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La santé connectée (4/8)Surveiller sa consommation d'alcool sur son smartphone

Des applications mobiles pourraient favoriser un dépistage plus large des problèmes d'alcool et permettre d'éviter les comportements à risque, en particulier chez les jeunes.

par
Stéphany Gardier. Avec la collaboration de www.planetesante.ch

Depuis plusieurs années, la consommation globale d'alcool diminue progressivement en Suisse, mais comme le souligne Jean-François Etter, responsable du groupe Prévention de l'Institut de Santé globale de l'Université de Genève (UNIGE), «les habitudes de consommation changent, et il ne faut pas se fier aux seuls chiffres moyens par habitant».

La proportion de personnes qui boivent du vin ou de la bière à chaque repas diminue en effet, mais celle des personnes qui consomment beaucoup d'alcool sur un court laps de temps augmente. «Les consommations problématiques d'alcool peuvent concerner toutes les classes d'âge, mais les 15-24 ans restent parmi les personnes les plus à risques», rappelle Jean-François Etter. D'où l'intérêt des applications mobiles qui permettent en tout temps et simplement d'estimer sa consommation et son rapport à l'alcool.

Dépendant ou pas?

L'idée selon laquelle l'alcoolo-dépendance ne concerne que ceux qui boivent tous les jours est encore très largement répandue. «La réalité est tout autre, relève Martin Blachier, médecin épidémiologiste, spécialiste en santé publique. La plupart des personnes qui rencontrent des problèmes de dépendance ne consomment pas quotidiennement.» Avec des collègues médecins et aidés par des développeurs, il a mis au point One More, une application qui permet de gérer sa consommation d'alcool: «Nous ciblons les personnes qui boivent régulièrement, et qui veulent faire le point.»

One More, comme Stop Alcool, développée par Grégoire Monney, psychologue à l'Institut de Santé globale de l'Unige, invite à une réflexion personnelle. Dans chacune des applications il est demandé à l'utilisateur d'entrer des données personnelles, puis de répondre à des questions concernant ses habitudes de consommation. «Nous nous sommes basés sur les outils qui existaient déjà sur notre site Internet www.stop-alcool.ch, explique Grégoire Monney. L'idée est de reprendre les grandes lignes des tests utilisés lors d'un entretien avec un praticien.»

Une fois le bilan réalisé, l'application indique à l'utilisateur où il se situe par rapport aux moyennes de consommation des personnes de même âge et de même sexe. Si sa consommation se révèle problématique, il lui est conseillé de prendre contact avec un médecin. Peu de personnes confrontées à des problèmes de dépendance consultent, or plus le diagnostic est précoce, plus la prise en charge est facilitée.

«Nous proposons aux utilisateurs de tenir un journal de leur consommation, puis nous leur fournissons des analyses hebdomadaires et mensuelles, explique Martin Blachier. Si vous constatez que tous les vendredis soir vous avez des pics importants de consommation, cela peut déclencher une prise de conscience.» Ce type d'«interventions brèves» pourrait être chez certaines personnes suffisantes pour «redresser la barre» et éviter de tomber dans la dépendance. «Il n'existe pas encore beaucoup d'études qui permettent de savoir si ce genre d'approche est réellement efficace, commente Jean-François Etter. Mais même si l'effet est faible, les applications permettent de toucher un large public, donc cela a un réel intérêt en termes de santé publique.»

Moyen de prévention

One More et Stop Alcool proposent aussi une fonction alcootest, tout comme Be my Angel, application destinée aux plus jeunes. Il suffit d'entrer le nombre et le type boissons absorbées pour que le taux d'alcool s'affiche. Médecins et développeurs le soulignent, les applications, même lorsqu'elles utilisent des algorithmes complexes, restent des outils d'estimation. La façon dont l'organisme absorbe puis dégrade l'alcool dépend de nombreux facteurs propres à chacun.

L'estimation du taux d'alcool a une importance majeure pour savoir si on peut ou non conduire. Dans ce cadre, l'application permet de se situer: en effet, l'alcoolémie est souvent plus élevée que ce qu'on pense. Rappelons qu'en 2011 en Suisse, 53 personnes sont mortes et 597 ont été gravement blessées lors d'un accident de la route lié à l'alcool. Par ailleurs, l'alcool est impliqué dans de nombreuses noyades, surtout chez les jeunes.

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