Philipp Hildebrand: «Sur le plan international, la Suisse a perdu de son aura»

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Philipp Hildebrand«Sur le plan international, la Suisse a perdu de son aura»

L’ancien président de la BNS appelle les autorités helvétiques à changer de stratégie sur la scène internationale. Pour conserver une place influente dans les années à venir, le pays doit prendre notamment exemple sur Singapour.

AFP/archives 2020

La Suisse n’a plus une place de choix sur la scène internationale. Tel est le constat de Philipp Hildebrand, interviewé par la «NZZ am Sonntag». Selon l’ex président de la BNS, nous ne disposons pas (ou plus) «d’instruments nécessaires pour rayonner dans un monde plus complexe.»

En clair, la position du pays s’est quelque peu détériorée, à cause, notamment à la formation de blocs et le développement extraordinaire de l’Asie au cours des 20 dernières années: «La Suisse a perdu de son aura. L’époque où nous pouvions compter sur nos bons offices pour susciter la bonne volonté est révolue. Ces bons services sont également offerts par d'autres pays; ils ne constituent plus un argument de vente unique.»

Cibler le problème

Pour palier à ce problème, Philipp Hildebrand appelle les autorités helvétiques à se demander comment elles pourront encore protéger leurs intérêts en 2040: «Ceci est d'une importance stratégique. Les pays de l'UE ont un grand avantage à cet égard, car ils agissent au niveau international en tant que communauté. Mais nous, nous ne ferons pas partie de l'UE dans cette génération.»

Selon le vice-président de la société américaine de gestion de placements BlackRock, il est aussi question «d’ admettre que nous avons un problème» et ensuite élaborer un plan basé sur ce qui nous rend spéciaux: «Nous sommes très riches. Nous enregistrons chaque année d'énormes excédents de comptes courants, notre banque nationale dispose d'énormes réserves de change.»

Singapour, ce modèle

Et pour convertir cette richesse en influence politique, la Suisse devrait avant tout s’engager dans la diplomatie financière et ainsi prendre exemple sur un cas bien précis: «Singapour est un exemple de la façon dont un petit pays peut exercer une influence énorme grâce à sa puissance financière», explique-t-il.

«Cette petite île a compris que pour conserver son indépendance, il lui faudrait générer des richesses et les utiliser ensuite de manière stratégique avec des investissements étrangers pour affirmer son influence. Nous avons besoin d’un plan similaire.»

«Cela me rend triste»

Si Philipp Hildebrand briguait le poste de secrétaire général de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), il a retiré sa candidature jeudi 25 février 2021. En cause, un manque de soutien des membres de l’organisation, en particulier de l’Europe. «Cela me rend triste», a-t-il avoué à la NZZ.

(szu)

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