Espace: Sur Saturne, ça ne tourne décidément pas rond
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EspaceSur Saturne, ça ne tourne décidément pas rond

Les nouvelles observations sur l'étrange tourbillon hexagonal au pôle nord de la planète laissent les scientifiques perplexes.

par
Michel Pralong
Le magnifique et énigmatique hexagone du pôle nord de Saturne.

Le magnifique et énigmatique hexagone du pôle nord de Saturne.

NASA

Les images sont surprenantes. Ce sont celles prises par la sonde Cassini au-dessus de Saturne en 2017, peu avant qu'elle ne soit précipitée dans l'atmosphère de la planète le 15 septembre de cette année-là. On y voit un gigantesque tourbillon de forme... hexagonale.

L'hexagone et l'ouragan massif centrés sur le pole nord tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, tandis que certains des tourbillons plus petits que l'on peut voir tournent, eux, comme les aiguilles.

L'hexagone et l'ouragan massif centrés sur le pole nord tournent dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, tandis que certains des tourbillons plus petits que l'on peut voir tournent, eux, comme les aiguilles.

En fait, l'hexagone au pôle nord de Saturne est connu depuis 1989, lorsque la NASA a étudié les données récoltés par Voyager au-dessus de la planète en 1980 et 1981. Il a ensuite a nouveau été détecté par le télescope spatial Hubble eau début des années 1990. Mais lorsque la sonde Cassini est arrivée au-dessus de la planète gazeuse en 2004, elle n'a rien remarqué de tel. Parce que l'on n'était pas à la bonne saison.

Un vortex estival

Une année saturnienne dure en effet l'équivalent d'environ 30 années terrestres. Les hivers, comme les étés, sont donc longs. Quand Cassini a survolé le pôle nord, c'était l'hiver. Mais vu la durée particulièrement longue de sa mission, il n'y a plus eu qu'à patienter.

Les images par infrarouge récoltées ces dernières années ont alors été étudiées par des chercheurs, qui ont publié leurs résultats le 3 septembre dans «Nature Communications». Ils ont observé que le cyclone central et le tourbillon hexagonal ont commencé à se former en 2013, pour atteindre leur apogée (les images présentées ici) en mai 2017, soit au solstice d'été au pôle nord de Saturne.

Grosse différence d'altitude

Cette forme hexagonale serait ce que l'on appelle une onde de Rossby, soit un mouvement ondulatoire de la circulation atmosphérique, lié à des contrastes de température (ce qui n'est pas forcément limpide, mais les scientifiques ont depuis les premières observations de cette forme, tenté de reconstituer ce phénomène en laboratoire, avec un relatif succès). Si l'on n'est pas tout a fait certain de comprendre la nature même de cette forme hexagonale, les images prises par Cassini ont en outre réservé une surprise de taille. Ou plutôt d'altitude: car l'hexagone détecté dans les années 1980 se situait dans la troposphère (couche d'atmosphère la plus basse), alors que celui de 2017 est dans la stratosphère, soit à... 300 km au-dessus des nuages de Saturne.

Un phénomène qui laisse perplexe les scientifiques. Selon eux, deux solutions sont possibles. Soit deux vortex hexagonaux identiques sont apparus spontanément mais à des périodes et des altitudes différentes, soit il n'y a qu'un seul et même hexagone, haut de plusieurs centaines de kilomètres. Cette dernière hypothèse semble a priori improbable, car les vents changent radicalement selon l'altitude. A moins que Saturne ne présente une anomalie qui permette à cette forme de persister. Les chercheurs l'avouent,, ils ont besoin d'en savoir plus avant de fournir une réponse plus précise sur ce phénomène singulier. Car si un vortex existe également au pôle sud de Saturne, celui-ci est "normal", c'est à dire que sa forme est circulaire.

Image prise avec la caméra grand angle de Cassini le 22 janvier 2017 en utilisant un filtre spectral qui admet de préférence les longueurs d’onde de la lumière proches de l'infrarouge. La vue a été prise à 900 000 kilomètres de Saturne.

Image prise avec la caméra grand angle de Cassini le 22 janvier 2017 en utilisant un filtre spectral qui admet de préférence les longueurs d’onde de la lumière proches de l'infrarouge. La vue a été prise à 900 000 kilomètres de Saturne.

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