Tennis: Sur sa planète, Su-Wei Hsieh ne casse jamais une corde
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TennisSur sa planète, Su-Wei Hsieh ne casse jamais une corde

Connaissez-vous Su-Wei Hsieh, la Taïwanaise qui défie Naomi Osaka cette nuit? Elle est sans doute le plus pur talent du tennis mondial. Voilà l’anecdote qui le prouve.

par
Mathieu Aeschmann
Su-Wei Hsieh centre toutes les balles sans effort. C’est un don, selon son coach Paul MaNamee, qui lui permet de ne jamais casser une corde.

Su-Wei Hsieh centre toutes les balles sans effort. C’est un don, selon son coach Paul MaNamee, qui lui permet de ne jamais casser une corde.

AFP

Regarder Su-Wei Hsieh, c’est l’assurance de plonger dans une réalité parallèle. Un monde sans aspérité, sans force de frottement. La Taïwanaise joue un tennis suspendu, presque en apesanteur, lequel se serait affranchi des lois de la puissance et de l’effort. Dans la nuit de lundi à mardi, l’ancienne No1 mondiale de double jouera son premier quart de finale en Grand Chelem contre Naomi Osaka, à 35 ans. Et d’un coup, c’est un peu comme si les Oscars déroulaient leur tapis rouge au cinéma d’art et d’essai.

Pour faire simple, Su-Wei Hsieh est capable de battre tout le monde (Kerber, Muguruza, Osaka, Andreescu) mais elle n’intéresse pas grand monde. Elle ressemble à une ballerine qui aurait appris le tennis avec Fabrice Santoro. Elle est obligée d’empiler des tenues de différentes marques puisque personne ne veut lui offrir un contrat. Et pourtant, sa main est sans doute la plus délicate du tennis mondial, hommes compris. Il faut oser l’écrire: voir jouer Su-Wei Hsieh, c’est découvrir l’incarnation du talent appliqué au tennis.

Dimanche, son coach et ancienne star du double australien Paul McNamee a livré cette anecdote qui permet de mieux comprendre à quel point la Taïwanaise évolue sur une autre planète. «Un jour, elle jouait le tournoi d’Eastbourne (ndlr: étape sur gazon avant Wimbledon) et elle ratait tous ses coups de trois mètres. C’était bizarre parce que, quand elle rate, c’est normalement de quelques millimètres. Elle est tellement précise. Alors j’ai regardé sa raquette et j’ai vu qu’elle avait cassé une corde. Elle n’avait rien remarqué car elle n’avait pas cassé de cordage depuis trois ans!»

«Normalement, les joueurs changent de raquette avec les balles neuves, tous les sept ou neuf jeux. Su-Wei, elle, recorde ses raquettes une fois par année, continue McNamee. Elle était un peu en panique avant le tournoi car il a fallu en faire recorder une. C’est comme ça, elle est différente. Mais la réalité, c’est qu’elle économise ses cordes parce qu’elle centre sa balle parfaitement. Habituellement, les cordes cassent légèrement sur le côté du tamis. Elle épargne cette zone en centrant parfaitement ses balles.»

Un timing parfait, des coups à plat et surtout un relâchement total, telle est la recette de Su-Wei Hsieh pour économiser ses cordages et enchanter la foule. Alors si vous avez une petite insomnie cette nuit, allumez votre poste. À 2 h 30 du matin, vous aurez la chance d’intégrer le petit cercle d’initiés qui regarde les matches de Su-Wei Hsieh comme on assiste à un miracle. Et vous ne le regretterez pas.

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