaincu de prime abord. William sort alors son mètre dérouleur de son sac plastique et calcule 29,60 mètres à partir de la quatrième marche de l'escalier. Des repères qu'il tire des différentes énigmes du livre. Il n'a pas encore fini de mesurer qu'il dégaine déjà une tige en métal pour sonder le sol.

À l'emplacement désigné, le chercheur la plante dans le sol. Un bruit sourd retentit. «C'est le pied du banc, il est juste là», triomphe William. Mickey hoche la tête et semble réviser son jugement, épaté que le calcul se révèle exact. Un revirement qui fait particulièrement plaisir à son cadet.

«Gamin, j'étais fan de Mickey, je le voyais fouiller, je voulais faire comme lui. Là, je suis vraiment impressionné d'être ici avec lui et de pouvoir partager ma théorie», sourit William tout en sortant une minipelle de son sac plastique. Il commence à creuser mais ne va pas bien loin. «J'ai déjà essayé. Elle n'est pas à 80 centimètres de profondeur comme prévu par le jeu mais à beaucoup plus», pointe-t-il. Pour justifier cette hypothèse, il dégaine une série de photographies de la chapelle datant de l'époque où Max Valentin a enterré la chouette. On y aperçoit effectivement le fameux banc. Images à l'appui, William explique que le parvis a été refait et que, à cause des remblais, le niveau du sol s'est élevé. «Ce serait un sacré effort de creuser un tel trou. J'aimerais plutôt pouvoir revenir avec un scanner de sol.»

«Je ne peux pas mourir avant de la trouver»

Car, en plus de résoudre les énigmes, les chercheurs doivent aussi faire face aux transformations du terrain. Max Valentin (lire ci-dessous), le seul à connaître la solution, étant décédé en 2009, personne ne peut garantir que la cachette finale n'a pas été modifiée. Avec le temps, impossible de ne pas chercher d'explications alternatives au fait que le trésor reste introuvable. Différentes théories plus ou moins crédibles sont apparues sur les forums consacrés au sujet.

William a la sienne: «J'essaie de me mettre à la place de Max. Est-ce que, en apprenant qu'il allait y avoir des travaux sur le parvis de la chapelle, il n'a pas pu retirer la chouette par peur que les ouvriers ne la découvrent, et ne pas avoir eu le temps de la remettre en place à cause de sa maladie?»

Une hypothèse impossible à confirmer, comme toutes les autres. Pour Mickey, si la chouette n'a toujours pas livré ses secrets, c'est parce que les chercheurs se sont précipités sur le terrain avant d'avoir entièrement résolu les énigmes. «On pensait que c'était facile, qu'il suffisait d'y aller et qu'on comprendrait sur place.» Mais, un quart de siècle plus tard, il ne regrette rien. «La chasse a été une véritable école de vie, cela m'a permis d'apprendre beaucoup de choses, et cela fait partie de mon personnage. Ma nièce me surnomme Tonton Chouette.» Un oncle qui n'a pas dit son dernier mot. «Je me dis que je ne peux pas mourir avant de l'avoir trouvée, donc je vais continuer à chercher…»

Avec toujours l'espoir d'être le premier à libérer la chouette d'or. Et les milliers de passionnés qui s'entêtent à la chercher.

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